‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 54 sur 113 · CUT · texte numérisé non relu

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Fig. 106. — Fragments de poterie.

La décoration est en général exécutée avec une grande précision ; les ornements se détachent sur les parois, soit en relief, soit en couleur différente (4); ils sont noirs, par exemple, sur un fond rouge ou blanc, Quelques-uns des tessons recueillis sont de couleur bronze ; il est impossible de dire par quels procédés cette couleur était obtenue (5). Souvent on trouve des fragments sur lesqueis deslignes, des dessins géométriques avaient été traces, comme chez les Mound-Builders, avec ur instrument pointu,

(1) Bancroft, /. c., t. IV, p. 714.

(2) Castañeda de Nagera, Rel. du voyage de Cibola, Ternaux-Compans, t. IV, 1'° série. (3) Bancroft, L. c., t. I, p. 398.

(3) Ch. Rau, Indian Polte:y, Smith. Cont., 1866, t. XVI.

(5) Putnam, Bul, of the Essex Instilui, , 1880.

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ou avec l'ongle du potier; d'autres vases présentent des gravures plus compliquées qui, par une coïncidence assurément très remarquable, rappellent, à s'y méprendre, celles des Étrusques (fig. 10% et 106). Les dessins des poteries de l'Arizona ressemblent aux ornements tracés sur les murs du temple de Mila, qui eux aussi rappellent les procédés d'ornementation des vieux peuples de l'Italie (1).

D'autres fois les poteries sont couvertes de figures humaines et de représentations d'animaux. On cite sur les bords du Gila un fragment sur lequel un artiste inconnu avait gravé une tortue, un autre façonné en tête de singe (2). Les oiseaux abondent : a, chez les Mound-Builders, le canard semble être le modèle préféré, chez les Cliff-Dwellers c'est le hibou. En résumé, si la poterie de ces derniers est supérieure à celle trouvée sous les mounds, elle est bien autrement supérieure à celle iravaillée aujourd'hui par les potiers du Ris Grande où du Sa Juan. Les Indiens Moquis ou Zunis savent fabriquer la poterie; mais ils ne peuvent atteindre ni la régularité des formes, ni l'ornementation aistique, qui caractérisent la céramique des anciennes populalions du pays.

Quelques instruments en silex ou en roches diverses, généralement polis, sont, avec les poteries, les seules épaves de cette vieille civilisation, parvenues jusqu'à nous. Les pointes de flèches se rencontrent fréquemment au pied des Cliff-Houses et autour des pueblos. Elles témoignent, nous l'avons déjà dit, des luttes où susait la vie de ces hommes, toujours obligés de défendre leurs loyers. Auprès du Rio Mancos, on a trouvé une hache polie absolument semblable à celles de nos pays (3) ; elle était cachée dans

un des réduits d’un Cliff-House, sous un tas de maïs. Était-ce une amulette ? Faut-il voir là une réminiscence de la singulière su-

(1 Hoffman, Ethn. Obs. on Indians inhabiting Nevada, California and Arizna. U. S. Geol, Survey, 1876, p. 454.

(2 Foster, Prehistoric Rac-s, p. 249.

(3) Elle avait 8 pouces de longueur, sur ? pouces 1/2 dans sa plus grande largeur. Une face présente une légère concavité, l'autre est parfaitement plane. — Holmes, U.S. Geol. Survey, pl. XLVT.

perstition dont la hache a été l'objet dans tous les temps et chez l'on ré tous les peuples (1) ? Mentionnons encore un gratloir en schiste rado (1 siliceux parfaitement poli, il ne pouvait servir qu'à préparer les yraphie peaux, le schiste étant trop cassant pour percer ou pour frapper D notre

On à aussi recueilli de nombreuses pierres, propres à concaser les grains. Ce sont des blocs de basalte avec une concavité soit na.

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turelle, soit artificiellement agrandie ; nous avons là une nouvelle preuve que les Cliff-Dwellers étaient essentiellement agricoles et se nourrissaient du produit des champs qu'ils cultivaient.

