‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 71 sur 113 · TRE · texte numérisé non relu

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Fig. 151. — Sacrifice humain.

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ds parois on avait sculpté une tortue, une idole enfin qui ne mure pas moins de 23 pieds de hauteur, méritent aussi d'être mentionnés, Toutes ces figures sont menacantes où repoussantes ; ls corps humains sont surmontés de têtes simiennes, Les Amériins ne recherchaient pas le beau ou plutôt ils ne le compremient, comme les immortels créateurs de l'art en Grèce: leurs «nceptions ne pouvaient s'élever à ne semblable hauteur,

Ce qui surprend à juste titre, c'est le travail considérable aigé pour ces sculplures, avec les moyens mécaniques qui praissent avoir été les seuls connus, Il fallait tout d'abord détacher des bloes de pierre dure, avec de misérables outils en quartzite où en obsidienne, scier le granit ou le porphyre en paques, avec du fil d'agave et de l'émeri (1). Un dessin grossier du contour indiquait la partie de l'épaisseur à enlever, on exécutait ce travail, soit par le sciage d'une certaine portion que l'on éelatait ensuite habilement, soit par le martellement obtenu moyen d'une pointe de silex; enfin à l'aide de pierres plates a de polissoirs et d'eau mèlée d'émeri, on frottait la surface des pans de manière à enlever toute trace du travail, Ces procédés ‘aient longs et exigeaient nécessairement chez l'ouvrier une writable patience pour obtenir les résultats qu'il désirait, C'est li un indice certain de l'enfance d’une société, où l'homme n'a ps encore appris à connaître la valeur du temps.

Nous avons dit les gravures sur roche, les hiéroglyphes que l'on rencontre dans les régions, occupées par les Ciff-Dwellers etles habitants des pueblos; nous retrouvons les mêmes gravuns, les mêmes hiéroglyphes dans toute l'Amérique centrale ; le dsir de perpétuer par la reproduction, les objets qui frappent es veux, est un des traits les plus caractéristiques de l’homme dans tous les temps et sous tous les climats. On voit dans le Honduras, un rocher couvert, sur une superficie considérable, de figures d'hommes, d'animaux, de plantes, gravées en creux à une

(1) Soldi, Les camées et les pierres gravées, l'art au moyen dge, l'art Khmer, les arts du Pérou et du Mexique, l'art égyptien, les arts industriels, les musées du Trotadéro, Paris, 1880.

Pictographie, Hiéroglyphes.

profondeur de plus de deux pouces, et M, Pinurt décrit dun l'État de Panama, des falaises entières chargées de hicrogly phes sur lesquels il y aurait à faire, nous dit-il, des études pleines d'intérit(f),

Au Méxique, ce sont des peintures, véritables annales du pou. ple, et qui retracent ces premières migrations (2), Le musee de México possède une série de peintures qui montrent l'éducation des enfants, la nourriture qu'on leur donnait, les travaux auxquels ils étaient astreints, les punitions qui leur étaient infligées (4),

Ces peintures offrent les traits nets et les couleurs brillantes que recherchaient surtout les Aztees : ils ne tendaient point, nous l'avons déjà vu pour leurs sculptures, à une imitation exacte de la nature, encore moins à un beau idéal, qu'ik étaient incapables de comprendre, « On distingue, dit Hum: boldt (4), des têtes d'une grandeur énorme, un corps excessive. ment court, et des pieds, qui par la longueur des doigts ressem. blent à des griffes d'oiseau... Tout ceci indique l'enfance de l'art; mais il ne faut pas oublier que des peuples qui expriment leurs idées par des peintures, attachent aussi peu d'importance à peindre correctement, que des savants d'Europe à employer une belle écriture dans leurs manuscrits, »

Sans admettre [1 comparaison de M. de Humboldt, il est certain qu'il ne faut point chercher chez les Aztecs des modèles de peinture décorative, tels que ceux récemment découverts an Palatin ; l'ignorance de leurs artistes montre bien que l'art était un produit spontané de leur génie, et qu'ils n'ont subi aueune influence étrangère au sol de l'Amérique. La tradition veut qu'ils aient puisé leurs procédés chez les Tollees, les initiateurs de tout progrès sur le Nouveau Continent. Après leur victoire définitive, les rois de México firent détruire, rapporte-t-on, les

(t) Lettre du 26 mars 1882,

(2) Bancroft (t, II, p. 544, 545, 547) reproduit ces peintures d'après Gemeili, Carer et Lord Kingsborough. Elles sont fort curieuses,

(#) Bancroft (t. IE, p. 589) donne ces figures d'après le Codex Mendoza. (4) Vues des Cordillères, t. 1, p. 198.

