‹ L'Amérique préhistorique [microforme]Chapitre 97 sur 113 · OÙ CN · texte numérisé non relu

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des iles au delà des Açores (1). Ces îles ne peuvent ètre que les Antilles, Déjà en 1367, la carte de Picigano marquait dans l'Océan, un grand continent, auquel il donnait le nom d'Antille. Ce continent est reproduit sous le mème nom, sur la carte du Vénitien André Bianco, qui le place à l'ouest des Canaries, et lui donne la forme d’un quadrilatère allongé, Une autre carte, probablement plus ancienne, indique dans les régions du Nord, une vaste terre, que l'on croit être Terre-Neuve, et une île à laquelle on avait donné le nom caractéristique de l'{e du Diable. Nous cilerons aussi un globe terrestre exécuté à Nuremberg en 1492, l'année mème de la découverte de l'Amérique, par Martin Behaïm. On peut y voir une étendue de terre considérable, là où est aujourd'hui le Brésil (2). Ces faits, qu'il serait très facile de multiplier, prouvent à n’en pouvoir douter, la connaissance

vague et incertaine d'un continent mystérieux, au delà des limites qui paraissaient être celles du globe.

Les populations de l'extrème Orient fréquentaient aussi dès l'antiquité la plus reculée, les côtes occidentales de l'Amérique du Nord. M. de Quatrefages, qui a traité la question avec une grande supériorité, pense que le Nouveau-Monde à été peuplé par les

lrois races jaune, blanche et noire (3). La race blanche habitait

principalement le nord-ouest ; la race jaune est encore représen-

tée de nos jours par différentes peuplades: la race noire, peu nomd L

(1) Cette mappemonde a été longtemps conservée au couvent de St-Michel de Murano près de Venise, L'amiral Paris vient de faire don à la Société de géographie de Paris, d'une photographie qui la reproduit.

(2) A l'exposition américaine de Madrid en 1881, on a pu voir une mappemonde peinte sur bois par un auteur inconnu, peut-être par El Cano lui-même, au retour de son voyage de cireumnavigation. Sur ce curieux document, appartenant au ministère de la marine, les deux continents et les principales îles apparaissent pour la première fois avec leurs formes approximatives, — Revue d'Ethn, Mai-juin 18N?.

3) L'Espèce Humaine. Paris, 1876. Dans un travail récent (Rev. d’Anth. Oct. 1881), M. de Quatrefages raconte les voyages de Moncatch-Apé de la tribu des Yazoux, tels qu'ils avaient été recueillis dès les premières années du dix-huitième siècle par un colon français, le Page du Pratz. Il résulte de ces récits qu'à une époque antérieure à celie où les Européens ont connu cette partie des côtes de l'Amérique du Nord, l’embouchure de la Colombia et les plages voisines étaient fréquentées par des hommes blancs et barbus, venus selon toute vraisemblance des îles du Japon, dans le but de s’approvisionner de bois de teinture et peut-être aussi de se procurer des esclaves.

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breuse ilest vrai, avait pris possession de l'isthme de Panama. et à l'arrivée des Espagnols, elle occupait l'ile de Saint-Vincent. à l'entrée du golfe du Mexique. Certaines populations de la Floride, du Brésil, de la Californie étaient également noires, Du me lange de ces races, sont sorties celles qui peuplaient le nouvenu continent au seizième sivele et qui présentaient au plus haut degré, les traits caractéristiques des races mêlées dans tous les lenps et dans tous les pays.

Les premiers hommes, Européens, Asiatiques ou Africains, qui abordérent en Amérique, appartenaient certainement à des peuples différents. C'est le second point qu'il faut dégager, Ceux qui l'ont plus spécialement étudié disent ces hommes tour à tour Sibériens, Chinois, Indiens, Égyptiens, Phéniciens, Celtes, Seandinaves, Juifs mème, Toutes ces immigrations d'autres encore sont possible: I est évident que bien des races, bien des peuples ont contribué au peuplement de ces immenses régions que nous avons appelées le Nouveau-Monde.

