‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 146 sur 212 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

soit une portion de poisson salé ; enfin, pour dessert, des fruits qu'ils cueillent eux-mêmes et du café qu’ils aiment beaucoup et dont ils boivent à discrétion.

S'il fait trop chaud pour que les nègres puissent, sans en être incommodés, diner dans les champs, une heure leur est accordée pour prendre ce repas dans leurs cabanes. En toute saison, l’esclave planteur

travaille depuis le lever jusqu'au coucher du soleil.

L'époque de la plantation du coton est généralement du 4° au 15 mai. Les nègres, après la semence, s'occupent à détruire les mauvaises herbes. Ceux qui sont À la tâche, — et c'est le plus grand nombre, nous l’avons dit, — s'ils ont terminé leur besogne avant le coucher du soleil, s’en vont cultiver pour leur propre compile.

Les propriétaires d'esclaves dans les plantations ne refusent guère d’accorder à ceux-ci un cerlain espace de terrain que le noir a le droit d'exploiter à son profit. Sur ce terrain il cultive des légumes que souvent il vend à son maître, il élève de la volaille, engraisse des porcs, quelquefois même il nourrit une vache. C'est ce qui fait que les esclaves sont rarement sans argent. ‘Avec leurs économies ils s’achètent des habits de gala dont le pittoresque comique défie toute description, et qu'ils portent avec un sérieux qui les rend d’autant plus drôlatiques.

Rien de plus curieux en effet et, il faut bien l'avouer, rien de plus amusant aussi que de voir ces malheureux parias de la société américaine, parés aux jours de fète de ce qu’ils nomment leurs beaux atours. Les plus élégants portent un habit d'étoffe en coton bleu, jaune ou vert, taillé en queue de morue, avec un pantalon à carreaux s’arrêlant à la cheville, des cols de chemise qui menacent de couper leurs oreilles, tant ils sont hauts et roides, et un gilet impossible, toujours

trop court, et dans le gousset duquel se dessine en ronde bosse une magnifique montre en argent. Souvent il ne manque àcette montre, pour qu'elle donne l'heure, qu’une toute petite chose, le mouvement; mais les nègres n'y regardent pas de si près; ils savent se contenter d’une simple boîte de montre, pourvu qu’à cette apparence de montre soit attachée une longue et large gourmetle en cuivre, ornée à son extrémité par une demi-douzaine de breloques du même métal. Il faut, quand l'’élégant fait un mouvement, que ces breloques baltent contre le haut de ses cuisses. |

Les négresses, aussi prétentieuses que les noirs, et non moins extravagantes dans leur mise, sont moins ridicules toutefois : tant il est vrai que la femme, | qu’elle soit noire, blanche ou cuivréé, possède en elle une grâce naturelle qui corrige toujours plus ou moins le mauvais goût du costume. Les nègres se rassemblent par groupes, discourent, font de la musique et dansent. Leur instrument favori, dans tout le sud des États-Unis, est une sorte de guitare à long manche qu’ils appellent banjo, et sur laquelle ils exécutent des rhythmes plutôt que des mélot proprement dites, pendant que d’autres nègres, sous prétexte de danse, se livrent à des contorsions les plus extravagantes du monde.

Ce qui avant toute autre chose séduit les négresses coquettes, ce sont les verroteries et les faux bijoux que viennent leur vendre des colporteurs noirs ou blancs. Des nègres libres ont fait des fortunes plus ou moins considérables à vendre dans les plantations les mille petits objets dont se pare la vanité des négresses. Au reste, les noirs ont une grande aptitude pour le négoce, et rien n’est plus curieux que de les voir gesticuler et crier dans le marché français de la Nouvelle-

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