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peintures qui rappelaient la grandeur de ceux qu'ils avaient uineus, Par une rétribution juste, mais malheureuse pour la dence, les Espagnols vinrent à leur tour détruire les annales ls Autees et quelques copies bien incumplètes, quelques fFragments échappés à cette destruction barbare, sont les seules aurces originales où il soit aujourd'hui possible de puiser,

ILest facile de se rendre compte de la conception premivre des hicroglvphes, Les gravures sur roches fixent tout d'abord l'objet animé où inanimé qui frappait les yeux de l'artiste, C'est h, dans tous les temps, la forme primitive de Part, Puis on voulut reproduire non seulement des hommes ou des objets, mais aussi certaines scènes telles qu'une migration, une bataille, un meendie, dont on désirait perpétuer le souvenir, Plus tard, pour ibrèéger, on se contenta d'exprimer des noms où des choses par des signes conventionnels, Une flèche, par exemple, signifiait un unemi, plusieurs flèches, plusieurs ennemis ; la direction de la pointe, la direction que ces ennemis avaientsuivie, Souvent, aussi ls noms eux-mêmes avaient une signification qui permettait de ls rendre par une image : ainsi Chapultepec, la colline de la saubrelle; Tsompanco, la place des cernes ; Chimalpopoca, le bou dier plein de fumée ; Acamapitsin, la main remplie de roseaux ; Macuilrochitl, les cinq fleurs ; Quaultenchan, la demeure de l'aigle Mautrefois les noms se traduisaient par de véritables rébus ; pour n'en citer qu'un seul, Hzcoalt, roi de México, était figuré par in serpent coatl percé de plusieurs traits d'obsidienne itzli, De là on arriva rapidement à donner aux objets, non leur figure vraie, mais la représentation du nom qu'ils portaient dans la langue mrlée ; puis par un enchainement fort simple, à remplacer les sgnes par des lettres et à compléter un alphebet,

Les hiéroglyphes, véritables signes conventionnels, marquent done une période de l'évolution humaine, On les trouve sur les monuments du Chiapas, comme sur les monuments du Yucatan ; ar les murs de Palenque ou de Copan, comme sur ceux de Chichen-tza ou de Quirigua (fig. 113, 12%, 126, 127, 128, 130) ; Is étaient sculptés ou gravés sur le granit et sur le porphyre

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avec des outils en silex, en quartzite, en obsidienne (1), Le {or répétons-le, faisait absolument défaut: nulle part, on ne le voi mentionné; nulle part, on ne trouve la rouille ca actéristique, indice incontestable de sa présence.

I n'a pas été possible de découvrir jusqu'à présent une chi qui permette de déchiffrer les hiéroglyphes. Las Casas nous ap.

prend qu'il y avait encore de son temps, des hommes inities à {

la lecture et à la reproduction de ces signes (2) et qui étaient chargés d'annoter les événements, en fixant le jour, le mois ot l'année où ils s'étaient accomplis ; et, ajoute-t-il, ces hommes comprenaient si bien ce qu'ils avaient écrit et ce que les anciens avaient écrit avant eux, que nos lettres leur eussent été bien inutiles. Plus anciennement, ces hiéroglyphes étaient exécutés par les prêtres du dieu Centeotl, qui devaient être des vieillards, veufs, voués à la continence et à la vie contemplative, C'était donc une écriture hiératique connue des seuls initiés, qui se trouve reproduite dans les manuscrits Mayas, dont nous avons parlé et notamment dans le Codex Peresianus et dans celui de Dresde (3). L'évèque Diego de Landa parle d'un système graphique (4). Ia même conservé un alphabet de trente-trois signes, dont un est destiné à marquer l'aspiration ; mais malheureuxement cet alphabet ne nous est parvenu que sous une forme tres défectueuse ; et malgré d'estimables travaux (5), il a ét

(1) Gomara, Cong. Mer., p. 318. — Clavigero, Stor. Ant. del Messico, t. I, p.