Les hommes qui ont érigé les tumuli ir 1ombrables dont est couverte la Sibérie ont pu facilement traverser les eaux généralement calmes du Pacifique, se répandre dans le Mississipi et dans l'Ohio, où s'élevent des tertres semblables aux tertres Sibériens, Durant les hivers rigoureux, le détroit de Behring est complète. meotgeléetles communications entre les deux continents peuvent avoir lieu à pied see, Le même manuserit qui nous apprend que les ancètres du peuple Quiché vinrent des régions où le soleil se lève, ajoute qu'ils traversèrent la mer comme si celle mer n'existait pas: qu'ils allaient de rocher en rocher, etque le soleil qui vint enfin dissiper cette longue et sombre nuit n'était pas le soleil et n'avait aucune force. Brasseur de Bourbourg prétend appliquer ce texte fort incomplet et fort obscur, à un passage par l'extrème Nord (1). La mer qui n'est plus une mer, Je soleit qui ne réchauffe plus, se rapportent selon lui aux régions aretiques. Ces migrations auraient été plus faciles encore, si comme le sup-

(1) Le Popol-Vuh, le livre sacré et les mythes de l'Ant. Américaïie. Paris, 1861, p. 231-242. — Hist. des Nations civilisées du Mexique, t. 1, p. 169-176.

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Mais, en se plagant même dans les conditions qui existent actuellement, la navigation dans ces parages ne présente aucune difficulté sérieuse ; elle est facilitée par des relâches successives au Kamchatka, aux îles Aléoutiennes, à la presqu'ile d'Alaska, et c'est avec raison que Lyell comparait le passage du détroit de Behring à la traversée de la Manche entre Douvres et Calais (9), Les vents constamment favorables viennent aider à cette navigation, et c'est un jeu pour les Esquimaux d'accomplir le voyage d'une presqu'ile à l'autre, non seulement en barques isolées, mais encore par grandes flottilles de pècheurs (4).

Si nous acceptons cette théorie, il faut supposer une série inalculable de migrations des races Arvo-Indiennes, Ces hommes seraient partis des bords de l'Indus et du Gange, auraient traversé la chaine de P'Himalaya, les hauts plateaux du Thibet, les déserts de la Mongolie, les steppes de la Sibérie ; ils auraient ensuite gagné par le détroit de Behring, les pays qui forment aujourd'hui les possessions anglaises, les États-Unis, le Mexique, s'étendant peu à peu, depuis le Labrador jusqu'au cap Horn.

IL existe d'autres hypothèses ; de grandes ruines préhistoriques sont disséminées à travers les épaisses forêts de lHindoustan, du Ceylan et de l'indo-Chine; elles se continuent à travers Pile de Java, se reliant visiblement à une suite non interrompug de curieux monuments, de gigantesques constructions découvertes à travers la Polynésie, aux îles des Larrons, à Taïti, à Tonga, aux iles Sandwich, à l'ile de Pâques. Toutes ces constructions sont

(1) Au pliocène, selon Wallace, il existait une communication non interrompue entre l'Asie et l'Amérique, le détroit de Behring ne fut formé que durant l'époque quaternaire,

(2) Les Premiers Hommes, t. I, p. 153.

(3) Antiquily of Man, p. 3617.

(4) L. de Rosny, Cong. des Américanisles. Nancy, t. 1, p. 136. — Morgan, Systems of Consanguinity und Affinity of the Human Family. Smith. Cont., 1871.

situées le long d'une grande ligne allant de l'Est à l'Ouest, ot dominant une chaine sous-marine, qui s'étend jusqu'au conti. nent américain, Ces ruines ne marquent-elles pas les différentes étapes d'une grande race émigrant de l'ancien monde vers le nouveau (1)?

