‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 72 sur 212 · CHAPITRE VIIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIT

aux voitures. La rivière en cet endroit a six cent vingt pieds de large. L’aqueduc a huit arches de quatrevingls pieds d'ouverture et s'élève à cent dix pieds audessus de l’eau. Sa longueur atteint mille quatre cent cinquante pieds. Il a coûté neuf cent mille dollars. Le dollar valant cinq francs vingt-cinq centimes, calculez, chers lecteurs, ce que cela fait de notre monnaie. Ce magnifique aqueduc amène à New-York les eaux limpides et très-digestives de la rivière Croton. Le Æigh- Bridge, avec tous les autres travaux exécutés pour l’approvisionnement de la ville impériale, témoigne de la hardiesse des entreprises en Amérique, et prouve que l'argent n’y fait jamais défaut lorsqu'il s’agit d’une œuvre utile. Le tout a coûté soixante et dix millions de francs.

En avançant toujours, nous voyons défiler comme un panorama mouvant la rive rocheuse et escarpée connue sous le nom de Fort Washington. Cet emplacement fut le théâtre d’un combat des plus sanglants entre les patriotes américains et les Anglais à l'époque de l'indépendance. Les Anglais perdirent là huit cents hommes, ce qui ne les empêcha pas de faire beaucoup de mal aux Américains.

Mais le steamer ne nous donne pas le temps de nous

apitoyer et de nous exalter sur ces souvenirs de car-

nage et de gloire. C’est en mettant notre binocle pour mieux voir, que nous apercevons Spuyten Daniel creek, pelite rivière qui se jelte dans le Harlem et forme la limite septentrionale de l’île de Manhattan.

En passant devant Hastings, nous avons touché l’extrême limite des Palissades. Sur la rive droite, Arthur fait remarquer au colonel Sunny Side qui fut la résidence de l’illustre auteur de la Vie de Washington, et qui lui-même se nommait Washington Irving. Cette jolie villa est à peine visible à travers la verdure épaisse qui l'entoure de toute part,

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Je salue la demeure de l'historien philosophe, dont le caractère était à la hauteur du talent, et mes yeux se portent sur un village nommé Jappan. Ici le fleuve s'élargit brusquement et tellement, qu'on l’a désigné par ces mots : Jappan sea (mer de Jappan). Encore un lieu historique. En cet endroit, en effet, Washington fixa son quartier général pendant la guerre de l’indépendance. C'est là aussi que fut passé par les armes un traître, le major André.

Nous touchons à la ville de Sing-Sing, célèbre par sa prison d'État, dans laquelle les Américains ont mis en pratique un système de détention qui a servi de modè!e en France, en Angleterre et dans quelques autres pays d'Europe. La pénalité la plus forte qu’inflige le code américain est, après la mort, dix ans de travaux forcés. Dans aucun cas on ne peut ouitre-passer ce temps; mais on force le prisonnier à travailler. Dans Sing-Sing (littéralement chante-chante), tous les condamnés exercent une profession manuelle, et l’établissement n’est qu’une suite d'ateliers. Pour punir les paresseux et les mutins et les forcer à travailler, on n’emploie qu’un remède, mais il est héroïque. On soumet le récalcitrant à une énorme douche d’eau froide, élé comme hiver; après quelque temps de ce régime, les plus endurcis deviennent souples comme des chiens couchants et doux comme des agneaux. L'édifice a cinq cents pieds de façade sur la rivière. Comme architecture, il ne présente rien de remarquable. C’est un grand bâtiment quadrangulaire à quatre ou cinq rangées de petites fenêtres uniformes. Il est construit en marbre tiré des carrières avoisinantes.

— Arthur, dit le colonel à notre guide, je trouve qu’il manque quelque chose à Sing-Sing pour être complet. Arthur regarda fixement sir James qui souriait; après quelques instants de réflexion :

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