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CHAPITRE X

Nous voici au terme de notre tâche; le problème qui domine les recherches sur l'Amérique préhistorique, se dresse devant nous avec toutes ses incertitudes et vient réclamer une solution, Ce que l’on nomme la science, est une conquête de l'esprit humain (1); elle se fait lentement et laborieusement, par le concours de tous, et toujouÿs elle procède de la même manière, par l'observation des faits particuliers, qu'elle groupe, dont elle résume les causes communes, dont elle découvre les lois générales, Nous avons fait connaître les races qui ont successivement occupé le continent américain ; nous avons dit leurs caractères physiques, les travaux qui perpétuent leur souvenir; nous avons aconté les faits; il reste à dégager la loi générale, à chercher les rapports qui ont existé entre des races en apparence si diverses, ceux, s'il en est, qui les relient aux races de l'ancien continent. Nous ne pouvons cependant nous dissimuler que malgré les remarquables travaux qui honorent les savants de l’autre côté de l'Atlantique, l'histoire des premiers Américains reste encore bien vague et bien obscure (2). Est-il possible d'affirmer l'origine de ces populations ? Est-il possible de remonter du sauvage nomade, contemporain du mégatherium et du

(1) Jamin, Revue des Deux-Mondes. Octobre 1881.

(2) Bandelier, On the Sources of Aboriginal Hist. of Spanish América. Am. Ass. Saint-Louis, 1878.

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mastodonte, à l'homme sauvage encore, mais ayant déjà une demeure fixe, que viennent attester les kjükkenmôüddings ou les sambaquis ? Du Mound-Builder, élevant à ses dieux ou à ses ancètres de gigantesques tumuli, au Mexicain ou au Péruvien, dont tous les récits attestent la richesse et la civilisation ? Nous concevons bien le lien qui unit ces populations, malgré leurs dissemblances ; mais ce lien est difficile à établir avec quelque précision, et si même nous arrivions à le faire, notre curiosité ou notre ardeur scientifique ne seraient guère satisfaites, car ces hommes, si haut que nous puissions remonter, avaient des ancêtres, Quels étaient donc ces ancètres, les premiers occupants de ces régions immenses que baignent l'Atlantique et le Pacifique ? Étaient-ils aborigènes, issus d'une création distincte que ne mentionnent pas nos traditions ? Venaient-ils de l'ancien continent par des immigrations, dont on croit retrouver les traces et qui expliquent les caractères si différents que l'on constate dès le seiième siècle parmi les Américains ? DVüns-nous accepter la dernière théorie de l'abbé Brasseur de Bourbourg qui place en Amérique le berceau de la civilisation primitive ? C’est le Nouveau Monde, selon lui, qui aurait peuplé l'ancien; et c'est de l'Amérique, que seraient arrivés en Afrique et en Asie, les animaux domestiques, les arts, l'industrie, les hiéroglyphes et mème les rites religieux (1). Que l'on ne croie pas que ce soit là une opinion isolée, formée dans la solitude, ou sortie d'un cerveau mal équilibré. Un écrivain contemporain distingué, soutient à son tour une thèse semblable ; pour lui, ce sont les habitants de l'Amérique qui ont été peupler la Chine et qui de là se sont étendus sur le globe entier, Dans l'ignorance où nous sommes, toutes les hypothèses sont possibles; mais les hypothèses n'ont qu'une existence éphémère; les faits seuls assurent le progrès véritable de la science. C'est sur eux que nous voulons nous appuyer; nous rechercherons donc tout ce que l’histoire ou la légende ont conservé; nous ne négligerons aucune des données du

(1) Quatre lettres sur le Mexique. Paris, 1868.

problème ; leur exposition est un premier pas vers sa solution.

