CHAPITRE XV:II
mesure que le steamboat en avançant présente mac plus large surface à comprimer, et le portent ainsi par la force de l'impulsion jusqu’au delà de l'obstacle. Puis on recharge le navire et on se remet en route.
Ce spectacle, aussi nouveau que saisissant, de bateaux à vapeur exécutant des tours de force, est certainement intéressant pour les flâneurs, mais il a beaucoup moins de charme pour l'homme d’affaires pour qui the time is money. Aussi ne voyagent-ils guère sur le Mississipi que dans les mois les plus favorables,
Les bateaux prennent tout le long du fleuve les passagers qui se présentent. Il suffit, pour faire arrêter le steamboat sur un point quelconque du rivage, de placer un mouchoir au bout d’un bâton si c’est le jour, d'allumer un feu si c’est la nuit. C’est en usant de ces moyens qué les planteurs, isolés dans d’immenses solitudes, signalent leur présence et peuvent s’embarquer. | ;
Pas de temps perdu : le bateau qui prend un passager avec son bagage ne s’arrête pour ainsi dire pas. La malle du voyageur est lancée du rivage et attrapée à la volée, pendant qu’une longue planche s’avance audevant de lui. En deux bonds le nouvel embarqué se trouve sur le pont, et les roues reprennent leur allure ordinaire. Le voyageur est littéralement ramassé au passage.
On comprend qu’il arrive quelquefois des accidents; mais les accidents entrent pour une partie dans la vie la plus régulière aux États-Unis. Une fois. c’est un nègre trop zélé qui retire la planche avant que le voyageur ne l'ait entièrement franchie; notre homme en est quitte pour un bain forcé ; on lui tend la perche, et on le hisse à bord avec autant de dextérité qu’on en a mis à lui jeter la planche.
Une autre fois, c’est une malle qui, lancée de travers,
tombe sur le plancher du navire et s'éventre, éparpillant tout ce qu'elle renfermait,
Une autre fois, enfin, c'est un parapluie, un sac de nuit ou un carton à chapeau qui, mal reçu, tombe à l'eau et disparait pour toujours. Ce sont là des impressions de voyage si vulgaires dans ce pays des plus redoutables impressions, que personne n’y fait attention.
Les marchandises sont embarquées plus rapidement encore, bien que les passagers ne soient guère considérés que comme des colis vivants. Il faut voir charger le coton le long du fleuve et de ses tributaires en automne, à l’époque de la récolte, pour se faire une idée exacte de ces hommes fourmis, plus avares de temps que d'argent. Sur certains points, le rivage, très-escarpé, à pic souvent, rend nécessaire la constrüction d'énormes tubes de bois dans l’intérieur desquels les balles de coton glissent jusqu’au bord de l’eau,
Dans l'attente du passage du steamboat, les balles ont été empilées. De nombreux nègres sont là, attendant, des crochets de fer d’une main et une torche enflammée de l’autre, si c'est la nuit. Dès ‘que le bateau accoste, les balles roulent et sont reçues immédiatement par l'équipage, qui les met aussitôt en ordre ; la dernière balle cst à peine embarquée que le comptable du bord a déjà fait passer son reçu, et le steamboat, ce juif errant de l’industrie et du commerce, reprend sa course perpéluelle que rien ne saurait arrêter. Le chargement du coton, lorsqu'il se fait la nuit, est pour l’Européen une scène vraiment saisissante.
Les distractions, à bord d’un steamboat, sont peu nombreuses : le jeu est le passe-temps par excellence sur les fleuves et les lacs en Amérique. Mais le jeu, si dangereux partout, est particulièrement redoutable sur les bateaux à vapeur du Mississipi. Ceux que nous
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