Sans doute de semblables odyssées confondent l'imagination : on a de la peine à concevoir des peuples entiers, chassés de leur patrie par la défaite, la famine, les maladies pestilentielles, se. branlant avec leurs femmes, leurs enfants, leurs tentes, leurs troupeaux, parcourant des régions inhospitalières, où la vie méme allait leur manquer, pénétrant enfin, après de longues années de marche, dans des régions où tout était nouveau pour eux, On se reporte involontairement aux difficultés que rencontreraient nos armées modernes dans de semblables entreprises, Mais ces populations étaient nomades; leurs besoins étaient peu nombreux, elilest certain que les progrès de la civilisation et du bien-être ont singulièrement affaibli l'énergie virile et multiplié les besoins factices, On ne saurait done juger ces migrations, en se placant à notre point de vue, La science et l'histoire sont d'ailleurs là pour attester leur possibilité : elles ont pu être facililées par des modifications dans Ja forme comine dans l'étendue des terres et des mers, par des émergements et des affaissements dont l'histoire géologique du globe montre la fréquence, Ainsi, en étudiant la stratilication des roches, la faune et la flore, on peut supposer un émergement qui aurait formé un seul continent du Japon, des iles Aléoutiennes et de l'Alaska. On a également prétendu que vers l'époque tertiaire, F'Asie s'étendait à travers le Pacifique, soit dans la direction de la Nouvelle-Zélande, soit dans celle de l'Australie et que des îles rapprochaient par une chaine non interrompue, ce dernier continent de Amérique du Sud, Mais les sondages récemment effectués montrent sur tous les points de l'Océan où ils ont été tentés, des profondeurs de 3,500 à 5,500 mètres, etilest difficile d'admettre un exhaussement de cette im-

(1) Edinburgh Review, Oct, 1876. — Lesson et Martinet, Les Polynésiens, leur origine, leurs migrations, leur langage. — Baldwiu, Ancient America, App. CO, p. 288.

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porlance (1). S'il faut renoncer à cette seconde hypothèse, la première, d'autres que l'avenir nous révélera, n'ont assurément rien de contraire aux données de la science,

Si nous interrogeons l'histoire, nous verrons les Aryas, les plus illustres parmi nos ancètres, partir du centre de l'Asie, s'étendre successivement sur l'Hindoustan, sur la Perse, sur la plus grande partie de l'Europe, Les migrations des Cimbres et des Teutons sont mieux connues encore, On ne peut sans étonnement suivre sur une carte le chemin parcouru par Alexandre et ses licutenants, Les Tuns (2), partis des hauts plateaux de l'Asie, ont pénétré au cœur de l'Europe, livrant partout sur leur passage de sanglants combats, De nos jours mème, n'avons-nous pas vu, sur une échelle moins considérable il est vrai, les Bocrs s'enfoncer dans le Transvaal, pour éviter la domination anglaise, et les Mormons pénétrer dans les déserts de F'Ütah, pour fuir celle des États-Unis,

Tous ces faits, qui montrent la force expansive des races primitives, tranchent la question de la possibilité des migrations asiatico-américaines. Comment d'ailleurs admettre le peuplement des régions immenses qui forment le Nouveau-Monde, par quelques aventuriers isolés, par quelques misérables naufragés, D faut done de toute nécessité que des peuples entiers soient arrivés d'un continent à Pautre, sans que nous puissions encore déterminer avec l'exactitude désirable, soit leur point de départ, soit leur point d'arrivée, où que la population de Amérique soil aulochthone, née sur ie sol mème qu'elle habite, Ce sont là les deux termes d'un dilemme auquel on ne peut échapper.

(1 La comparaison des faunes et des flores, la dispersion de certains animaux, de certains oiseaux surtout, que leurs moyens de locomotion n'ont pas mis à même de

passer d'une de ces stations dans les autres, permettent de croire qu'à une époque re.

lativement récente l'océan Pacifique baignait un vaste continent austral dont la Nouvelle-Zélande, les îles Maquarie, Campbell, Chatham, restent les témoins, Parmi les oiseaux, MM. Blanchard et A, Milne-Edwards citent l'Apterix, le Dinornis, le Palapteryx ot le Strygaps, perroquet nocturne incapable de voler (4e, des Sciences, 15 16v, ISSN?

(?) Trois siècles environ avant notre ère, les Huns (Hiong-mi) se rendirent redou tables aux Empereurs de ja Chine, Après une longue lutte, ils furent vaincus; de là leurs migrations qui peuvent assurément s'être étendues jusqu'au Nouveau-Monde.

