‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 47 sur 212 · NN # ; Ÿ · texte numérisé non relu

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ont été conservées, sans que pour cela il y ait entre les pompiers, appartenant aux différentes compagnies, aucun sentiment d’hostilité. Ils se baltent, parce que c'est l'usage. Voilà tout.

— Singulier usage. Et, dites-moi, se battent-ils toutes les fois qu’ils se rencontrent ?

— Toutes les fois, non. Cela dépend des circonstances. Par exemple, si la rue où ils se joignent est étroite, se trouvant naturellement rapprochés les uns des autres, il y a de grandes chances pour qu'ils se battent. Il suffit d’un seul pompier qui en bouscule un autre pour qu’à l'instant même l'engagement devienne général. Dans d’autres cas, on les a vus se rouler à coups de poing uniquement pour se fouelter le sang et courir avec plus d’ardeur à l'incendie. Ils se battent aussi par déception, lorsque, comptant sur une vaste conflagration à l’occasion de laquelle ils s’étaient promis de déployer tout leur zèle et lout leur couruge, ils ne trouvent en fin de compte qu’une bicoque à noyer sans efforts et sans gloire. Si le contraire arrive et que, comptant sur un médiocre incendie, ils trouvent un bel incendie à éteindre, leur esprit s'exalte alors, et ils se battent de satisfaction.

Je pensais que les pompiers américains élaient absurdes ; mais je me demandais si nos ouvriers, en France, se montraient plus sensés quand, il y a peu d'années encore, on les voyait, bannières en tête et sous la dénomination de compagnons, s'assommer à coups de bâton pour le seul plaisir de s’assommer. Il y a évidemment chez l'homme, né bon, comme le dit sérieusement et par conséquent si plaisamment J.-J. Rousseau, un instinct de férocité que ni la morale, ni la religion, ni l'éducation, ni le sentiment de sociabilité, ni la crainte des lois, n'élouffent jamais complétement. Si la guerre est réellement un mal néces-

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