Tout en évitant une conclusion prématurée, on ne saurait méconnaitre les analogies curieuses, qui existent entre les monuments, les inscriptions, les armes, les outils, entre les coutumes elles-mêmes des anciens Égyptiens, des Assyriens, des Etrusques, des Ibères, des Lybiens, des Guanches, avec ceux des peuples les plus anciens de l'Amérique. Outre les nombreux exemples que j'ai déjà donnés, on peut citer des cylindres en pierre trouvés en Amérique, semblables à ceux de Babylone ou de Persépolis, La coiffure égyptienne appelée Calantica se retrouve sur les statues mexicaines (1). En Égypte, comme au Mexique, les bras et les mains des figurines en pierre sont rarement détachés du corps, L'usage de momifier les cadavres, de leur mettre au cou des colliers se rencontre au Mexique, au Pérou, en Égypte et aux Canaries, Des fragments de lame d'argent ont été recueillis dans la bouche de momies péruviennes; les Égyptiens étaient aussi dans l'usage de placer une petite lame de métal dans la bouche des cadavres avant leur embaumement (2), Les villes de l'Amérique centrale possédaient uue écriture hiéroglyphique ; les pyramides des Mound-Builders se retrouvent chez les Mexicains, et certains temples du Yucatan et du Chiapas rappellent dans leur construction comme dans leurs détails les monuments de l'Égypte.

On dit bien (3) qu'il existe un nombre de formes données par la nature, que tous les peuples adoptent, quand ils sont arrivés à un certain degré de civilisation, la forme pyramidale pour les temples, la forme ovoide pour les vases, les méandres ou les grecques, les torsades ou les zigzags pour la décoration ; mais il

(1) On a trouvé récemment sous un mound à Yahala, auprès du lac Harris (Floride), une figurine en terre cuite, absolument semblable à celles qui se rencontrent par milliers dans les tombes égyptiennes, M. Putnam à qui la statuette a été communiquée n'a pas hésité à déclarer qu'elle était une imitation moderne (Am. Art. Review, April 1880). Ces contrefaçons ajoutent singulièrement aux difficultés qui attendent l'archéologue comme l'historien.

(2) À. de Longpérier, Nolice des Monuments exposés dans la salle des Antiques au Musée du Louvre, p. 125.

(3) Soldi, Les Arts méconnus. Paris, 1881.

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Que penser aussi des singulières affinités que l'on signale entre l'Eskuara, cette langue primitive, conservée chez les Basques espagnols ou français, et les divers idiomes américains (1)? M. de Charencey (2), un de ceux qui ont le mieux étudié la question, n'hésite pas à dire : « Nous croyons que par l'ensemble de ses caractères, le Basque se rattache directement aux dialectes canadiens et par eux à tous les idiomes du Nouveau Monde, car ils ont à peu près tous Ja mème physionomie grammaticale, s'ils différent énormément entre eux par le vocabulaire (3). » Les ressemblances des noms de personnes et de lieu aux Canaries et à Haïti ne peuvent être absolument fortuites (4). Les cosmogonies antiques en Afrique, en Asie, en Amérique, les légendes qui concernent Bouddha, Odin ou Votan présentent des analogies frappantes, qu'il est impossible d'attribuer au seul hasard (5). En Europe comme en Amérique, les tumuli, les cairns, les cryptes souterrains marquent le lieu de la sépulture; les cadavres sont tantôt étendus horizontalement, tantôt assis ou repliés sur eux-mêmes, comme l'enfant dans le sein de sa mère; la crémation à existé sur les deux continents. Si nous ne possédons pas des preuves suffisantes pour des conelusions absolu-

(1) Bladé, Etudes sur l'origine des Basques, — Baudrimont, Hist, des Basques ou Escualduns primitifs,

(2) Des affinités de la langue Basque avec les idiomes du Nouveau Monde. Caon, 1867. M. de Charencey dit que la famille Algique, comprenant le Delaware, l'Algonquin, le Chippeway, l'Hlinois, est celle qui offre les affinités les plus remarquables avec le Basque. Dans tous ces idiomes, il relève un procédé uniforme pour former les mots composés,

(3) 1 faut cependant noter entre eux de frappantes différences. Le Basque n'emploie le procédé d'élimination que pour les composés de deux substantifs, les dialectes américains s'en servent pour former des phrases entières. La déclinaison ne se rencontre guère dans ces derniers. Le D' Pruner-Bey a traité toute la question devant la Société d'Anthropologie de Paris.

(4) Berthelot, Hist. des Canaries.

(5) Brasseur de Bourbourg, S'il existe des sources de l'histoire primilive du Mexique duns les Monuments Egyptiens.

