‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 32 sur 212 · CHAPITRE 1V · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V

permit, une seconde fois, de tenter la fortune pour mon compte.

— Toujoursdansla quincaillerie? demanda le colonel.

— Non, répondit Arthur, dans l'horlogerie, cette fois. La quincaillerie, à laquelle je n'ai pas renoncé, sans avoir müûürement réfléchi, ne m'offrait avec de pénibles souvenirs que peu de chance de succès. Je me laissai persuader par un Suisse, — ah! le misérable, — que rien ne présentait autant d'avantages que Île commerce de l’horlogerie. Cela me parut vrai, ayant payé soixante-quinze dollars la montre que je porte, qui n’en vaut pas quarante.

— Vous espériez faire sur les autres les mêmes bénéfices qu’on avait faits sur vous-même.

— Naturellement. Seulement j'avais complé sans mon Suisse, qui m'a dévalisé entièrement, il y a dix jours, pendant une absence que je fis de vingt-quatre beures. Ma première pensée fut d'aller porter plainte à la police en demandant l'arrestation du coupable, Equ'on avait vu le jour même de mon départ à l'hôtel Saint-Nicholas. Il était probable dès lors qu'on l’eût trouvé dans cet hôtel encore nanii des objets dérobés. 2 Mais je ne voulus rien faire à la hâte, et, suivant mon habitude, je me pris à réfléchir si ce mode d’arrestation ine présentait aucun inconvénient, Après quarante-huit Aheures de réflexion, la police de New-York ne paraissant pas offrir des garanties suflisantes, les policemen fai- Psant ici très-souvent cause commune avec les voleurs, je me décidai à opérer moi-même l'arrestation du à coupable.

— Et l'avez-vous arrêté ?

— Vous allez voir. Un déguisement devenait nécessaire, car il est évident que mon voleur se serait sauvé dès qu'il m'aurait aperçu. Je me mis donc à réfléchir sur les moyeus de me déguiser, La nature m'ayant

fait imberbe avec des cheveux blonds filasse, il me parut adroit de me faire teindre les cheveux en noir et de megarnir la lèvre des moustaches épaisses dont vous me voyez orné. Mais je savais que toutes les teintures renferment des substances corrosives dont l’action sur l'épiderme est souvent dangereuse. Ne voulant point ajouter un nouveau malheur à celui dont j'étais déjà victime, en attaquant moi-même mon épiderme après m'être laissé attaquer la bourse par mon coquin de Suisse, je me rendis avec un flacon de teinture chez un chimiste de mes amis pour le prier de décomposer celte eau et de me dire, en toute conscience, si l'application pouvait en être pernicieuse.

— Mais vous pcrdiez par celte crainte exagérée un

temps précieux que votre voleur a dû mettre à profit

pour se sauver.

— C'est vrai; mais quoi de plus précicux que l’épiderme du crâne? Fallait-il, en agissant avec précipitation, m’exposer à des conséquences irremédiables ? Bref, l'analyse faite, il me fut démontré que je pouvais me faire teindre une fois sans risquer d’absorber en quantité nuisible le nitrate d’argent qui seul colore les cheveux. Je réfléchis une dernière fois sur l’ensemble des moyens à adopter pour m’assurer de mon infidèle associé, et je résolus que, le lendemain, qui devait être aujourd’hui, je mettrais mon plan à exécution.

— Que de lenteurs! dit le colonel.

— Ce malin donc, tout élant prêt, je me teignis les cheveux, j’ajustai mes moustaches et j’attendis ainsi la nuit pour venir, avec plus de sûreté, le guelter dans ce salon.

A ce récit, d’une naïveté prodigieuse, nous partimes d’un éclat de rire, le colonel et moi.

— Mon pauvre Arthur, lui dit ce dernier en lui frappant amicalement sur l'épaule, votre Suisse ne vous a

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