CHAPITRE VI
saire, ccmme l’a*irment quelques esprits distingués, c’est peut-être surtout parce que la guerre est le grand exutoire de la férocité humaine,
Nous cherchâmes des yeux sir James Clinton, afin de passer du prologue à la pièce, c’est-à-dire de la bataille des pompiers à la manœuvre de leur pompe sur le lieu du sinistre. Sir James contemplait, à quelques pas de nous, un des comballants qui avait eu la mächoire brisée d’un coup de poing. Après lui avoir serré , la main, il revint auprès de nous.
— Belle passe, dit-il avec un air de salisfaction marquée. Je croyais les Américains moins habiles à ce noble exercice de la boxe. Certes, c’est là un coup de poing qu’un Anglais ne renierait pas. Aussi, n'ayant pu féliciter celui qui l'avait appliqué, ai-je voulu du moins complimenter celui qui l'avait reçu.
Sir James était, comme on le voit, un véritable artiste en fait de boxe, car il parlait sérieusement.
En arrivant sur le lieu du sinistre, nous vimes, autour de la maison incendiée, différentes compagnies de pompiers arrivées avec une promplitude merveilleuse ax premiers signaux d'alarme. On ne fait pas la chaîne à New-York comme à Paris; car l’eau est abondante partout là-bas, grâce à des conduits souterrains qui serpentent la ville en tout sens et vont s’alimenter à l’aqueduc du Cretone pour desservir toutes les maisons. Les pompiers, ayant de l’eau à discrétion, en abusent souvent pour submerger les bâtiments incendiés avec une ardeur et une sorte de joie enfantine qui tient véritablement du délire. En peu de minutes, la maison incendiée fut littéralement couverte d’eau. Elle était entièrement éteinte, que les pompiers continuaient de pomper avec un enthousiasme impossible à maîtriser. Les compagnies de pompiers qui arrivèrent trop tard des postes éloignés pour rendre d'utiles ser-
vices ne se tinrent pas pour battues. Elles étaient venues pour pomper, elles pompèrent, et ce qui avait échappé au feu ne put échapper à l’inondation. J'appris qu'il en est ainsi toujours, et que dans les incendies ce qu'on redoute le plus généralement, c’est moins le feu qui dévore les maisons que l’eau qui les noie.
Le pompier américain est un type que je crois unique dans le monde entier. Ce que d’autres font par devoir, il le fait par plaisir; et le bonheur qu’il éprouve à éteindre les incendies est vraiment indicible, Il est des jeunes gens dont la passion pour les incendies est telle, qu’ils n’en veulent manquer aucun. On les voit toujours habillés en pompier, une chemise de laine rouge, un paletoi de drap pilote couleur noisette, qu’ils tiennent sous le bras, et un casque en cuir noir, faire le guet sur le toit des maisons, la nuit aussi bien que le jour, pour être les premiers à découvrir les incendies. Quant à leurs pompes, elles sont pour eux l'objet d’un culte véritable. Ils les parent de fleurs, les embellissent de toutes façons, leur donnent les noms les plus tendres et se promènent souvent avec elles pour le seul plaisir de se montrer avec une jolie pompe. J'ai eu occasion de voir des pompes en argent massif. Les fils de famille se ruinent là-b1s pour des pompes à incendie, comme ils se ruinent Angleterre pour les chevaux de course. Au reste, il n‘y a pas de bonne fête sans pompiers nulle part aux États-Unis, et par conséquent sans pompes, car les pompiers traînent toujours leurs pompes avec eux. Des compagnies de pompiers se visitent d’une ville à l’autre pour se montrer réciproquement leurs pompes, à l’occasion desquelles ils échangent des compliments et s'offrent des banquets. Il n’est pas arrivé d'Europe un seul grand personnage dans la politique, dans les arts, dans l’industrie ou dans la finance, qui n'ait été reçu en débarquant par des