(2) Hist. Apologetica de las Yndias Occidentales.

(3) Bancroft (t. IT, p. 771) entre dans de grands détails sur ces divers manuscrits: il reproduit des fragments de deux d'entre eux; il est facile, par la comparaison, de s'assurer de leur similitude avec les hiéroglyphes dont nous parlons.

(4) Relacion de las cosas de Yucatan publié en 1864 par Brasseur de Bourbourg avec une traduction française. Le but de l'évèque, il est juste de le dire, était de préparer pour les indigènes des livres religieux avec les signes qui leur étaient familiers. Il ne s'occupait ni d'art, ni d'histoire, ni d'archéologie. Quelques doutes bien fondés, faut-il ajouter, existent sur la valeur de son alphabet.

(5) Nous citerons L. de Rosny, Essai de déchiffrement de l'écriture hiératique de l'Amérique centrale. Paris, 1875. — De Charencey, Recherches sur le codex Troan. Paris, 1876.— Essai de déchiffrement d’une inscription palenquéenne; actes de la Soc. de Philologie, t. 1, mars 1878. Malheureusement au moment où ce dernier travail a paru, on n'avait que des reproductions très imparfaites des hiéroglyphes de Paleuque. M. Charnay vient d'envoyer à Paris leurs moulages en plâtre. Chacun pourra désor-

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impossible de déchiffrer avec son secours, soit les manuscrits, witles hiéroglyphes plus anciens selon toute apparence que les manuscrits.

Cependant les lettres données par Landa, se rapprochent sensilement de celles des manuscrits (1): elles pourraient donc être on trait d'union entre les hiéroglyphes et l'écriture graphique. Les mots disposés dans le même ordre que les nôtres, paraissent, «lon les conclusions les plus probables, être construits sur Île sstème polysynthétique et présenter ce caractère si particulier ax langues du Nouveau Monde (2). Ils étaient écrits sur un writable papier, fabriqué soit avec la racine de certains arbres, ils que des agaves, soit sur des peaux préparées, soit encore sur de la toile de coton. Plusieurs feuilles étaient enfermées entre des planches en bois richement ornées. On les appelait analtees, ee mot ne saurait être mieux rendu que par celui d'annales (3).

En résumé, les manuscrits méxicains qui ont survéeu à tant de «uses de destruction renferment trois sortes de peintures très distinctes: la peinture figurative où l'artiste reproduit l'image plus où moins exacte des objets qui sont devant ses veux ; la peinture

mis les consulter au musée du Trocadéro, On peut aussi voir les essais de M. Bolkèrt, insérés dans les Mém. de la Soc. anth. de Londres, t. 11, p. 298. — Nous ne prions pas des travaux de l'abbé Brasseur de Bourbourg, l'imagination l'emporte trop suvent sur une science incontestable,

1, Ch, Rau, p. 57. Smith Cont., t. XXIT.

2 Voy. chap. 1, p. 6.

3) Pierre Martyr, déc. IV, lib. VII. — Juan de Villagutierre y Sotomayor, Hist, de la Conquistu de la Provincia de el Itza. Madrid, 1701. — Le manuscrit Troano est écrit sur un papier ayant 14 pieds de longueur sur 9 pouces environ de largeur. Les aractères couvrent le recto et le verso; ils sont rouges, bruns et quelquefois bleus, &lon le texte auquel ils se rapportent. Le papier se ploie, comme un de nos éventails, à chaque feuille représente ainsi trente-cinq pages. Les principaux manuscrits par- “euus jusqu'à nous et qu'il ne faut pas confondre avec ceux que nous avons déjà mentounés, sont : le codex Mendoza envoyé à Charles-Quint par le vice-roi Mendoza, atuellement à la bibliothèque Bodléenne à Oxford et dont une copie est à l'Escurial ; k codex Telleriano-Remensis dans la Bibliothèque Nationale; le codex Vaticanus copié à Mexico en 1566 ; le codex Borgia dans le collège de la Propagande à Rome; le tdex Bologna, que l'on prétend un traité d’astrologie ; enfin un codex, dont on ignore lorigine, mais que l'on sait avoir été donné en 1677, par un duc de Saxe Eisenach à l'empereur Léopold. Lord Kingsborough reproduit aussi des fragments de plusieurs autres manuscrits, c'est à son magnifique ouvrage que doivent avoir recours ceux qui disiren faire une étude spéciale de la question.

