CHAPITRE XVIIL
l'inflammation, et le jeune homme devait s'attendre à chaque seconde à se voir précipiter dans l’abîme béant sous ses pieds. On n'avait point d’eau sous la main. Heureusement un des assistants possédait une gourde d’une boisson mélangée d’eau et d’eau-de-vie. On vida la gourde sur la corde enflammée, et l'explorateur put être, sans autre incident, hissé jusqu’à l’orifice du Maelstrom, dont les mystères, impénétrables jusquelà, venaient d’être pénétrés.
— Quel effet, demanda le colonel, éprouva ce jeune |
homme en voyant la lumière ?
— Il était aussi calme au retour qu'au moment du départ, et ie docteur Wright qui lui tâta le pouls le irouva dans un état tout à fait normal.
— Il n'avait donc réellement, ajouta sir James, éprouvé aucune crainte.
— Aucune; mais il n’en était pas de même de ses compagnons, qui, tout danger disparu, se laissèrent choir, brisés par la fatigue et l'émotion.
Des vêtements chauds avaient été préparés pour l’explorateur, qui les revêlit et but la valeur d’un pelit verre de rhum.
Quand il fut réchauffé et réconforté par la liqueur généreuse, il raconta dans tous ses détails son excursion, bien plus périlleuse encore qu’on ne l’avait soupçonnée.
On chercha le docteur, il était évanoui.
Tel est, dit en terminant notre narrateur, le compterendu fidèle de la descente au Maelstrom par ce jeune Américain, qui à tracé son nom sur la pointe d’un rocher au plus profond de l’abime, lequel restera probablement vierge de tout visiteur dans l’avenir.
— Ah! dit le colonel à demi-voix et en s'adressant à moi qui seul pouvais bien le comprendre, je croyais
qu’il fallait du courage pour s’ôter la vie ; je vois qu'il
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en faut plus pour vivre d’une certaine façon et affronter la mort sans se la donner.
Après ce récit nous remontâmes émerveillés de tout ce que nous avions vu, mais le cœur oppressé par un sentiment d’inexprimable malaise. Je crus revenir à la vie en revoyant la lumière et en respirant legrand air.
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"à la CHAPITRE XIX
l'air.
Retour à New-York. —- Prénaratifs de guerre. — Les volontaires. — Engins de destruction. — Anecdote bouleversante. — Les imprécations d'un désunioniste. — Boutade philosophique du colonel. — Un pu/f de circonstance. — Organisation de la marine américaine. — Le Monitor et le Merrimac. — Leur rencontre. — Les rêves d’extermination d’un ex-bonnetier.
Le colonel avait hâte de retourner à New-York. Aussi ne fimes-nous que de courtes stations dans les villes qui nous séparaient de la cité impériale. Nous arrivâmes à New-York, le jour même ou la Caroline donna l'exemple de la séparation (20 décembre 1860). C'était la guerre entre le Sud et le Nord, cette guerre qui, dé-
clarée chez un peuple pour ainsi dire entièrement dépourvu d’armée régulière de terre et de mer, allait donner au monde étonné et attristé l’exemple des luttes les plus gigantesques dont l’histoire ait conservé le souvenir. Le spectacle d’un grand peuple dans la situation des États-Unis ne pouvait que vivement exciter la curiosité de tous les militaires. Le colonel voulut voir comment s’improviserait l’armée des volontaires et tout l'armement dans ce pays, dont la force jusqu'alors avait consisté précisément dans l'absence de troupes et de flotte de guerre. Nous restèmes donc à New-York, paisibles spectateurs des préparatifs de cette tragédie effroyable, dont le terme ne saurait être prévu.
Les premiers volontaires qui se présentèrent pour soutenir la cause de l’Union voulurent tous appartenir aux compagnies de zouaves. Nos zouaves français, depuis les guerres de Crimée et d’ltalie, sont passés
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partout à l’élat de troupes légendaires. Mais les qualités guerrières du zouave sont des qualités toutes françaises, et l’habit, qui ne fait pas le moine, ne fait pas non plus le véritable zouave. Outre le courage poussé jusqu'au mépris de la mort dont les soldats de cette arme ont si souvent donné l'exemple, en Russie comme en Afrique, en Chine comme en Ilalie, il y a chez eux en général une adresse, une légèreté de mouvements, une résistance à la fatigue, un sentiment d'initiative et une humeur sérieusement joviale, toute parisienne, que les étrangers ne sauraient posséder au même degré. Si les Américains du Nord, aussi bien que ceux du Sud, ont fait preuve d’une bravoure à toute épreuve en montrant aussi qu’ils savaient braver la fatigue et les privations, il est hors de doute qu’il leur a toujours manqué celte bonne humeur intarissable, cette gaminerie sublime, qui caractérisent le soldat français en campagne, et contribuent certainement à ses succès.
Il était de toute impossibilité que les pompiers américains ne profitassent pas de l’occasion pour se faire quelque peu zouaves, afin de mieux déployer l’ardeur dont ils sont naturellement animés. A côté des zouaves pompiers, nous vimes se former les zouaves allemands, composés exclusivement d’Allemands; les zouaves canadiens, pris parmi les hommes de cette colonie; les zouaves de Wilson, enfin les zouaves nationaux. Parmi les corps spéciaux, je remarquai encore les gymnastes allemands, la garde Lafayette, composée de Français, et la garde Garibaldi, formée d'Italiens.
Les Américains, qui, plus que tous les autres peuples peut-être, ont la manie des corporations, formèrent des compagnies spéciales avec de petits drapeaux différents. On nous a fait voir une compagnie d’étudiants, composée d’étudiants en droit, en médecine et en