‹ L'Amérique telle qu'elle est [microforme]Chapitre 73 sur 212 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Oui, dit-il tout à coup, il manque mon ex-associé.

Le colonel s'inclina en signe d'assentiment.

Nous jetons un regard distrait sur Peckskill, sur le village du Croton et sur les chutes de Buttermilk, dont les eaux tumultueuses tombent d’une hauteur de denx cents pieds. Mais que sont ces chutes à côté des cataractes du Niagara dont nous allions contempler les sauvages magnificences!

Nous arrivons à Westpoint, où se trouve établie la grande école militaire des États-Unis.

C'est de Westpoint que sont sorlis presque tous les officiers marquants de l’Union. Cette école militaire est située au sommet d’une falaise très-haule et trèsescarpée, qui se termine brusquement par un plateau naturel servant de champ de manœuvre. Quand nous passâmes devant ce plateau, il offrait le coup d'œil le plus pittoresque et le plus animé. Il était couvert de centaines de tentes d’une blancheur rendue plus éclatante par les rayons du soleil. Des drapeaux flottaient au vent, et le son du clairon, allié à celui du tambour et des fifres, se répercutait joyeux et martial de falaise en falaise. Un nombre considérable d'élèves s’exerçaient à la manœuvre.

Qui aurait pu prévoir alors que ces jeunes militaires, élevés pour la défense du pays, emploieraient leur {alent et leurs armes à soutenir la plus cruelle et la plus lamentable des guerres civiles dont jamais peuple ait donné l’exemple ! Au point de vuc architectural, la critique de cet édifice peut se faire en deux mots : c’est une copie en marbre du temple de Diane. Les Américains adorent ce style d’architec‘ure; la douane de New-York est encore le temple de Diane, sans compter des milliers d'habitations particulières qui sont autant de petits temples de Diane. Sans ce temple célèbre, les Américains, c’est évident, n’eussent jamais été com-

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plétement heureux. Mais ce qui à Westpoint frappe le plus vivement l'attention de l’Européen, et ce qui évoque aussi les plus tristes souvenirs de l’histoire contemporaine, c'est un monument simple mais élégant, taillé en marbre blanc, et qui du haut de l’esplanade domine le fleuve, assurément le plus beau du monde.

Ce monument est un monument commémoratif en l'honneur du grand patriole polonais Kosciusko, qui longtemps habita Wespoint, et gagna ses premiers lauriers à la suite de Washington.

Kosciusko avait élé élevé à l’école militaire de Varsovie, d'où il fut envoyé à Paris pour compléter son instruclion. À son relour dans la Pologne, il entra en activité, mais il ne tarda pas à partir pour l'Amérique, qui venait de lever l’étendard de l’indépendance nationale. Muni de lettres de recommandation que Franklin lui avait données pour Washington, il se présenta au général en chef, lequel se l’attacha en qualité d'aide de camp. D’aide de camp il devint colonel du génie, grade qu'il dut à son talent et à son courage. Quand le dernier bâtiment anglais, portant les derniers Anglais, eut quitté la rive américaine, Kosciusko salua la république proclamée qui était un peu son œuvre, et retourna en Pologne, où on l’accueillit les bras ouverts. On sait le reste : tour à tour victorieux et battu, il ne put résister contre la Russie alliée à la Prusse. Entièrement défait à Maczcemez, malgré des prodiges de valeur, il fut blessé et tomba de cheval en s’écriant ou en ne s’écriant pas, car le fait n’est pas prouvé : Finis Poloniæ ! Prisonnier de guerre, il fut détenu dans une forteresse près de Saint-Pélersbourg, et ne recouvra sa liberté qu’à l’avénement de Paul I. On voulut lui rendre aussi son épée. « Je n’ai plus besoin d’épée, dit-il avec « un ton plein de noble tristesse, puisque je n'ai plus de « patrie.» En 4797, iltraversa de nouveau l'Océan, il fut

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