Il faut enfin citer une natte en jones (2), d'espèce tres commune aujourd'hui encore, sur les bords du Mancos, des cordages tressés avec les fibres du Yucca, des coquilles du Pacifique, quelques amulettes en pierre ou en turquoise, quelques grains de colliers; puis notre liste est close. Nous avons dit le nombre tres restreint des fouilles exécutées jusqu'à ce jour, les obstacles qui arrètaient les savants Américains, si zélés pour la science : et on concoit que les objets à la surface du sol ne pouvaient échapper à la rapacité des Utes ou des Navajos, qui errent sans cesse autour des ruines.

Il est remarquable, qu'à l'exception des anneaux en cuivre trouvés à Pecos, on n'ait recueilli aucune arme, aucun ornement en métal (3). Ces objets ont-ils été enlevés par les Indiens? Ou les premiers habitants du Nouveau-Mexique et du Colorado ne connaissaient-ils ni le fer, ni le bronze ? Cette dernière hypothèse est probable, car les poutres grossièrement équarries qui soutiennent leurs demeures paraissent avoir été travaillées à l'aide d'outils en pierre. Nous ne prétendons toutefois rien affirmer: c'estencore un point que des fouilles, scientifiquement conduites, pourront seules résoudre.

Pictographie, Un des traits les plus saillants de la population des pueblos

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(3) « The implements and ornaments are not numerous, include no articles of any metal whatever, and do not differ materially from articles now in use among the (1) On

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l'on rencontre dans le Nouveau-Mexique, l'Arizona et le Coloado (1). Elles ont donné naissance à un mot nouveau, la Pictoyraphie, dont nous demandons la permission de nous servir à notre tour, bien que nous ne soyions nullement persuadés, comme certains archéologues américains, que ces hommes ont

Fig. 107. — Blocs erratiques chargés de figures (Arizona).

prétendu retracer ainsi leur propre histoire, les rombats auxquels ils avaient pris part, leurs migrations ou leurs ‘hasses. Les figures sont en général si naïvement tracées, que les descendants

(1) On trouve également ces inscriptions dans le Texas. On cite entre autres celles de Sierra-Waco, à 30 miles d'El, Paso (Bancroft, L. e., t. IV).

n'auraient pu, en les contemplant, rien comprendre aux haut: faits de leurs ancètres. Il est plus probable que ces figures, « curieuses qu'elles soient, ne sont le plus souvent que le produit de la fantaisie du peintre ou du sculpteur.

Ce n’est pas seulement sur les rochers, que se trouvent les re. présentations qui nous occupent, les nombreux blocs erratiques de la vallée du Gila sont couverts de grossières figures d'hommes ou d'animaux (fig. 107) (1). Mais c'est surtout sur les bords du Mancos et du San Juan et dans les cañons qui s'étendent vers l'Ouest, que ces pictographies abondent. Les unes sont gravées en creux à une profondeur qui varie d'un quart à un demi-pouce (fig. 108 et 109) (2). Les autres sont tracées à grands traits en couleur rouge ou blanche. Les premières, souvent placées à des hauteurs presque inaccessibles, ont exigé un travail con. sidérable, Sont-elles l'œuvre des Cliff-Dwellers? Tout le fait supposer, car elles se trouvent presque toujours dans le voi. sinage de; leurs demeures. Ajoutons cependant que les inscriptions et les figures sont très rares auprès des pueblos regardé comme les plus anciens; les plüs récentes parmi elles pourraient bien être postérieures à la conquête espagnole. Leur apparence seule permettrait de l'affirmer, si l’une d'elles ne représentait un cheval (3) ; or nous savons que cet animal était inconnu en Ainérique avant l’arrivée des Conquistadores.

Il faut aussi relever la hache symbolique (fig. 109) répétée à plusieurs reprises dans ces gravures. Sa forme rappelle, à s'y méprendre, les haches gravées sur les monuments mégalithiques de la Bretagne. C'est encore là un fait curieux, sans qu'il faille en exagérer outre mesure l'importance.

Parmi lesgravures surroche les plus intéressantes, nousenciterons une sur les bords du San Juan, à 10 miles environ de l'embouchure de la Plata. Elle figure une longue suite d'hommes, d'animaux, etmème d'oiseauxau long cou et aux longues jambes,

(1) Bartlett, Personal Narrative, t. II, p. 195, 206. (2) Holmes, {, c., pl. XLII et XLIII.

