CHAPITRE II
naissance à l'ouverture ménagée entre les deux prises d’air, lesquelles laissent apercevoir aux promeneurs sur le pont le! mouvement majestueux et régulier des pistons, qui impriment le mouvement de rotalion à l'arbre de couche.
Nous voici arrivés dans une étroite galerie, toujours en fer et à jour, de laquelle on aperçoit, à trente ou quarante pieds en dessous, les chauffeurs, que nous observerons mieux dans un moment.
Ici, il faut se faire mince, rapprocher les coudes et marcher droit, sous peine d’être enlevé et broyé par une bielle ou par un des gigantesques pistons, dont le mouvement cadencé a queique chose d’effrayant. La perspective d’être broyé si l’onfait un faux pas ou qu’on ne s’amincisse pas assez, jointe à la chaleur que l’on ressent et à l'odeur d’huile chaude qui vous saisit à la gorge el bouleverse l'estomac des plus robustes, fait de cette galerie une promenade peu fréquentée de messieurs les passagers. Enfin j'y suis, et j'y reste pour observer autant que possible le service mystérieux de la machine.
Au bout de cette galerie, se trouve un espace relativement assez grand; c’est le poste de l'ingénieur en chef. IL est assis sur un petit escabeau en fer et suit constamment des yeux les mouvements divers de ce qu’on pourrait appeler les organes de la vie du steamer, L'ingénieur à, réunis sous la main, tous les robinets, tous les boutons, toutes les roues qui servent à faire mouvoir, ralentir ou arrêter la machine. Près de lui aussi se trouvent fixés les différents timbres servant à transmettre à l’équipage intérieur les ordres du capitaine,
Puis on voit une série de très-curieux cadrans, dont un indique la quantité d’eau qui se trouve dans les bouilloires, et un autre, la quantité de vapeur dépensée,
Près de ces deux cadrans, il en est ün qui mérite une attention spéciale.
Celui-ci, qui renferme une horloge, a pour but d’indiquer les tours de roues du steamer; si bien qu'après une traversée, quelque longue qu’elle soit, on sait au juste le nombre de tours de roues accomplis par le bateau. En moyenne, le Persia et le Vanderbildt font quiaze tours de roues à la minute ; ce qui fournit, pour une traversée de neuf jours, cent quatre-vingt-dix-sept mille six cent quarante rotations. Les chiffres, dans cet ingénieux cadran, viennent se placer d'eux-mêmes en vue à chaque rotation. Il est intéressant, pendant la traversée, d'aller de temps à autre consulter ces chiffres, dont le nombre toujours croissant encourage les passagers, impatients d'arriver.
L'ingénieur que nous avons vu à son poste d’observation, c’est-à-dire sur son étroil escabeau de fer, est entouré d’un élat-major qui se compose de trois ou quatre aides ingénieurs, autrement dit mécaniciens.
Le graissage de toutes les parties constitutives de la machine esl une opéralion des plus importantes et qui exige un soin tout particulier. Il y a toute une escouade de huileurs, et il est vraiment curieux de les voir, armés de leur buretle, avancer le bras en faisant le mouvement contraire du mouvement des parties de la machine qu'ils veulent arroser d'huile. Une seconde de distraction, et la main et le bras peuvent être broyés. Il est des huileurs qui grimpent au milieu même des rouages, pour de là laisser couler l'huile dans des récipients ad hoc. Que le roulis leur fasse perdre un tant soit peu l’équilibre, que l’odeur nauséabonde qui s’exhale de partout en cet endroit, où il fait une chaleur excessive, trouble un instant leur cerveau et leur occasionne une faiblesse, et les voilà broyés sans qu'on puisse même tenter de les soustraire
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