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La communication fréquente entre les deux mondes, écrivait Humboldt, se manifeste d'une manière indiscutable dans los cosmogonies, les monuments, les hiéroglyphes, les institutions des peuples de l'Amérique et de l'Asie (1), Quand l'illustre Alle. mand publiait ses travaux, on ne savait encore que peu de cho. ses du Bouddhisme, de sa puissance d'expansion, de son alliance où de ses rapports avec les autres cultes asiatiques, On

ne connaissait que très imparfaitement les terrassements des Mound-Builders, les édifices du Mexique où de l'Amérique centrale, et bien qu'il soit encore prématuré de poser des con. clusions forrnelles, on peut dire que toutes les découvertes nouvelles sont venues justifier les assertions de Humboldt (2),

Un des bas-reliefs de Palenque offre une ressemblance indéniable avec les images de Bouddha (D, et l'ofrande faite aux dieux, qui s'y trouve reproduite, est fréquemment répétée sur les monuments du culte bouddhique, À la Casa de Moujus (Uxmal), on voyait sur le seuil de la niche qui surmonte chaque porte, une figure accroupie qui portait l'empreinte visible du Bouddhisme (4), Un bas-relief récemment découvert à Chichenza, amene une conclusion semblable (5), et les monuments de cette ville sainte des Yucatees rappellent singulicrement les topes et Les dagobas de l'Inde (6), Quetzacoatl est souvent représenté avec le bonnet et dans la posture que la tradition hicratique assigne à Bouddha (fig. 114).

Quelques américanistes croient retrouver dans le nouveau monde les deux sectes de l'inde : celle des adorateurs de Fichnou

(1) Vues des Cordillères et des Monuments des peuples indigènes de l'Amérique, 14, p. 31, 39, — Examen critique de l'hist et de la géog. du Nouveau Continent, 1, H, p. 67,

(2) On peut consulter sur les difficultés qui s'opposent à des conclusions trop alirmatives, L, de Rosny, Le Bouddhisme en Amérique; Cong. des Amérie, Nancy, 1855, t. 1, p. 137,

(3) G. d'Eichtahl, Etude sur les origines Bouddhiques de la civilisation amérivaine. Paris, 1865, p. 70.

(4) F. de Waldeck, Palenque et autres ruines. Paris, 1866, — D'Eichthal, 2 e., p.78. Ces figures d'après les derniers voyageurs qui ont visité ces ruines auraient disparu.

(5) Stephens, lacidents of Travel in Yucatan, t. HE, p. 292.

(6) Voy. ch. vu, p. 341, note 4,

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Le culte du serpent existait sur les bords du Mississipi et dans toute l'Amérique centrale, Rappelons le tertre immense de Brush-Creek dans l'Ohio, qui figure un serpent avalant un œuf ; on cite auprès de Mexico, une sculpture à peu près semblable (2); lun et l'autre se rattachent visiblement à la cosmogonie de l'inde et à la conception de l'œuf du monde, d'où sort un dieu créateur, Nous trouvons le serpent sur les édilices sacrés du Chiapas et du Yucatan, comme sur les murs du grand temple de Mexico, aux pieds de Los Edifivios à Quemada, comme sur les monuments de Cuzeo, M. de Humboldt veut y voir un souvenir du serpent Kaliya, vaincu par Vichnou et qui joue un grand rôle dans la mythologie indienne (4), Suivant Lassen (#), le Bouddhisme aurait été connu à Mexico, dès le cinquième sièele de notre ère: il aurait compté de nombreux sectaires jusqu'au lreizième sivele, où les Aztces victorieux avaient proserit le culte de Bouddha et remplacé l'humanité envers les vaincus, préchée par Cakyamouni, par les horribles cruautés que nous avons racontées, Peut-être faut-il également rattacher au culte boud-

(1) Desjardins, Le Pérou avant la conquéte Espagnole, p. 101.

(2) Melgar, Mex, Geog, Bolletin, ® epoca, t, WA, p, 112 et 8,

(3) Ce serpent est aussi appelé Kalinaga, Humboldt, Vues des Cordillères, 1, 1, p. 236, — Moor, Hindu Pantheon, 4° London, 1813.

(4) Indische Alterthum's Kunde,t. 1V,p. 749, — Dès le troisième siéele avant notre ére, le Bouddhisme avait commencé à se répandre hors de linde, I avait pénétré chez les Birmans au sud, chez les Chinois et les Japonais à l'est, chez les Thibétains et les Mongols au nord, Il jeta de profondes racines chez ces diverses nations, et 65 ans ap. 4.-C., le Bouddhisme fut solennellement reconnu par l'empereur Ming-li comme troisième religion de l'État, Max Muller, Buddhism ant Budithist Pilgrims, p. 2%. — E, Burnouf, Introduction à l'histoire du Bouddhisme, — D'Eichthal, Le, p. 20.