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ment certaines, nous avons du moins des éléments précieux pour les recherches futures,

Les plus anciennes traditions parvenues jusqu'à nous, font allusion à des hommes arrivés de l'Orient, de régions froides glacées, par une mer triste et nébuleuse, et ces traditions étaient restées si puissantes parmi les indigènes, que les Mexicains regardaient les premiers Espagnols débarqués dans leurs pays, comme les fils de leurs ancêtres (1), Ixtlilsochit}, descendant chrétien des anciens rois de lAnahuac, raconte qu'après ln dispersion des hommes qui suivit la tentative de construction de la tour de Babel, sept Toltecs parvinrent en Amérique et furent les pères d'une rice nombreuse, Les Quichés parlent d'hommes blanes venus de la terre du soleil (2). Les peuples du Yucatan croyaient que leurs ancètres étaient arrivés de l'Est, par la grande mer, que Dieu avait desséchée pour leur livrer passage,

C'était aussi de l'Est que venaient Zamoa, le disciple et l'6mule de Votan, et Cukulean, le fondateur de Chichen-lizn ot le mème personnage probablement que Quetzacoatl (3, L'un et l'autre prèchèrent aux Yucatecs le célibat, l'ascétisme, et furent les initiateurs de leur civilisation. A leur mort, les peuples reconnaissants leur érigèrent des temples et les adortrent comme des dieux (4).

Il existe aussi chez les Indiens quelques traditions intéressantes, Les Shawnees rapportent que les anciens habitants de la Floride étaient des blancs et que leurs ancêtres, en arrivant dans le pays, trouvèrent des constructions, des habitudes, une civilisation très étrangère à leur race, Les Natchez croyaient qu'ils avaient reçu leur culte et leurs lois d'un

(1) Cortès, Cartas y Relaciones al Emperador Carlos V.

(2) Brasseur de Bourbourg, Hist des Nations civilisées du Mexique et de l'Amérique centrale, t.1,p. 105, 106, 166.

(3) Cukulcan et Quetzacoatl signifient l'un et l'autre /e serpent couvert de plumes. Ce ne saurait être là une circonstance fortuite. (4) Landa, Relacion de las Cosas de Yucatan, p. 28. — Herrera, Hist, Gen, de los

Hechos de los Custellanos en las Islas à Tierra Firme del Mar Oceano. Déc. IV, L IV, ce. nn, — Cogolludo, Hist, de Yucatan, p. 178.

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homme et d'une femme envoyés par le soleil (4), Les Tuscaroms possèdent une chronologie remontant à près de trois mille uns; leurs pères, selon eux, étaient originaires de l'extrème Nord, des régions situées bien au delà des grands lacs ; ils s'établirent sur le Saint-Laurent ; un peuple étranger arriva par mer, et de longues et sanglantes guerres éelatèrententre les leurs tes nouveaux venus, Fest probable que toutes ces traditions reposent sur quelque fond de vérité,

Au sud de l'Amérique, nous trouvons également des récits qui font remonter l'origine du peuple ou tout au moins de sa eivilisation à des étrangers, Les Péruviens attribuent leurs progrès à Mauco-Capae et à la belle Mama-Oello, sa sœur et sa femme, qui avaient traversé la mer pour aborder dans leur pays (2), Une autre tradition rapporte qu'un homme blane, portant une longue barbe, avait enseigné aux habitants l'art de bâtir des maisons et d'ensemencer les terres, D avait ensuite disparu pour vivre pendant deux mille ans, dans la retraite et la pénitence, avant de reparaître sur la terre,

Les Guaranis rapportent que deux frères Tupi, et Guarani, débarquèrent à la suite d'une grande inondation sur les côtes du Brésil avec leurs femmes et leurs enfants, et c'est d'eux que seaient sorties les races qui portent leurs noms (3),

D'autres traditions font allusion à des convulsions de la nature, à des inondations, à des perturbations profondes, à des déluges terribles, au milieu desquels des montagnes et des vol- ‘ans auraient subitement surgi. Celles de ces légendes qui ont trait à un déluge universel (4), seraient d'un intérêt très vif, s'il

(1) Du Pratz, Mist, of Louisiana, t, WE, p. 175, London, 1763,

(2) Squier, Peru, Incidents of Travel and Exploration in the Land of the Incas. Dans une autre partie du Pérou, l'on croyait que trois œufs étaient tombés du ciel, le premier était en or, le second en argent, le troisième en cuivre, Du premier étaient sortis les curacas ou chefs; du second, les nobles; du troisième, le peuple, (Avendano, Serm, IX, p. 100.) M. Desjardins à qui nous empruntons cette légende ajoute : « Ces flctions, qui rappellent à la fois la Bible et les religions do l'Egypte ot de l'Inde, ont assurément un grand intérêt, » Le Pérou avant la conquéte Espagnole, p. 29,

(3) Gucvara, Hist, del Paraguay en ia col, Hist, Argentina, t, 1, p. 16.

