‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 119 sur 212 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

pronéral inant

études de droit et reçut son diplôme d'avocat. Pendant vingt ans, les Cours de justice de l'Illinois retentirent de ses éloquentes plaidoiries, après quoi il fut appelé à

s; en la législature de son État. Élu enfin membre du con- Henri grès en 4847, il devint, dans les célèbres discussions ent le parlementaires de 1858, l'illustre antagoniste de jé, ne Douglas.

| Déjà, au moment où nous primes pied dans la Virgifaillit nie, un certain frémissement populaire se faisait sentir. sauvé Tout était calme pourtant, mais de ce calme menatique çant qui précède les tempêtes.

long- L'atmosphère était comme chargée du vent de la parti révolle. Quelque chose d’indéfinissable et de fatal pesait

sur tous les esprits, d S po- Les hommes étaient muets, mais chacun semblait ve du lire dans la pensée de tous, le mot d'ordre suprême. mme C'est ce calme étrange et terrible, plus redoutable plein que le déchainement de la révolte même, dont je subis t dé- la pénible inflüence en entrant dans Richmond, aulevait jourd’hui la capitale des États violemment séparés. en 66 Plus tard je raconterai la formalion si originale, si linée, pittoresque des corps de volontaires dans le Nord, et ncoln je dirai avec quelle étonnante activité et quel esprit de. rilisa- ressources les unionnistes agirent pour se composer dans une flolte de guerre et une armée qu'ils n'avaient point. mme En attendant, je continue librement mes excursions 1 l'on de touriste, écrivant ce que j'ai vu au moment même allant où je le vois.

lettes La Virginie est un immense et très-fertile pays de 1é Ca- quatre cent vingt-cinq milles de large de l’est à l’ouest, 1e du ct de deux cent dix milles du nord au sud. La superfil ses ficic est de soixante et un mille deux cent cinquantedeux milles carrés. De celte énorme étendue de ter-

ircons + rain, le tiers, à peu près, est cullivé et rapporte

abondamment. Le pays est très-accidenté, très-varié

d’aspects. La rivière Ohio sert de limite au Kentucky et à la Virginie. La Virginie est séparée du Maryland par le Potomac. Les montagnes Cumberland et la rivière Bigsandy la séparent du Kentucky. La montagne la plus élevée de toute la Virginie, et je crois de tous les États- Unis, s'appelle le pic Blanc (White top), six mille pieds au-dessus de la mer. Un instant le colonel eut l’envic de faire l'ascension de ce pic. Cette envie lui passa, et je n’en fus pas fâché. Monter pour le seul plaisir de monter, mieux vaut aller en ballon, c’est moins fatigant. Du pic Blanc nous eussions pu voir les quatre sections qui forment l'Etat de la Virginie. La première des sections est bordée par l’océan Atlantique et la baie de Cheseapeake. Sur aucun point elle ne s’élève à plus de soixante pieds au-dessus du niveau de la mer. La seconde, plus élevée, s'appelle le district Piedmont (pied des montagnes). La troisième section a nom Vallée. On y pénètre par le Maryland. Enfin la quatrième, Arans-Alleghany, est située, comme l'indique son nom, au delà des monts Alleghanys. Cette région est trèsaccidentée, et les accidents qui la caractérisent sont désignés par le terme pittoresque de « éperons des Alleghanys. »

. La ville de Richmond bâtie en amphithéätre cffre le coup d’æil le plus séduisant. Bien construite, elle est beaucoup moins riche que Baltimore en grands monuments. Néanmoins son capitole, ses vasles magasins à tabac, sa citadelle, son palais de justice, et les travaux pour alimenter la ville d’eau potable, méritent d'être cités. Ce qui frappe le voyageur qui pénètre pour la première fois dans Richmond, c’est la physionomie générale des habitants, leurs habitudes et leurs mœurs si différentes de celles de New-York, et de tous les autres pays de l’Union où l'esclavage n'existe pas. Le Virginien est intelligent, spirituel même, et tout en lui