n42 L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE.

dhique, la conception chez les Mexicains d'un dieu suprème adoré sous les treis formes de Ho, Huitzilopoehthi et de Tlailoe qui rappellent la Trimurtis indienne, de Brabmah, Vichnou et Civa

L'éléphaut était totalement inconnu lors de l'arrivée des Conquistadores ; aucune tradition ne se rapportait à son existence sur le continent américain. Cependant plusieurs des prineipaux monuments du Chiapas et du Yucatan, la Casa del Gobernador et la Casa de Monjas, par exemple, portent des trompes d'éléphants, comme motif de décoratios, Sur un des bas-reliefs du palais de Palenque, la coiffure du grand prêtre simule une tête de proboscidien (1) (fig. 123), On conserve au musée de la Paz (Bolivie), deux vases, vestiges de l'ancien art avimara: sur chacun d'eux est figuré en couleur noire, un éléphant portant un palanquin. Tout récemment, on a recueilli dans Flowa une pe taillée dans un grès assez tendre (fig. 72). Cette pipe absolument semblable, comme forme el comme travail, à celles trouvées sous les mounds du Mississipi où de l'Ohio, et œuvre ésidente d'ouvriers de la même race, représente un éléphant 2,1 est difficile de ne pas voir des souvenirs de l'Asie, dans ces images exécutées à des distances si considérables les unes des autres,

Des haches polies en néphrite ou en jadeïte ont été trouvées dans le Yucatan et au Mexique (3). Le musée de Copenhague possède des pointes de flèche en néphrite de provenance américaine (#4); des idoles également en néphrite viennent des environs de Mexico, Toat gisement de ces roches est inconnu sur le continent des deux Amériques. Comment ces haches, ces fleches \ sont-elles parvenues ? Des fouilles dans Le New-Jersey ont donne un marteau en pierre, portant le Swastika (fig, 9). Comment le signe mystérieux des Aryas se trouve-t-il aux États-Unis ?

C'est surtout dans leurs caleuls pour établir le calendrier, que

(1) Rappelons que Ganesa, le dieu de la sagesse dans la mythologie hindoue, est toujours figuré avec une trompe d'éléphant,

(2) Short, North Americans of Antiquity. App. B.

(3) Leemans, Cong. préh. de Bruxelles, 1872.

(4) Cong. des Améric. Luxembourg, 1877, t, I, p. 317.

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nous trouvons une preuve évidente des communications qui ont dû exister entre les Asiatiques et les Américains (1). Chez tous les peuples civilisés de l'Amérique, le calendrier était semblable et la méthode ingénieuse dont ces peuples se servaient pour désigner le jour et l'année dans un eyele donné, est identique avec celle des Hindous, des Thibétains, des Chinois et des Japonais, qui distinguent aussi les années par la correspondance de plusieurs séries périodiques. Peut-on supposer que des méthodes chronologiques si avancées, une connaissance si approchée de la durée exacte de l'année (2), soient des conceptions sponlandes du génie américain et les ressemblances que nous signalons, entièrement fortuites ?

On cherche aussi à justifier Fhypothèse des immigrations asiatiques par la ressemblance des différents idiomes, Dans un travail récent, M. Mendoza S'est efforcé de montrer l'identité d'un certain nombre de mots nahuatl et sanserits (4), Un ministre prolestant voyait une grande analogie entre les dialectes de F'Amérique du Sud et ceux du Decean (4); il prétendait établir eette analogie par la comparaison des mots qui indiquent la mesure du temps, et par le mode de construction du verbe, dans les plus vieilles langues du sud de Finde et dans le Qquichua, la langue sacrée desanciens Incas, Don V. F, Lopez de Montevideo s'efforce également de prouver que le Qquichua appartient à la famille des langues arvennes (5. D'autres soutiennent Fanalogie des langues américaines avec les langues ouralo-altaiques (6) et dans un congrès d'orientalistes, tenu en 1876 à Saint-Pétersbourg, on faisait ressortir les ressemblances frappantes qui existent entre les langues américaines et celles de F'Arménie et du

(1) Humboldt, Vues des Cordilléres, À 1, p. 363, 384, 992 et pl. XXI — D'Eichthal, /, 6, p. 40. — Cong. des Amérie, Nancy, 1875, p. 140.