(4) « Ce mythe est répandu dans le Nouveau Continent, d'un pôle pour ainsi dire à l'autre. » D'Eichtal, Etudes sur les origines Bouddhiques, 1'° p., p. 65.

était permis de croire qu'elles n'ont été ni amplifiées, ni exAgÉrées par les missionnaires espagnols, les premiers à nous les faire connaître. Elles montrent les récits chrétiens conservés chez des peuples séparés depuis de longs siècles des sources ou nous les avons puisés ; à ce titre, il convieni de résumer quelques-unes d'entre elles.

Nous reproduisons dans se naïveté, le récit donné par l'é. vêque Landa (1). « Les eaux, dit-il, furent alors gonflées et il se fit une grande inondation, qui vint au-dessus de la tête des habitants. Ils furent couverts d'eau et une résine épaisse descendit du ciel ; la face de la terre s'obseurcit et une pluie ténébreuse commença ; pluie de jour, pluie de nuit, et il se fit un grand bruit au-dessus de leur tête. Alors on vit les hommes courir en se poussant ; remplis de désespoir, ils voulaient monter sur les arbres et les arbres les secouaient loin d'eux : ils voulaient entrer dans les cavernes, et les cavernes s'écroulaient devant eux, »

Le codex Chimalpopoca raconte aussi un déluge, où les hommes périrent et furent changés en poissons (2). En un jour, la terre disparut; les plus hautes montagnes furent couvertes d’eau et restèrent sous les flots pendant tout un printemps. Mais avant ce désastre, Titlahuacan (3) avait appelé Nata et sa femme Nena. « Ne vous occupez plus à faire du pulque (4), leur avait-il dit, mais au mois Tozotli, ereusez un grand evprès et faites-en votre demeure, quand vous verrez les eaux s'élever vers les cieux, » Nata et Nena obéirent aux ordres divins. Ils se nourrissaient de maïs, durant les jours où leur barque flottait sur les eaux. Elle s'arrêta au bout des temps marqués, et ils purent voir pour la première fois quelques poissons ; ils se hâtèrent de les prendre et de les faire rôtir sur un feu qu'ils allumèrent, en

(1) Relacion de las Cosas de Yucatan. Diegc 4e Landa de la maison de Calderon, moine franciscain, fut le second évèque de Merida.

(2) Bancrofît, L. c., t. INT, p. 69.

(3) Un des dicux Nahuas appelé souvent Tezcatlipoca,

(4) Boisson fermentée faite avec la sève de l'aloès et connue au Mexique, où elle est encore en usage, sous le nom d'octli.

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Une autre tradition mexicaine nous apprend que Coxcox et sa femme Xochiquetzal échappèrent seuls au déluge (1) ; ils s'élient réfugiés sur le tronc creux d'un cyprès qui flotta sur les eaux et s'arrèta enfin sur le sommet d'une montagne du Culhuacan. Ils eurent de nombreux enfants: mais ces enfants restaient muets. Le grand Esprit prit pitié d'eux et leur envoya une colombe pour leur apprendre à parler; cette colombe s'empressa de remplir sa mission; quinze des enfants de Coxcox parvinrent à se comprendre, et c'est d'eux que descendent les Toltecs, les Alecs et les Acolhuas (2). Nous trouvons une légende à peu près semblable dans le Michoacan ; le nom seul de l'homme préservé du déluge varie ; il s'appelle Tespi, et l'éiseau précurseur du beau temps est un colibri, Au Guateniaia et en Californie, le souvenir d'un grand cataclysme existe parmi les plus anciennes traditions des indigènes, et les habitants de l'isthme de Tehuanlepec racontent que le monde fut repeuplé par un homme et une flemme, sauvés des eaux qui couvraient toute la contrée,

Les Péruviens ont également plusienrs légendes qui témoignent d’un grand déluge, A Quito, on rapportait que dans des temps très éloignés, les eaux avaient envahi la terre en punition