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symbolique où l'objet est représenté par une image convention. nelle ; la peinture phonétique enfin, où ce n'est plus l'objet, mais le nom qu'il porte, que le peintre cherche à rendre, Ces trois modes existaient encore au Méxique à l'arrivée des Espagnok, car nous savons que lorsque Juan de Grijalva parut sur la côte de Vera-Cruz, les chefs de Cuetlachtlan s'empressérent d'envover à Montézuma des peintures très exactes des vaisseaux, des armes, des vètements de ces étrangers, qui excitaient déjà chez ls Méxicaius de si justes alarmes (1).

Le luxe privé des habitants de ces villes somptueuses était à la hauteur des monuments publics. Les sièges sur lesquels ik s'assevaient à la mode des Orientaux, étaient en bois, imitant souvent les formes d'un animal, celles d'un tigre où d'un aigle par exemple. Is les recouvraient de peaux de bêtes fauves tannées etoirnées de broderies d’or et d'argent. Ils se servaient de ces mêmes peaux pour décorer les murs des salles principales: ou bien ils les peignaient en couleurs voyantes: le rouge « le bleu étaient celles le plus généralement employées (2), On vovait chez eux, des vases en agate ou en pierres précieuses, des ornements, des statuettes en or ou en argent faites d'un seul jet, des plats à huit faces chacune d'un métal différent, des poissons dont les écailles étaient mêlées d'or et d'argent, des perroquets qui remuaient la tête et les ailes ; ils connaissaient l'art d'émailler et ils savaient donner au cuivre une trempe assez dure pour pouvoir en faire des haches et des couteaux fort tranchants 3.

Cortès mandait à Charles-Quint sa surprise, du nombre de bijoux en or, en argent, en plomb, en cuivre, en étain (#4) publiquement exposés en vente (5). Sur quelques points, de petits

(1) Torquemada, Mon. Ind., p. 378. — Acosta, Hist, de las Ynd., p. 515. — Veyti, Hist. ant. de Mejico, t. HN, p. 377. — Herrera, Hist, Gen., déc. I, lib. HI, c. 1x.

(2) Ordoñez, Palenque, cité par Brasseur de Bourbourg, Hist. des Nat. civilisies, t. II, p. 69.

(4) On prétend également que les Péruviens avaient ce secret, mais aucune des armes ni des outils découverts ne justifie cette assertion.

(4) L'étain, fachco, se trouvait surtout auprès de la ville de Tazco qui lui a emprunté

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(5) Carta secunda de Relacion, 30 oct. 1520.

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morceaux d'étain servaient de monnaie ; sur d'autres c’étaient des morceaux de cuivre dont la forme répondait assez bien à «lle du au (+) ou bien encore des tuyaux de plumes remplis de pudre d'or (1). Souvent les objets en cuivre renfermaient une wrtaine quantité d'argent; mais, comme l'argent se rencontre dus le cuivre natif, on ne saurait en conelure que les Mexicains onnussent l'alliage des métaux (2). Les étoffes étaient non moins iches ; la déesse Exalzavoh, rapportait-on, avait elle-même enseigné aux Yucatèques l’art de filer et de tisser le coton: et ksbois de teinture si nombreux et si variés dans ces régions, hurnissaient amplement le moyen de colorer les étofes.

La poterie était remarquable comme travail et comme déco-

Fig. 152. — Vase en terre cuite trouvé à Ticul.

ation, Herrera parle d'une province du Guatemala, où les lemmes étaient spécialement chargées de sa fabrication et Palacio ajoute que cette fabrication était la principale industrie

(1) Le plus souvent on procédait par voie d'échange et les paiements se faisaient au moyen de balles de coton ou de cacao. W. Bollaërt, Numismatics of the New World.

2) Torquemada et Clavigero, cités par Valentini, —S.Salisbury, The Mexic-'n Copper. Tools translated from the German. Worcester Mass, 1880.

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