(3) Holmes, L. c., pl. XLIL, fig. 11.

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« dirigeant tous du mème côté (1). Deux hommes sont debout dans un traîneau attelé d'un cervide, que l'on peut supposer un renne : d'autres hommes suivent ou dirigent la marche. Il est

Fig. 108. — Pictographic des bords du San Juan.

évident que ces gravures se rattachent à la migration d'une tribu. M. Jackson signale également, auprès du Mac Elmo (2), une falaise couverte, sur une étendue de 60 pieds carrés, de figures

Fig. 109. — Pictographie des bords du San Juan.

d'hommes, de cervides, de lézards, et M. Bandelier (4), des piclographies, dont le degré d'usure semble attester la haute antiquité. Celles-ci, situées auprès des ruines de Pecos, représentent des empreintes de pas d'homme ou d'enfant, une figure humaine et un cercle très régulier renfermant des cupules que l'on peut aussi rapprocher de celles qui existent sur nos mégalithes (4). Sur

(1) Holmes, £. c., pl. XLIIE, fig. 1.

(?) U. S. Geol. and Geog. Survey.

(3) Ruins of Rio Pecos, p. 92 et s.

(+) Les Premiers Hommes, t. 1, p. 277 ets.

le Puerco et sur la rivière Zuni (1), deux des affluents du Col. rado Chiquito, on a remarqué des dessins qui paraissent de véri. tables hiéroglyphes (2). Leur signification reste inconnue: nous n'oserions mème affirmer que cette signification existe,

Les rochers qui entourent le grand Lac Salé, auprès d'Utah, la capitale actuelle des Mormons, sont couverts de sculptures qui rappellent celles de l'Égypte (3). Quelques-unes sont des figures humaines, de grandeur naturelle, entaillées dans un granit bleu très dur, à plus de 30 pieds au-dessus du sol, Tout se réunit pour montrer une somme de travail dont les Indiens actuels sont incapables. et des difficultés d'exécution qu'ils ne sauraient surmonter. La hauteur, à laquelle se trouvent quelques-unes de ces sculptures, peut mème faire présumer, depuis leur exécution, un phenomène géologique, tel que la dépression du lac, par exemple. C'est une hypothèse de plus à ajouter à toutes celles que nou rencontrons.

Le besoin de reproduire les figures, les animaux, les événe. ments qui les avaient frappés, d'en préciser le sens par des ins-

riptions, est un des traits les plus caractéristiques des diverses races américaines. On à constaté sur les rochers de l'Ohio et du Wyoming des signes, où l’on a cru reconnaitre des hicroglrphes (4). Parmi ces gravures, une des plus importantes se trouve dans le comté de Licking ; elle couvre une surface de 50 à 60 pieds de longueur sur 10 à 12 pieds de largeur. Malheureusement presque toutes les figures ont été détruites par les immigrants, et il n’en reste plus que de faibles traces. On cite également celles de Perrysburg, d’'Indépendance (Comté de Ceeyahoga), et celles du comté de Belmont. Si ce sont vraiment des inscriptions,

(1) C'est sur les bords du Zuni que s'élevaient les sept villes de Cibola, visitées en 1540 par Coronado et qui sont restées légendaires.

(2, Mülhausen, Tagebuch einer Reise vom Mississipi nach den Kusten der Sud Se. Leipzig, 1858.

(3) Remy and Brenchley, À Journey to the Great Salt Lake City. London, 1862, t. Il, p. 362.

(4) Whittlesey, 4m. Ass. Indianapolis (Indiana\, 1871. — Th. Comstock, /d, Détroit (Michigan), 1875.

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est aujourd'hui impossible de les déchiffrer. Parfois, à côté

de ces signes, on voit gravés un trident, un harpon, un pied.

d'ours, une main où un pied humains (1).

Dans le Vermont, les rochers baignés par la rivière Connectieut sont également couverts de gravures. Sur l'un d'eux on peut reconnaître une figure humaine ; sur un autre, vingt têtes de grandeurs différentes (2). Plusieurs portent sur le front deux rayons, deux cornes, si l'on veut; la figure du milieu en a jusqu'à six, Les veux et la bouche sont indiqués par des trous circulaires, le nez manque presque toujours. Une gravure à Brattleboro est plus curieuse encore ; elle représente onze sujets différents, mammifères, oiseaux ou serpents.