(2) Ces mesures du temps ne différaient du temps vrai que de ?" 9”.

(4) Ann. de! Museo Nacional de Meriro, t. 1, p.70.

ÿ) On donne le nom de Deccan où Dekan à toute la région méridionale de l'Inde, comprise entre les monts Vindhyas, le Comorin et les golfes du Bengale et Arabique.

(5) Les Races Aryennes au Pérou.

(6) Forchammer, Vergleichung der Amerikanischen Sprachen mit den Ural-Allaischen, hinsichtlich ihrer Grammatick.

Chinois et Japonats,

541 L'AMÉRIQUE PRÉHISTORIQUE, Caucase, I faut mentionner ces faits ; il serait facile d'en citer d'autres ; mais nous ne pourrions que répéter ce que nous avons déjà dilen parlant de l'Eskuara, les connaissances philologiques en ce qui concerne les anciennes races de l'Amérique, ne sont pas encore assez avancées, pour permettre des conclusions bien sérieuses,

Nous avons dit la présence de prêtres bouddhistes à Mexico, dés le cinquième siècle de notre ère (D), Voici ce que rapportent à cet égard les historiens chinois : « Autrefois la religion de Bouddha n'existait pas dans ces contrées : ce fut dans la quatricme année du règne de Hiao-wou-te des Soung (8 ans ap. J. Co) que cinq pi-hhieou où religieux du pays de Ki-pin ‘ancienne Kophene) allérent au Fou-sang et y répandirent la loi de Bouddha, Hs apportérent avec eux les livres, les images sainles, le rituel et instituérent tes habitudes monastiques, ce qui fit changerles mœurs des habitants. »

Un deces missionnaires, Hoei-chin, revint de ce voyage lointain eu 499 et c'est son récit embelli par les fables les plus invraisemblables, que nous ont conservé les écrivains chinois 2), Ce ne serait mème pas la première mention du Fou-sang dans les histoires du Céleste Empire, Tong-fang-s0, qui vivait deux siveles avant notre ère, raconte que le pays de Fou-sang est situé à Fest de la mer Orientale, « Quand on débarque, sur les rivages de ce pays, continue-t-il, faut s'avancer dans la direction de l'Orient et après avoir parcouru 10,000 Hi (3) on trouve la mer de couleur

(1) Nous reproduisons la version de M, D'Eichthal(/. e., p. IN). Les considérations sur lesquelles 11 l'appuie sont remarquables, On peut consulter sur toute Ja question Ch. Leland, Fasang or the Discovery 0/ America by Chinese Buddhist Priests in the Fifth Century, London, 1873, et un excellent mémoire présenté en 1876 par L Me D'Hervey de Saint-Denys à l'Académie des Inscriptions, et intitulé : Le pays connu des snciens Chinois, sous le nom de Fou-sang.

2) « Pendant le règne des Tzi, dans la première année de l'Origine Eternelle, un prètre Bouddhiste éhinois, qui portait le nom monastique de Hosi-chin (compassion viut du Fou-sang dans le district de Houkouang et dans les districts voisinus, [resta que le Fou-sang est à 20,000 li à l'est de Ta-han et de l'Empire du Milieu. » Ext, des Nan-szu où Annales de la Chine.

3) L'évaluation du Æ chinois présente de grandes difficultés ; cette mesure itinéraire a en effet considérablement varié selon les temps. On peut consulter sur la question,

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L'ORIGINE DES AMÉRICAINS. 515 bleue, vaste, immense et sans bornes (1), » Un autre historien, Li-yen, nous apprend que le Fou-sang est à 40,000 li à l'est du pays de Ta-han et aussi à l'est de ln Chine, Le marquis d'Hervey, enfin, raconte que, d'après un ouvrage intitulé Leang-sse-kony, où Mémoires de quatre seigneurs de l'époque des Leang, une ambassade du Fou-sang serait armvée en Chine dans les années tien-hien commencant en 502, date trop rapprochée du retour de Hoei-Chin, ajoute avec raison M. d'Hervey, pour qu'elle ne doive pas éveiller l'attention.

