CHAPITRE XVII
homme fùt mort de peur. Lui, sans rien perdre de son sang-froid, inspecta les lieux, se rendit ccmpte de toutes les difficultés, mesura les distances, et, tout calculé, il resta convaincu qu’en plaçant le pied à. l’extrémité d’une pierre suspendue au-dessus de l’abime, il pourrait, en allongeant le bras et en s’éclairant de la lanterne, atteindre la corde et la ramener à lui.
Mais cette pierre était-elle solide pour supporter le poids de son corps? c’est ce dont l'explorateur ne pouvait s'assurer qu'en montant dessus. Il n’hésita pas, pourtant, car des deux genres de mort, qui s’offraient à lui, l’un par la faim à l’endroit où il se trouvait, l'autre par la chute au fond de l’abime, si la pierre venait à se détacher, il préférait ce dernier. En conséquence il grimpa sur la pierre qui heureusement était solide, et quelques lambeaux de ierre seuls se détachèrent autour d’élle. Alors il allongea le bras, mais, Ô déception! il s’en fallait d’une demi-longueur de main qu'il pôt atteindre la corde. Cette fois il se crut perdu, sans toutefois que son inaltérable courage en fût le moindrement ébranlé. Il chercha de nouveau autour de lui, et ne vit rien qui pût l’aider à rattraper la corde. Mais Dieu protége les gens courageux.
— C'est vrai, dit le colonel.
— Une inspiration lui vint, et cette inspiration le sauva. N'avait-il pas l’anneau de sa lanterne !.. Vite, employant ses dents, d'excellentes dents, heureusement pour lui, dont il se servit en guise d’outils, il confectionna un crochet très-commode et suffisamment long, dont le manche était la lanterne même. Alors, et très-aisément, il put saisir la corde balante et la ramener jusqu’à l'ouverture de la grotte. En possession de sa corde, ileut soin cette fois de la fixer solidement au rocher. Cette précaution prise, il s’avança dans la galerie à une distance de cent cinquante à deux cents 19,
mètres. Il ne fut arrêté que par un éboulement de terrain qui obstruait entièrement le passage, Force lui fut de revenir sur ses pas. Chemin faisant, il découvrit une seconde ouverture qu'il n’avait pas d'abord aperçue; il y pénétra. Après avoir marché pendant quelques minutes, il it que la distance à franchir était considérable et que la bougie de sa lanterne touchait à sa fin. D’un autre côté, ses vêlements entièrement mouillés le faisaient grelotter de froid. Il ne pouvait, sans une vaine témérité, pousser plus loin son excursion. Il revint donc une seconde fois à l'entrée de la grotte, et, s'étant passé la corde autour du corps, il donna le signal de le hisser.
L’ascension s’accomplit assez difficilement par suite de la mauvaise disposition de la corde mal nouée autour du corps de l'explorateur, ce qui le fit cruellement souffrir. Mais cette sensation s’évanouit bientôt devant l'imminence d’un nouveau péril, qu’il n’était pas donné au courageux jeune homme de conjurer.
— Vraiment! ce récit est effrayant, dit Arthur. Encore une fois, s’il avait suffisamment réfléchi, il eût agi sagement en n’entreprenant pas cette folle excursion.
— Et qui vous a dit, Arthur, fit le colonel, qu'il n’y a pas de la sagesse dans certaines folies ?
— Notre héros, continua ie témoin oculaire de cette aventure, n'était plus qu’à quatre-vingt-dix pieds de l'ouverture du Maelstrom, lorsque ses ureilles furent frappées par des exclamations et des cris de terreur qui s’élevaient au-dessu de sa tête. Malgré la grande profondeur où il se trouvait encore, il entendit distinctement ces paroles :
La corde est en feu! de l’eau ! de l’eau!
— En cffet, le frottement de la corde sur la longue planche qui lui servait d'appui en avait délerminé
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