. des crimes des hommes; un petit nombre parmi eux fut épargné;

ils s'étaient retirés dans une maison en bois sur le haut du Pichin-

(1) Nous donnons la version de Clavigero reproduite par M. de Humboldt et par Lord Kingsborough. D'après des travaux plus récents, elle serait une fausse interprétation de la carte de Gemelli Carreri (Churchill's, Coll. of Voyayes, t. IN) à laquelle elle est empruntée, La peinture qui consacre cette tradition représenterait le départ et les migrations d'une tribu parmi les lacs de l'Anahuar, On voit un oiseau perché sur un arbre et au pied de cet arbre une foule d'hommes tournés du mème côté et prèts à se mettre en route, Le nom de cet oiseau, tihuilochan et son cri lihui qui signifie en lhugue aztèque, il faut partir, sont probablement l'origine de la légende que nous rapportons, mais qui n'est mentionnée par aucun des plus anciens écrivains, tels que Sahagun, Mendieta ou Ixtlilxochitl.

(?) Desjardins, £. e., p. 25.

DE NaADAILLAC, Amérique. J4

cha. À Cuzco le soleil intervint et fit cacher dans l'ile de Titi. ‘aca ceux qui devaient être préservés. Selon la tradition conservée à Pachacamac, bien des siècles avant les Incas, le pays entier fut couvert d'eau; quelques hommes se réfugièrent duns les montagnes; lorsque les eaux baissèrent, ils lichérent des chiens, qui revinrent mouillés; quelques jours après les avant lâchés une seconde fois, ils rentrèrent souillés de boue. A ce sigrie, ces hommes reconnurent que les eaux s'étaient retirées : ik sortirent de leur retraite et leur postérité repeupla le pays,

Un récit plus étrange encore est celui d'un berger qui remarquant que ses lamas passaient la nuit à regarder les étoiles, interrogea l'un d'eux sur les causes de sa préoccupation, Le lama lui fit remarquer la conjonction insolite de six étoiles et ajouta que c'était là un signe certain que le monde allait bientot être détruit par les eaux et qu'il devait se réfugier avec sa famille et son troupeau sur la montagne voisine, S'il voulait éviter d'être victime de la catastrophe imminente. Le berger s'empressa de déférer à cet avis et se retira sur la plus haute montagne du pays (1), où déjà une foule d'animaux Favaieat devance, À peine y fut-il arrivé que la mer en furie couvrit la terre : mais la montagne flottait comme une barque et s'élevait à mesure que les eaux grandissaient, Ce déluge dura cinq jours et fut accompagné d'une éclipse totale du soleil. Puis les eaux se retirerent peu à peu et le berger et sa famille furent les ancètres du peuple péruvien (2).

D'autres traditions qui se retrouvent principalement dans les

contrées qui forment la république actuelle de F'Équateur, attri-

buent la paternité universelle à deux frères qui s'étaient réfugiés sur la montagne de Huaca-Yñan pour éviter les eaux. Leurs provisions étaient épuisées ; il leur fallut quitter la misérable hutte où ils avaient trouvé un abri, pour descendre dans la vallée à peine émergée. A leur retour, ils trouvèrent avec éton-

(4) La montagne d'Ancasmarea, à cinq lieues de Cuzco, selon les uns, le mont Huarecheri, plus rapproché de la mer, selon les autres, (2) Molina, Relacion de las Fabulas y Ritos de los Ingas. Ms des Arch. de Madrid.

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Une légende de Cholutec raconte que le pays était habité par des géants et que tous à l'exception de sept, périrent dans un déluge subit. Quand les eaux furent retirées, ils voulurent élever une haute montagne pour échapper, dans l'avenir, à une semblable catastrophe ; les Dieux irrités de leur audace, firent périr un grand nombre d'ouvriers et l'œuvre ne put être achevée. Selon une des traditions californiennes, Montezuma formé par le Grand Esprit de la boue de la terre, fut averti par son ami le Coyotte (2) du déluge qui menacçait les hommes, et l'un et l'autre se sauvèrent dans une arche. Le monde se repeupla rapidement ; mais Montezuma oublia vite la reconnaissance qu'il devait au Grand Esprit, il voulut le braver et élever une tour qui atteignit le ciel. Le Grand Esprit irrité lança sa foudre et la tour s'écroula entraînant dans sa chute Montezuma et ses ouvriers (3).

