CHAPITRE
pouraller habiter votre petite propriété de la barrière
| de la Roquette ?
— Elle est petite, en effet, monsieur, l'habitation
D que je fais bâtir; mais qui donc vous l’a dit ?
A cette question, posée comme un reproche fait à ma | curiosité, je balbutiai quelques mots qui prouvèrent à sir James que j'avais pénétré son secret.
— Je vois, me dit-il, qu’il serait inutile de vous dissimuler plus longtemps mes projets. Mon intention est, en effet, de me brûler la cervelle, dès que montombeau
M5 et mon portrait seront achevés. J'avais complé pouvoir
mettre mon projet à exécution dans les premiers jours
1 du mois prochain, et je vois, à mon grand regret, qu'il
| faudra reculer ce moment de deux ou trois semaines. Non-seulement mon portrait est encore peu avancé, mais mon architecte a mal suivi les plans que je lui avais donnés pour l’éreclion de mon tombeau, et tont un côté de l’aile gauche doit être refait. Je suis forcé, pour me suicider, d’attendre que mon archilecte ait remédié à sa maladresse. C’est toujours un grand tracas de faire bâtir.
Au ton avec lequel me parla sir James Clinton, au caractère de sa physionomie, je compris que toute tentative ayant pour but de le détourner par des raisonnements de sa fatale résolution serait irutile, ctje pris le parti héroïque, pour chercher à opérer une réaction salutaire, de simuler l'indifférence. Ce moyen n’était pas infaillible, mais, dans l’état moral où se trouvait le colonel, c'était peut-être celui qui offrait le plus de chance de succès. Et continuant de peindre :
— Je comprends votre contrariélé, monsieur ; en effet, c’est toujours un grand.souci de faire bâtir. Et pourtant, poursuivis-je avec une apparente bonhomie, on ne peut guère acheter un tombeau tout fait, surtout quand on tient expressément à être enterré dans de cer-
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taines conditions de confortable et d'agrément. Quant à moi, colonel, aujourd'hui que je connais le motif si légitime de votre impatience, je vous promets de redoubler d'activité, afin d'avoir achevé mon œuvre quand votre architecte aura terminé la sienne.
A parlir de ce moment, sir James Clinton se montra beaucoup plus communicatif avec moi. Nous parlions tous les jours de son prochain’ suicide comme de la chose la plus naturelle du monde, et il me fit voir le pistolet dont il devait se servir pour se faire sauter le crâne.
— Ce pistolet, me dit-il, est une invention nouxelle très-remarquable.
— Est-ce que vous en ferez le premier l'essai, colonel ?
— Oh non! et c’est parce que j'en connais les vertus que je l’ai choisi de préférence à tout autre. La balle, en touchant l’objet qu’elle doit frapper, se divise en quatre parties ayant chacune une force de projection différente. De cette manière, il est à peu près impossible que la blessure ne soit pas morteile. Un des quartters de la balle, au moins, alteint toujours un des organes essentiels de la vie, pour peu que le pistolet soit dirigé à la poitrine ou à la tête.
— Eh bien, colonel, tout en reconnaissant les avantages de ce pistolet sur tous les autres, si j'avais, moi qui ne suis qu’un pauvre artiste doublement modeste par le talent et par la fortune, l'intention bien arrêtée, comme vous, de me brûler la cervelle, je voudrais employer un moyen plus original, plus terrible, plus noble aussi, peut-être, et plus sûr encore certainement.
— Vous m'intéressez, monsieur Marcel Bonneau, dit sir James avec une certaine vivacité relative : quel est ce moyen?
— Ce moyen, le voiq je parlirais pour l'Amérique,
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