CHAPITRE V
pule toutes les fois que la conscience vous pousse vers une nouvelle doctrine. .
Je ne voudrais pas jurer que l'intérêt n’est jamais pour rien dans ces conversions, surtout lorsque, comme dans le cas présent, le pasteur, si souvent converti, est propriétaire de l’église où il officie lui-même.
Mais ce sont là des mystères de la conscience qu'il ne faut pas chercher à pénétrer.
Toujours est-il que les Américains, hommes d’affaires avant tout, sont loin d'apporter en fait de religion tous les scrupules et toutes les délicatesses désirables.
Par exemple, ils considèrent comme une chose trèsnaturelle d'utiliser les églises, en les louant soit pour donner des concerts, soit pour faire des lectures ou servir de lieu de réunion à une assemblée d’actionnaires. C’est que, il faut bien le dire, hélas! le dieu de dieux, là-bas, c’est le dollar, et son culte est universel.
Les temples sont si rapprochés les uns des autres, à New-York, que nous pûmes en visiter plusieurs autres dans cette même journée, notamment un temple de trembleurs, qu’Arthur nous montra comme un des plus curieux,
Les trembleurs que nous observämes n'ont pas de prédicateurs altitrés. Celui qui se sent animé par le Saint-Esprit prend la parole, et il est du devoir de tous les autres sectaires de l'écouter jusqu'au bout. Pour provoquer le Saint-Esprit à descendre parmi eux, après une invocation adressée en commun, ils se mettent tous à trembler. Plus ils tremblent et plus, dans leur opinion, ils sont aptes à recevoir les lumières d’en haut. Les femmes tremblent comme les hommes, et ce tremblement général dure jusqu’à ce qu’un des adeptes sents l'inspiration lui venir. Alors tous les autres cessent de trembler et l’écoutent parler. Inutile d'ajouter que les lrois quarts de ceux qui se croient inspirés sont
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des cerveaux plus ou moins délraqués et que naturcllement leur discours s’en ressent. Ce jour-là, ce fut une vieille femme qui se crut inspirée par le Saint- Esprit, Hélas! toutes les balivernes qu’elle débita prou-
vèrent surabondamment qu’elle n'était pas, comme me le dit le colonel, — heureux de ce jeu de mots dans 4
une langue qui n’était pas la sienne, — animée par un esprit sain.
Des trembleurs nous passämes aux quakers, après avoir entendu les méthodistes chanter faux et avoir essayé, mais en vain, de pénétrer dans une église ca-
tholique fréquentée uniquement par des domestiques ;
irlandais, tant cette église était remplie de monde.
Les quakers, qui croiraient offenser Dieu s'ils tremblaient pour appeler sur eux les grâces du Saint-Esprit, croient le servir convenablement, en se jetant à plat ventre pour implorer la même faveur. En effet, avant de prêcher ils se placent dans celte position. Leur esprit s'illumine alors, el la parole leur vient facile et éloquente. °
De toutes les sectes religieuses en Amérique, les quakers sont les seuls hommes qui portent dans la rue un costume particulier, Les prêtres catholiques euxmêmes s’habillent comme tous les citoyens laïques, sans qu'aucun détail de leur toilette soit de nature à les faire reconnaître.
Les quakers portent de larges pantalons, de gros souliers,une redingote longue à taille courte, et un chapeau de feutre noir, très-bas de formes et à larges rebords.
Quant aux quukeresses, elles ont adopté un costume à rendre laides foutes les Vénus de la statuaire antique. Voiei de quoi se compose invariablement l'habillement de ces dames : robe de soie ou de laine gris-poussière, étroite de jupe ef courte de taille; petit châle carré couvrant à peiné les épaules; souliers de cuir noir cou-
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