‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 40 sur 212 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ment les blancs doit être respectée par tous les bons citoyens de la communauté, car elle est fondée sur les principes les plus incontestables de la justice, de la raison et du christianisme, »

Ce discours est odieux, fit sir James, et il semble impossible.

— {ln'ena pas moins été prononcé, répondit Arthur, Le jury s’est reliré dans la salle de ses délibérations, et, moins de cinq minutes après, il est revenu avec un verdict d'absolution pour le conducteur. Quant à la pauvre négresse, elle a élé condamnée aux frais de l'instance.

Un moment de silence succéda à ce triste récit qui nous prouvail d'une manière si saisissanie, au colonel et à moi, l'injuste et révoltant préjugé qui pèse dans le nord des États-Unis, aussi bien que dans le sud, sur la race noire.

— La malédiction de Cham, fit sir James, sera-t-elle donc à jamais héréditaire à tous ses enfants; et les fils üe Uhauaan doivent-ils être à tout jamais les esclaves des fils de Japhet?

À ce moment passa un enterrement, musique en tête, et escorté par deux cents individus environ, portant des insignes à leur boutonnière. C'élail une corpor:tion, comme il y en a tant en Amérique, qui r les derniers devoirs à un des leurs, Nous n.

(âmes pour voir défiler le funèbre cortége. Quana.. passé :

: —Non, dit Arthur, et le jour n’est peut-être pas loin où le mot impie d’esclave ne sera plus pour l'humanité qu’un souvenir de tristesse et d’'humiliation.

Il répondait celte fois encore, après mûre réflexion, aux paroles du colonel.

— Messieurs, reprit Arthur, après le draine la comédie. Nous voici arrivés à la porte d'une des églises des-

servies par des nègres pour les nègres. Entrons. Le spectacle est curieux. Dieu veuille que nous arrivions au moment du prêche.

En pénétrant dans cette église entièrement remplie par des nègres, une odeur sui generis véritablement insupportable, l’odeur de la race, faillit nous faire reculer. Bien souvent, depuis ce moment, je me suis demandé si celte odeur asphyxiante et nauséabonde ne serait pas la principale cause de l'éloignement qu'éprouvent les blancs pour les noirs. Quoi qu'il en soit, c'est un véritable supplice de se trouver enfermé avec des nègres, et il fallut une grande force de volonté de notre part à tous pour nous y résigner. Nous nous bouchâmes le nez, et nous observâmes.

L'exclusion des noirs de toutes les églises où vont prier les blancs a jeté un tel trouble dans l'esprit de ces ualheureux, que beaucoup d’entre eux en sont arrivés à douter de l’existence d’un seul Dieu. Ils s’imaginent qu'il y a un Dieu pour chaque race d'hommes, et par conséquent un paradis et un enfer pour les nègres. En outre, ils peignent en noir l’image des saints auxquels ils s'adressent plus particulièrement pour transmettre leurs prières à l'Éternel. Ils n’ont pas la même confiance dans l’impartialité des saints dont l’image est peinte en blanc. Quant aux rites qu’ils suivent, ils sont de fantaisie toujours, comme la langue qu’ils parlent et comme tout ce qu’ils font. J'en eus la preuve en voyant officier le nègre qui, après des évolutions auxquelles il me fut impossible de rien comprendre, trembla légèrement, mélant ainsi le culte des trembleurs au culte luthérien, auquel l’église qu’il desservait avait, je crois, la prétention d’appartenir. Ce tremblement avait pour objet d’invoquer le Saint-Esprit. Quand le nègre se trouva suffisamment! préparé, il monta en chaire, et lous les nègres se parlèrent en

CHAPITRE V. 77 Le riant et en se frottant les mains en signe de satisfacions tion.

— Silence, mes frères, dit le prédicateur, je vais plie. commencer.

tn. — Silence, donc! répéta chaque nègre en s’adres- Sbûe sant à Lous les autres, vous faites un bruit terrible, Le. — Moi, je n'ai rien dit, fit un vieux nègre d’un air de e ne Feb tache. ar À :

Re — Moi, jamais je ne parle, dit à son tour une nésoit, gresse, et ce sont toujours les plus bruyants qui impo- REA sent silence aux autres.

Lé de — Silence! silence! reprit le prédicateur, ou nous Dati n’en finirons pas.

Le silence se rétablit peu à peu à travers quelques vént grognements de nègres se plaignant de je ne sais quoi. it de | Enfin le prédicateur put commencer son sermon. ane Je fais grâce au lecteur de cette pièce d’éloquence, ss qu’il me serait d'ailleurs très-difficile derapporter dans mes, toute sa naïve et pittoresque vérité. Mais j'ai conservé s né: le souvenir exact de la partie du sermon dans laquelle nitile le pasteur nègre décrivit, avec des gestes et un jeu de pour physionomie inimaginables, les délices et les horreur: ia la de l'enfer.

li — L'enfer, dit-il dogmatiquement en s’adressant à 12 atte multitude des nègres dont la figure bêtement mobile ngue exprimait en ce moment les sentiments de la crainte ns là et de la douleur, l’enfer, mes très-chers frères, est un oise lieu de supplice horrible où il gèle constamment, où pren- * Ja neige tombe sans cesse sur les épaules nues des pédus cheurs condamnés pour l’élernité. Là, mes frères, ce qu'il ne sont que balles üe coton, que sacs de café, que r. Ce caisses de sucre, que Dieu, dans sa juste colère, contEs- damne à porter éternellement à bord de navires en paré, ; charge qui ne se chargent jamais! L'enfer, c'est la tor-

nt an ture des tortures, le malheur des malheurs: c'est,

pour tout dire en deux mots, le travail sans repos combiné avec le froid sans dégel.

Ici beaucoup de nègres frissonnèrent en faisant une grimace affreuse.

— Mais, poursuivit le prédicateur, si au lieu des chàtiments de l’enfer vous avez mérité les récompenses du ciel, que de bonheurs vous sont réservés, que d’enivrements vous attendent!

A ce moment, le visage des nègres prit un caractère de félicité indescriptible ; plusieurs d’entre eux ne purent retenir les éclats d’un rire nerveux.

Le prédicateur lui-même sourit avec satisfaction en se caressant le menton.

Continuant :

— Dansle paradis, mes chers frères, il fait toujours chaud, de cette douce chaleur qui fertilise les contrées de notre Afrique bien-aimée et fait du Sénégal le paradis de celte terre, avec cette différence toutefois que, dans le ciel, la chaleur est encore plus forte et qu’on n’y lravaille jamais.

— Quel bonheur! quel bonheur! exclamèrent quelques nègres en battant des mains.

— Taisez-vous donc, dit, en se levant de dessus son siége, une vieille négresse.

— Asseyez-vous! asseyez-vous! cria la masse des noirs ; c’est vous qui interrompez.

— Moi! répondit la négresse, ce n’est pas vrai; c’est lui.

— Moi?

— Oui.

— Veux-tu te taire, vieille sorcière !

— Va-t’en, nègre!

— Silence ! silence ! dirent cent voix à la fois ; on ne s’entend pas ici.

Le prédicateur reprit :

ère

ne

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