Une tradition esquimaude mérite d'être rapportée dans toute sa naïvelé. « L'eau avant envahi le g'obe terrestre, on s'épouvanta; les tentes des hommes disparurent; le vent les emporta ; on lia côte à côte plusieurs barques; les vagues dépassèrent les Montagnes Rocheuses. Un grand vent les poussait sur la terre, les hommes se firent sécher au soleil sans doute : mais le monde et la terre disparurent. Par une chaleur affreuse les hommes périrent. Par les flots, ils périrent également. Les hommes se lamentaient:; ils tremblaient., Les arbres déracinés

1) Brasseur de Bourbourg qui rapporte cette légende, veut que ce soit deux femmes

dont le nom était 4ra. I! ajoute que le peuple de cette province conserve une grande

vénération pour jes aras, à raison du service que ces oiseaux avaient rendu à leurs ancètres,

(2) Le coyotte ou loup des prairies joue un grani rôle dans les traditions ou les légendes de l'Amérique du Nord.

(3) Bancraft, L e., t. IE, p. 77, 89 et s., t. V, p. 18, — Short, North Americans, p. 385.

flottaient au gré des vagues. Les hommes tremblants de froid lièrent ensemble leurs barques. Hélas! sous une tente qu'ils

dressèrent ils se tinrent aceroupis. Cependant un homme, le fil du Hibou, jeta son are dans les flots : « Vent ne souffle plus, s'écria-t-il, c'est assez, » Puis cet homme jeta dans l'eau ses pendants d'oreilles. La fin arriva (1). » Aujourd'hui encore les Mandans (2) se réunissent chaque année autour d'un canot, Ce canot est figuré parun grand tonneau (3) toujours entretenu par la tribu, avec un soin superstilieux, en souvenir de la barque sur laquelle le seul survivant du déluge universel parvint à se sauver, La fête a lieu à l'apparition des premières feuilles de saule, en mémoire du ameau qu'une colombe portait dans son bec (#). Selon le récit des Mandans, un homme blanc venu de l'Ouest leur avait appris le déluge et les divers faits qui s'y rattachent, Au Brésil enfin, un dieu appelé Monan, irrité de la corruption des hommes, détruisit la terre par l'eau et par le feu. Un seul homme échappa à la destruction de tous les êtres; Monan prit pitié de sa misère, il lui donna une femme, et ce fut eux qui repeuplèrent la terre après ces événements terribles (5).

Cette tradition d'un grand déluge, où les hommes périrent, se trouve donc répandue dans les deux Amériques. Nous la voyons jusque dans les îles Aléoutes, jusque chez les suuvages Kolosches (6). I est à peine besoin de faire ressortir l'analogie de ces légendes avec le récit de la Bible, Des faits curieux, sur lesquels nous aurons à revenir, montrent que des

(1) Le P. Petitot, Cong. des Américanistes. Nancy, 1875,t. I, p. 336.

(2) Nous verrons plus loin que l'on prétend que les Mandans sont d'origine Galloise,

(3) I peut paraitre étrange de voir un tonneau figurer un canot; mais il est bon de rappeler que les canots actuels des Mandans se rapprochent de cette forme.

(4) Cattiin, Letters and Notes on the Manners, Customs and Condition of the North American Indians, 4h éd. London, 1844.

(5) Le P. Thevet, Cordelier, Les singularités de la France Antarctique autrement nommée Amérique. Paris, 1858.

(6) Le: Kolosches, tel est le nom donné par les Russes à des hommes qui s'appellent eux-mêmes Thlinkeets, et qui habitent les côtes de l'Amérique du Nord jusqu'à la Colombie leur limite extrème, On les a souvent confondus avee les Esquimaux, bien qu'ils présentent avec eux des différences physiques remarquables, Le P. Wenjaminow, Notice sur les iles du district d'Unalaska. Saint-Pétersbourg, 1840.

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rapports ont certainement existé entre l'Asie et l'Amérique depuis l'ère chrétienne, bien plus, que le christianisme a été répandu dans le Nouveau-Monde avant l'arrivée des Espagnols, sinon la religion telle que nous la pratiquons, au moins certains dogmes chrétiens et les formes mèmes du culte catholique très reconnaissables malgré les altérations qu'elles ont subies : le baptème, le dogme de l'Eucharistie et la communion au Mexique, la confession auriculaire au Pérou, le régime monastique dans ces deux pays (1). C'est peut-être aussi dans ces rapports qu'il faut chercher l'origine des diverses versions du déluge et du genre humain renouvelé par un couple unique. M. Maury (2) estime, et nous sommes de cet avis, qu'une infilration d'idées chrétiennes depuis la conquête, ne saurait suffire iles expliquer. C'est done dans des faits antérieurs qu'il faut chercher cette explication, sans toutefois exagérer leur imporlance, au point de vue de l'origine des Américains.

