‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 178 sur 212 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

théologie ; une compagnie de charpentiers ; une compagnie de cordonniers; une compagnie de perruquiers ; une compagnie de célibataires ; une compagnie depères de famille, et un régiment de chasseurs à cheval, formé uniquement de chasseurs exercés à la poursuite du lièvre, du renard et du buffle. Un régiment qui mérite aussi d’être cité, c’est celui qui porte le numéro 24; il est composé entièrement de sauvages Iloways plus ou moins convertis au christianisme, et commandés par les prêtres qui les ont catéchisés. Les Ioways formèrent autrefois une nation puissante et batailleuse entre toutes les nations batailleuses des sauvages de l'Amérique. Aujourd’hui ils sont en petit nombre el ont abandonné la vallée du Mississipi pour venir planter leur tente sur les frontières de Missouri. Contrairement à tant d’autres peuples du monde qui se disent orgueilleusement descendus directement des divinités auxquelles ils croient, les loways se croient trop modestement les fils des animaux qui jadis peuplaient notre globe. C’est une folie comme une autre, ni plus ni moins ridicule que beaucoup d’autres, et cela ne les a pas empêchés d’être puissants et respectés, parcequ’ils étaient nombreux et belliqueux. Belliqueux surtout; en temps de paix, ils se mouraient d’ennui, et on les a vus déclarer la guerre à des peuples amis, pour le seul plaisir de se battre.

On connaissait leur humeur guerrière dans l’armée du Nord et on espérait recevoir d’eux des services utiles, Cependant on ne s’y fiait qu'à demi et on les appelait dérisoirement le régiment des précheurs. Une occasion récente vient de prouver que les foways, sont toujours dignes de leur ancienne répuiation, ct que les prêcheurs qui les commandent savent concilier les devoirs de la guerre avec ces paroles de l'Écriture: « Vous ne tuerez point, et quiconque tuera ou se

«mettra en colère contre son frère méritera d’être « condamné au feu de l'enfer, »

C'était pendant le siége mémorable de Wicksburg. Le général unionisie Grant, croyant pouvoir s'emparer de la ville par un coup de main, distribua son corps d'armée de manière à la surprendre par derrière, Mais

les confédérés avaient tout prévu et le général Grant eut à s'emparer d’abord d’une batterie de quatorze gros canons établie sur une colline escarpée dans une position des plus avantageuses. Pour vaincre ce premier et redoutable obstacle, il lui aurait fallu des compagnies d'élite, habituées à braver la mort; or le général n’avait sous la main, dans ce moment décisif, que le régiment des prêcheurs. C'était peu, dans son opinion, probablement; néanmoins, comme il n’avait pas le choix, il donna l’ordre aux loways d'enlever la batterie, Le colonel prêcheur se tournant aussitôt vers satroupe de sauvages : « On nous accuse, dit-il, de n’être que des précheurs : soit; voilà une chaire originale et difficile, allons-y prècher...» Amen ! «répond le régiment. Et les voilà partis en faisant retentir les airs de leur terrible cri de guerre. En vingt minutes la colline était gravie, malgré la mitraille qui semait la mortdans les rangs, les canons pris et l'ennemi culbuté. Le régiment des prêcheurs avait fait entendre celte fois un sermon à eftet. L'armée entière applaudit à ce brillant fait d’armes, et, si le 24° garde encore sa qualification, ce n’est plus comme un sobriquet, mais comme un titre de gloire.

Mais la plus curieuse des compagnies de volontaires, c’est bien certainement le 11"° régiment de la milice new-yorkaise. Ce régiment fut d’abord composé de quinze cents musiciens insirumentistes ou chanteurs, pris dans tous les orchestres de théâtres et de bals, et dans les différentes sociétés chorales du pays.

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