CHAPITRE XVIII
tures fièrement trempées, les périls sont aimantés : ils attirent,
— Quoi qu’il en soit, continua notre narrateur, il fallait l’âme inébranlable de ce jeune homme tout à fait exceptionnel, pour ne pas se laisser intimider par de semblables dangers dans un pareil lieu.
En descendant de quelques pieds encore, il constata que la chute d’eau prenait subitement une direction presque horizontale; il l’entendit gronder, non plus sous lui, mais à côté de lui. En essuyant les verres de sa lanterne, sur laquelle l’eau ne tombait plus, il put alors jouir d’une clarté suffisante pour distinguer les objets à quelque distance autour de lui.
Cependant, comme on lâchait toujours de la corde et que le jeune homme ne faisait aucun mouvement, le docteur Wright ordonna d'arrêter pour s'assurer si le jeune homme vivait encore.
Aussitôt on arrêta.
Rien ne bougea.
— Remontez, remontez vite, cria le docteur.
A l'instant même on hissa précipitamment le corps de celui qu’on croyait asphyxié, ou tout au moins évanoui, de terreur ou faute d’air. Mais presque aussitôt le jeune homme, qui comprit ce qui se passait audessus de lui et tenait à toucher, comme il l’avait promis, le fond de l’abime, donna vigoureusement et à plusieurs reprises le signal de la descente.
Un soupir de satisfaction s’échappa de toutes les poitrines. Ceux qui tenaient la corde ayant obéi, l’explorateur atteignit le fond. Il avait parcouru dans les entrailles de la terre, dans l’eau, dans l’obscurité, manquant d’air et au milieu des pierres qui se détachaieut de partout autour de lui, au-dessus de sa tête et audessous de ses pieds, la distance de cent quatre-vingtdix-neuf pieds. Ce Christophe Colomb des entrailles de
la terre put constater que le fond du Maelstrom est circulaire et qu'il mesure dix-huit pieds de diamètre. Une petite ouverture donnait accès dans une autre cavité de peu d’extension; notre héros y pénétra et en rapporta les plus beaux spécimens de silice noir qui se puissent voir, ainsi que plusieurs morceaux de slalactites aussi blancs que le plus pur cristal,
Quand l'explorateur eut suffisamment examiné cette partie du gouffre, il donna le signal de le hisser à une certaine hauteur, son intention étant d'explorer les galeries qu’il avait aperçues un moment auparavant.
— Le plus fort était fait, dis-je, et l’intrépide jeune homme ne devait plus considérer ses visites dans les diverses galeries que comme une promenade d’agrément.
— Vous vous trompez, reprit notre narrateur, et c'est ici que devait se passer une des scènes les plus effrayantes de cette étrange excursion pour tout autre que pour cet homme qui n’éprouva jamais aucune crainte ?
— Est-ce qu'il y trouva quelque bête féroce inconnue? demanda Arthur.
— Ce n’est point cela, et c’est autrement terrible que cela : après avoir atteint l'ouverture d’une de ces grottes, pour l’explorer plus facilement dans toute son étendue, il détacha de sa ceinture la corde qui l'avait soutenu suspendu dans l’espace, et se borna à en tenir le bout par la main. C'était manquer de prudence, et l'événement ne vint que trop le justifier. En effet, dans l'effort qu’il fit pour s’élancer dans l'intérieur de la grotte, sautant à pieds joints une assez large crevasse, la corde lui échappa. C'était la mort s’il ne parvenait pas à la ressaisir, la mort par le froid et ja faim dans cet horrible tombeau. Tout autre que l'intrépide jeune
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