CHAPITRE XVI
Orlédhs. M. Charles Jobey a recueilli quelques-uns d2 leurs boniments qui méritent d'être rapportés.
« Achetez, messieurs et mesdames, des chapelets bénis par notre saint-père le pape lui-même, un escalin pour les matadorés, un picaillon pour les rafalés !
« Achelez, mesdames, du fil et des aiguilles qui s’enfilent et cousent toutes seules pendant que vous: préparez la soupe aux huîtres et le gombaud.
«a Achetez des citrons, des oranges, des bananes ct des pacanes de la Havane, le parfum, la douceur, la fraîcheur de la bouche et du cœur.
« Achetez des berlingots d'Amérique pour guérir la colique et faire pousser les dents de vos enfants. »
Mais 1à où le génie du nègre commerçant se manifeste dans sa plénitude, c’est lorsqu'il veut amener à lui des clients qui paraissent indécis. Avec un blanc, le nègre ne parle jamais que le patois créale. Il cherche à apitoyer sur son sort. Il dira, par exemple : Bonjou, mô maître ! Achète moé qui chose ? Moë té pas capable rien vende vous l’autre hier ? Pone moé n’a pas de chance ; non maître va battre moé, et pi mo femme et pi tout piti monde layé. Si, au lieu d’un blanc, c’est une servante négresse qui se présente, le nègre dédaigne alors le patois pour le français le plus pur, et enveloppe dans de grandes phrases pompeuses des compliments auxquels la négresse se montre toujours sensible.
— Eh! bonjour, madame ! comment va l’état de votre santé ? et monsieur votre mari ? et mademoiselle votre fille, Vous vendrai-je quelque chose aujourd'hui, madame ? des radis roses très-tendres ? des ananas coupés de cette nuit? Achetez de confiance, madame, je suis incapable de vous tromper... Oh! la jolie robe que vous avez là, et le joli fichu jaune et rouge ! cela va si bien anx personnes brunes ; surtout
quand ces brunes ont comme vous le don de parer tout ce qu'elles portent. J'ai des bananes plus douces que le sirop, elc.
Mais revenons aux nègres planteurs de coton.
1l y a peu de grandes plantations de coton aux États- Unis. Sur cent, quatre-vingts ne sont pas exploitées ‘ par plus de dix esclaves. Trois ou quatre planteurs seulement, parmi lesquels nous citerons M. Wade Hampton, ont mille nègres sur leur habitation.
On à calculé que chaque nègre produit six balles de coton par an. En comptant les femmes et les enfants, la moyenne de balles de coton que produit annuellement chaque esclave est de trois. On n’emploie pour -traîner la charrue dans les plantations à coton que des chevaux ou des mulels.
Dans les grandes plantations, les nègres se rendent au travail par escouades de vingt à cinquante travailleurs, sous la surveillance d’un blanc ou d’un nègre, Dans l'abrulissement où le plonge son état d’esclavage, le nègre choisi par son maître pour diriger et surveiller une escouade de travailleurs se montre trèsflatié de la préférence dont il a été l'objet. Pour s’en rendre digne, il est d'ordinaire plus exigeant que le conducteur blanc lui-même.
On le voit, victime et bourreau à la fois, ranimer l’ardeur des esclaves et appuyer de temps à autre ses paroles par quelques coups du long fouet qu'il tient toujours à la main. Ce malheureux, qui a perdu, dans l’état de bestialité où il est né et où il a vécu, jusqu'aux plus simples notions du juste et de l’injuste, n’altend aucune récompense de son.zèle ; il fait du despolisme par amour de l’art et pour l'honneur.
C'est sur le Mississipi que se trouvent les plus vastes plantations de coton. Un certain nombre mesurent un
mille de long sur deux milles de profondeur. Quel-
parer ouces
Étatsoitées nteurs Wade
les de fants, uellepour 1e des
ndent
ravailnègre.