Les immigrations viennent suppléer à l'insuffisance des traditions et des légendes. Les preuves historiques et scientifiques à leur appui ne font pas défaut, nous allons chercher à Les résumer,

Pour une école peu nombreuse, mème de l'autre côté de l'Atlantique, la race indigène est autochthone, née sur le sol de l'Amérique, légèrement modifiée tout au plus, par des croisements étrangers. A cette exception près, il est admis que le Nouveau-Monde a été peuplé par des immigrations de l'ancien continent; mais si l'on est d'accord sur ce fait important, on différe beaucoup sur l'origine des immigrants, sur leur point de départ, sur la route qu'ils ont suivie. Pour les uns, ils sont arrivés soit par le nord-ouest et la mer de Behring (3), soit par le nord-est et l'océan Atlantique; pour les autres, celte arrivée a eu lieu par les iles du Pacifique ou les îles du Sud-Est. Les

(1) Desjardins, Le Pérou avant la conquéte Espagnole, p. 81.

(2) Encyclopédie moderne, art. DÉLUGE.

(3) Un excellent travail de M. Maury, sur la facilité du prssage- entre les côtes nord-est de l'Asie ct nord-ouest de l'Amérique, a été inséré dans la Revue des Deux-

4 Mondes du 15 avril 1858,

Les Immigrations

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recherches récentes permettent mème de croire à l'existence de l'Atlantide, cette terre “nystérieuse abimée dans les flots et dont jusqu'au souvenir avait disparu de la mémoire des hommes, Toutes les hypothèses sont possibles ; aucune ne peut être absolument prouvée, Nous allons les examiner, avant d'étudier les conclusions qu'elles comportent.

Il'estaujourd'hui prouvé que des aventuriers nombreux avaient précédé Colomb en Amérique (1). Dès les débuts de la navigation, quelques barques poussées par le vent, quelques individus isolés ont pu gagner les côtes de l'Amérique : les communications ont toujours dû ètre relativement faciles entre l'Asie et l'extrème .ard de l'Amérique. De la côte d'Afrique à celle du Brésil, la distance n'est guère que de cinq cents lieues; del'Islande au La-

brador, elle n'est pas beaucoup plus considérable, La Norwège et 4

l'islande ne sont séparées du Groënland que par deux cent soixante lieues. Le Gulf-Stream facilite les relations entre les Ca-

naries et le Venezuela (2). Si nous devons ajouter foi aux récits

d'anciens historiens, tels que Pline, Plutarque, Pomponius- Mela (3), quelques indigènes américains entraînés par la tem-

pêle, seraient mème arrivés par une de ces voies en Europe ou en @

Afrique. On cite des faits analogues dans les temps modernes, Un Esquimau parti avec son attirail de pêche pour surprendre des morses, était venu sombrer sur la côte d'Écosse (4). Le petit ‘anot qu'il montait est conservé au Musée de Mareschal Collège à Aberdeen, en souvenir de sa périlleuse aventure.

C'est sur ces données où d'autres semblables, que des cartes antérieures au seizième siècle placent dans l'Atlantique des

terres inconnues, En 1400, Fra Mauro traçait sur une carte, &

(1) Voyez Kuntzmann, Ablas sur Entdeckhungs Geschichte America. Munich, 1859.

(2) Amoghino, Antiguedad del Hombre, t.1, p. 159.

(3) Pline, Hist. Nat., 1. I, — Pomponius Mela, 1. HE. — Horn, De Originibus Anrricanis, t. IV, La Haye, 1652. — Æneas Sylvius, Geog. et Hist. del Mundo. — Plutarque parle d'un grand continent transatlantique et d'un étranger arrivé à Carthage de cette terre mystérieuse, Il place ce fait deux ou trois siècles avant notre ère, (Morulia,t. U, p.115 et s., éd. Didot).

(4) Southall, Recent Origin of Man, p. 513.

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