Des pictographies semblables, auxquelles on est disposé à accorder une grande ancienneté, se voient sur les parois des cavernes du Nicaragua (3). Certaines grottes situées dans les montagnes de la province d'Oajaca témoignent également du travail de l'homme (#). Mais ici ce sont des peintures assez grossières tracées à l'ocre rouge. Parmi ces peintures, on distingue des empreintes de mains en couleur noire; elles rappellent celles que Stephens a remarquées sur les murs en ruines des édifices d'Uxmal, M. Pinard, dans son voyage du Sonora, a rencontré de nombreuses inscriptions sur rochers (5). Il en décrit une gravée sur les trois faces d'une roche basaltique, auprès du Rio del Busanig. Quoiqu'elle soit des plus frustes, on parvient à distinguer sur la face nord une main humaine, au-dessous deux cercles concentriques ; plus bas encore, un groupe de quatre petits cercles autour d'un point central. La partie supérieure porte aussi de nombreux petits trous ronds disposés avec une symétrie intentionnelle ; sur une roche qui s'élève au-dessus de la première, on a tracé

(1) On en cite plusieurs gravées à la profondeur d'un pouce et demi.

(?) La plus grande de ces figures mesure 20 pouces de hauteur, la plus petite 5 pouces. G. H. Perkins, Remarks upon the Arch. of Vermont. Am. Ass. Saint-Louis, 1878.

(3) Report Peabody Mus., 1880, t. II, p. 716. — On cite auprès de Nihapa un serpent couvert de plumes. L'imagination de l'artiste s'est donné libre carrière.

(4) Brasseur de Bourbourg, Voy. sur l'isthme de Tehuantepec, p. 123.

(5) Bul, Soc. Geog., sept. 1880.

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plusieurs autres cercles, Ces figures ont évidemment une signi. fication, toute inconnue qu'elle puisse être pour nous,

Auprès de Cahorea, se dresse un monticule rocheux de forme ronde, auquel les Papagos ont donné le nom de Kuwr- Ka. C'est un amas de roches empilées, portant sur leurs sur. faces planes de nombreuses inscriptions hiéroglyphiques, Sur plusieurs points on peut encore distinguer des hiéroglyphes plus anciens, une suite de lignes ou de signes symétriques : ik ont été en grande partie oblitérés par des inscriptions plus mo. dernes tracées avec de la peinture blanche.

Ces gravures ou ces peintures se trouvent dans toutes les re. gions qui formaient autrefois l'Amérique Espagnole. On les cite auprès du volcan éteint de Masaya, dans les États-Unis de Colom bie, sur les bords de l'Orénoque, dans le Vénézuela, où leur état de vélusté permet à peine de les reconnaître; sur l'isthme de Darien, où, dès 1520, les Conquistadores les constataient (1), Le lieutenant Whipple les décrit sur les rochers dé l'Arizona (2), le professeur Kerr sur les montagnes Noires, auprès des sour. ces du Tennessee ; et en parcourant les montagnes Blanches, entre les villes de Colombus (Nevada) et de Benton (Californie on rencontre à chaque pas, tantôt des représentations d'hommes et d'animaux, tantôt des signes indéchiffrables (3). Ni les Pah- Utes qu. occupent le versant californien, ni les Shawnees qui campent auprès de Colombus, ne prétendent en attribuer l'origine à leurs ancêtres. À 20 miles environ au sud de Benton, h route suit un défilé étroit, limité des deux côtés par des rochers presque perpendiculaires, s'élevant à des hauteurs de quaante à cinquante pieds. Ces murs de pierre sont couverts de figures ; on ne connaît ni leur origine, ni leur date, et rien jusqu'ici n'est venu révéler le nom de ces artistes primitifs.

Les vieux habitants du Tennessee ont laissé, eux aussi, des

(1) Diego Garcia de Palacios, Carta diriyada al Rey de España, año 1576.

(2) Government Report on the Pacific Railway Survey.

(3) Hoffman, Efhnog. Observ. on Indians inhabiting Nevada, California and 4rizona, U. S. Geol. and Geog. Survey, 1876.

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Fig. 110.

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