‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 23 sur 212 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

ses efforts par les lois les plus libérales et les plus hospitalières du monde? Le mal fut réparé, et si complétement, qu’au bout de paques mois personne n’en ressentit les effets, et qu’une ère nouvelle de prospérité s’ouvrait pour les Américains.

Maintenant que nous savons comment New-York a été fondé, que nous l'avons suivi dans ses principaux développements, examinons ce qu’il est au moment où nous écrivons ces lignes.

Ce qui frappe tout d’abord en débarquant dans la cité impériale (empire city), comme disent orguciileusement les Américains, c’est le mouvement commercial qui se manifeste par une agitation fiévreuse de tous les habitants du bas de la ville.

C'est dans le bas de la ville, en effet, que se trouvent tous les dépôts de marchandises, et tous les offices dans lesquels les négociants américains font leurs transaclions commerciales.

Quel mouvement, grand Dieu ! on dirait que la ville entière est en déménagement.

Ou bien on se croirait dans un champ de foire.

On n’a pas foulé des pieds cinq minutes celte ville des affaires par excellence, qu’on s'explique l’étonnante prospérité de ce peuple éminemment laborieux el industriel. Time is money (le temps est de l'argent), disent-ils ; ct comme, avant tout, ils Liennent à s’enrichir le plus possible, ils ne perdent pas une minute.

C’est en vain qu’à New-York on chercherait des yeux un seul badaud sur le port ou ailleurs; le flâneur n’exisle pas en Amérique, où l’on voit des enfants de douze ans, sérieux comme des diplomates dans l’exercice de leurs fonctions, traiter des affaires importantes, payer ou recevoir des sommes considérables.

Mais j'aurai bientôt l’occasion par des faits, qui, mieux que toutes les descriptions, donnent l'idée des

mœurs et des coutumes d’une nation, de revenir sur tous les points saillants du caractère américain.

Pour aujourd’hui, ne l’oublions pas, je ne fais que d'arriver, et c’est ma première impression que je cherche à communiquer au lecteur, afin que, se substituant, en imagination, à ma propre personne, il voyage en quelque sorte ici même à ma place.

Le voyageur est curieux, et il a bien raison de l’être.

Comprendrait-on qu'on changeât d’hémisphère, qu’on passät de la vieille civilisation européenne à la civilisation à peine naissante du nouveau monde pour ne rien voir et ne rien entendre de ce qui peut intéresser les yeux et l'esprit? IL ÿ a pourtant des hommes ainsi faits, qui demeurent dix ans dans un pays, sans rien voir ni entendre de ce qui caractérise ce pays. Mais ces hommes ne sont pas des voyageurs, ce sont des colis humains.

Donc ayant aperçu, étant encore sur le pont du steamer, une immense rotonde, d’un caractère trèsoriginal, et baignant dans la baïe, à l’extrême pointe de New-York, je demandai à un employé du port, un Irlandais naturalisé Américain, le nom et la destination de cette construction bizarre.

— Celte construction, me fut-il répondu, se nomme le Castle-Garden. C'était autrefois une forteresse. La forteresse s’est changée en palais de l’industrie, le palais de l’industrie en théâtre lyrique, le théâtre lyrique en salle de concert, la salle de concert en un lieu de débarquement affecté aux nombreux émigrants qui viennent à New-York pour de là se rendre dans l’intérieur des terres, .

— Le Castle-Garden est donc, à cette heure, un hôtel? demandai-je.

— Non, me répondit mon inlerloculeur; c’est un élablissement qui appartient à la ville ct dans lequel

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