‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 27 sur 212 · CHAPITRE 1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V

pu facilement nous passer de ce salon en Amérique, où chaque hôtel possède un parlor plus on moins grand, dans lequel les voyageurs reçoivent leurs visiles et où ils se réunissent le soir et à certaines heures de la journée, pour causer par pelits groupes de connaissances, lire les journaux, faire de la musique, et même danser quand l'envie leur en prend. Mais sir James, qui voulait pouvoir recevoir chez lui ses connaissances à son aise et sans témoins, trouva fort utile, au contraire, de louer à cet effet un salon particulier, C'était d’ailleurs un moyen, dans sa pensée, de protester contre l’usage du salon public des Américains, qui diffère en plusieurs points importants des parlors en usage dans les hôtels d'Angleterre, Or l’ex-colonel anglais était homme à ne laisser passer aucune occasion de s'élever contre les coutumes et les mœurs des Yankees, qu'il détestail par instinct, bien qu’il les admirat sou- } vent par raison.

A six heures, un bruit de gong, semblable au roulement du tonnerre, se fit entendre dans tous les corri- 2 dors de l’hôtel, Nous apprimes que ce bruit étrange, ipresque effrayant, était, pour les habitants de l'hôtel, le signal du diuer; que le matin, à huit heures, le gong faisait encore des siennes pour amener les voya- …gcurs au déjeuner; qu'enlin il roulait aussi à l'heure

"du lunch.

UD — Les barbares! dit sir James; ne pourraient-ils donc pas, sans tant de bruit, vous faire savoir que l'heure du repas a sonné?

# Nous descendinïes, sir James Clinton et moi, pour + prendre place dans l’une des trois grandes salles à 2 manger. Les tables présentaient un coup d'œil des | plus satisfaisants. Nous vimes des ladies en toilette de bal élaler leurs blanches épaules aux régards admira- | difs des convives, qui parurent très-habilués à ce genre

d’exhibition dans un lieu public. Partout, du reste, je remarquai dans la tenue des gentlemen une réserve de bon goût.

Le diner qu'on prend dans les hôtels américains ne laisserait rien à désirer si la qualité des mets répondait à la quantité. Au point de vue culinaire, les Américains, hélas ! ne sont guère plus avancés que les Anglais, dont la cuisine (si l’on peut s'exprimer ainsi) semble plus faite pour servir de. pâture aux peaux rouges que pour satisfaire le goût d’une nature civilisée. Tout me parut horriblement insipide, depuis les légumes cuits à l’eau sans sel jusqu'aux volailles conservées dans la glace pendant huit jours souvent, et rôlies au four.

D'un autre côté, comprend-on que l’eau claire glacée soit l’unique boisson à ces tables américaines, où l’on voit défiler jusqu’à quarante plats dMérents! À la vérité, quelques personnes se font servir du vin, qu’elles payent en supplément et fort cher. Mais le bordeaux n'obtient que rarement la préférence sur les vins liquoreux d’Espagne et sur le champagne, qu’on boit dès le commencement du repas, lorsqu'on ne s'accommode pas du régime par trop frugal de l’eau du Crolon.

Cette lacune, si importante dans tout dîner digne de ce nom, fut pour sir James l’objet d’une nouvelle altaque contre les Américains, bien qu’en Angleterre un grand nombre de personnes ne boivent que de l’eau en mangeant. La bière est chère partout dans la Grande- Bretagne, et, quant au vin : //s n’en ont pas en Angleterre! comme dit Pierre Dupont dans une de ses chansons les plus célèbres. Sir James, après &oir fait observer à un domeslique que ni lui ni moi n’appartenions à la famille, d’ailleurs très-recommandable, des-palmipèdes anas, cn d'autres termes, que nous n’étions ni

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