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CILAPITRE XII,

est sympathique, tout jusqu'à ses défauts. Autant le Yankee pur sang est froid, réservé, rapace, autant le Virginien est communicatif, enthousiaste el généreux. Le Yankee pousse l'esprit de puritanisme jusqu’à se faire l’ennemi de tous les plaisirs, même les plus innocents; le Virginien, au contraire, les recherche tous, et sa vie, s’il le pouvait, ne serait qu’un long jour de fête. En toute chose, le Yankee se montre rangé et méticuleux, et sa demeure a plutôt l’aspect d’un tombeau que d’une maison; le Virginien, au contraire, pousse quelquefois le laisser aller jusqu’au désordre. Tout chez lui accuse cette disposition de son esprit. C'est dire assez que l’un est concentré, égoïste, l’autre ouvert et hospitalier. Pourquoi faut-il qu’on ait à reprocher aux Virginiens le maintien d’une institution tellement en désaccord avec les qualités naturelles de leur esprit et de leur cœur! Ces qualités sont telles, que c'est en effet la Virginie qui, jusqu’à présent, a fourni le plus grand nombre de citoyens illustres par leur talent et ieur vertu politique. Il suffit de citer Washington, Jefferson, Monroe, Madison, Patrick Henri, See, Caw, etc.

On m'avait tant parlé des mauvais traitements dont les nègres esclaves étaient généralement victimes dans le sud de l’Union, que je fus très-surpris de les trouver, matériellement du moins, fort satisfaits de leur sort. J'aurai bientôt, à propos de la récolte du coton dans la Géorgie, à entrer dans les détails sur la manière de vivre des esclaves; mais je ne veux pas

‘attendre plus longtemps pour dire que, si l'esclavage

est en lui-même odieux, il est injuste d'attribuer à tous les propriétaires de nègres indistinctement des sentiments féroces qui ne sont impulables qu'à un très-pelit nombre.

Je voudrais bien que tous nos travailleurs en Europe fussent, sous le rapport matériel, aussi bien partagés 13,

que les noirs domestiques ou ouvriers qui vivent dans les villes du Sud. Quoi qu'il en soit, le colonel, en sa qualité d’Anglais, par conséquent d’abolitionniste et ‘d’ennemi naturel des Américains, ne manqua pas une aussi bonne occasion de s’élever contre eux.

— Voilà donc ce fameux Richmond, dit-il, ce grand marché d'animaux à deux pieds et à une âme, ce dépôt central de pacolille humaïne, où tous les jours on peut voir adjuger des hommes et des femmes, des jeunes garçons et des jeunes filles, des mères avec leurs enfants, des mères sans leurs enfants, esclaves bien porlants ou malades, convenablement trailés ou portant sur leur corps asservi les traces de châtiments barbares ! Il y en a pour tous les emplois, pour lous les besoins et pour tous les goûts. Ceux à qui la couleur noire déplaîit, peuvent acheter des esclaves aussi blanches que les Géorgiennes, et d’une beauté souvent éblouissante. Elles ont du sang noir, dit-on; soit, mais il s’est perdu dans le sang blanc, comme une goulte de café dans un baquet de lait (4). N'importe, elles sont esclaves et d'autant plus recherchées qu’elles sont blanches et belles. Ah! le beau pays, bien digne en effet d’avoir secoué le joug de la dépendance pour proclamer avec la liberté le titre pompeux de république ! Ils rougissaient de se dire sujets anglais, ils ne rougissent pas de mentir à l’esprit de leur constitulion, en trañiquant de la vie et de la liberté d’une partie des

(1) La cour suprême de l'Ohio et celle de la Virginie viennent récemment de décider que tout individu oc{oroon, c'est-à-dire n'ayant qu’un huitième de sang noir dans les veines, est déclaré blanc, et peut jouir désormais des priviléges accordés aux citoyens.

Reste à trouver le moyen de constater ce huitième ; mais, en Amé. rique où le génie de la mécanique a produit tant d'inventions étonnantes, on imaginera peut-être un sanguomètre comme on a déjà un thermomètre, un baromètre, un gazomètre, un alcoolomitre, etc.

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