CHAPITRE VIII
utilité pourra jamais être un semblable bateau ?...»
On frémit quand on pense aux périls qui environnaient Fulton dans celte épreuve décisive. Une crainte rétrospective s'empare de vous à cette idée que, si les mécontents n’eussent pas accordé la demi-heure de répit sollicitée par l'inventeur, sa découverte se trouvait peut-être à jamais perdue.
Le problème était résolu, que bon nombre de personnes le considéraient encore comme insolubie.
Il fallut pourtant céder à l’évidence ; mais certains savants, tout en voulant bien reconnaître la possibilité de la navigation des bateaux à vapeur sur les rivières et dans les fleuves, quand déjà des centaines de ces bateaux les sillonnaient en tous sens, déclarèrent que jamais un steamer ne traverscrait l'Océan. Cetle opinion de certains savants américains était partagée par certains autres savants européens, qui écrivirent à ce sujet de forts beaux rapports, ma foi! Or, pendant qu'ils écrivaient ces rapports, un trois-mâts barque, le Savannah, du port de trois cent quatre-vingts tonneaux, muni d’une machine horizontale, partait de Savannah (Géorgie) le 26 mai 1819 en destination de Liverpool. Après une navigalion de vingt-cinq jours, durant lesquels la machine n'avait fonctionné que pendant dixhuit, le Savannah arriva en vue des côles d'Angleterre. Ne craignant plus de manquer de combustible, le capitaine ordonna de serrer toutes les voiles et de chauffer à toute vapeur. Quelle entrée! La vue de ce nouveau bâtiment, venant du large sans aucune voile, excita la plus vive admiration en Angleterre. Comme Ie Savannah remontait le canal Saint-Georges, le commandant d’une division anglaise, voyant venir à lui un navire à sec de toileet couronné d’une épaisse fumée qui paraissait s'échapper de la mâture, crut à un incendie, et, après avoir mouillé dans ses eaux, envoya deux piro-