C'est M. de Guignes qui, le premier, a établi que le Fou-Sang devait être Amérique (2. Après avoir relevé sur une carte la route probable, suivie par ceux qu'il appelle des navigateurs chinois : « ai examiné, ajoute-t-il, leurs mesures, elles m'ont conduit vers les côtes de Californie, et j'ai conclu de là qu'ils avaient connu l'Amérique #58 ans apres J.-C, » Les connaisances géographiques, au temps où vivait léminent sinologue, ne permettaient pas la solution complète du problème, De Guignes avoue lui-même qu'il avait été longtemps arrête pur les difficulles ne présentait Fitinéraire suivi par les Chinois, pour arriver au Fou-Sang, et surtout par la confusion qu'apportait le pays de Ta-han, situé sur le continent asiatique, et où devaient cependant aborder les vaisseaux se rendant en Amérique. Cette dtficalté n'existe plus: M. d'Hervey, en S'appuyant sur le Fouenkien-loui-han, vaste eneyelopédie publiée dans les premiers temps de la dynastie actuellement régnante, prouve qu'il existant deux pays de Ta-han. « Le premier est celui qui a induit de Guignes en erreur, en lempèchant de porter ses vues au delà du Kamehatka, et le second, celui dont ilest fait mention dans Fitinéraire de Fou-Sang, lequel ne saurait trouver place en Asie, par cela seul qu'il est à Fest du premier (3), »

d'Anville, Mém., de l'Acad. des Inser., t, XXVBE On l'évalue actuellement à un tiers de mile anglais, soit environ 506 mètres, (1) D'Hervey de Saint-Denys, L €, p. 6.

(2) Sur les navigations des Chinois du côté de l'Amérique rt sur plusieurs peuples situés à l'extrémité de l'Asie orientale, Ac, des Inser., t, XXNII, 1761, (3) D'Hervey, L e., p. 4.

De NaballLac, Amérique, 3)

— es grise :

Les faits donnent raison à ceux qui croient que le Fou-Sang était l'Amérique, et malgré les objections nombreuses qui ont été faites (1), objections sur lesquelles nous aurons à revenir, il nous parait encore que c'est l'hypothèse la plus vraisemblable de loutes celles mises en avant, C'est à l'influence chinoise que seraient dues les traces de Bouddhisme dans la cosmogonie el dans les institutions de certains pays du nouveau Monde (2,

De Guignes attribuait également à des immigrations chinoises la civilisation des Péruviens, Les curieuses analogies que l'on remarque dans les coutumes, dans les règlements minutieux qui atteignent toutes les actions extérieures de l'homme, le patronage accordé à l'agriculture, la fête annuelle, célébrée en l'honneur des agriculteurs par l'nea du Pérou et l'empereur de li Chine, le système des irrigalions, le paiement des impôts en nature, l'usage des quipos, la construction des ponts suspendus avee des cordes, la ressemblance de certains détails de l'architecture, celle des barques péruviennes avec les jonques chinoises (3), sont toutes de nature à justifier cette hypothèse.

Des découvertes récentes viennent appuyer ces analogies, Des idoles en argent offrant le mème type que les idoies du Céleste Empire, et portant des inseriptions où l'on à eru reconnaitre les plus anciens caractères usités en Chine, ont été trouvées au milieu des ruines de Chimu et à Chinea-Alta, à quatre cents miles plus au sud (#). Les calacombes des Muyseas, auprès de

1) Klaproth, Ost-Asien und West-America, Zeitschrift für Algemeire Erdhunite, avril 1883, — Vivien de St-Martin, Une vieille histoire remise à flot, Année géoy., 1865, — Lucien Adam, Le Fou-sang, Cong. des Améric, Nancy, 1876, t 1, p. Lio.

%) Certains américanistes ont soutenu qué Quetzacoatl, Bochica le législateur «1 le dieu des Chibchas, et Viracocha, étaient des prètres bouddhistes, Cola peut être vrai, mais les preuves manquent et les seules que lon puisse donner sont les curieuses similitudes qui existent dans toutes les légendes relatives aux initiateurs de la civilisation américaine, Tous sont représentés comme des honumes blancs, barbus, portant de longues robes et prêchant aux hommes la vertu et la pénitence,

(3) Le mème fait peut être cité au Mexique; quatre proues de navire présentant une certaine ressemblance avec les proucs des jonques chinoises ont été trouvées dans une hypogée, par Vasquez-Cornado,

(4) D' Le Plongeon, Vestiges of Antiquity, Lecture delivered before the New-York Geog. Sue, January, 1873.

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