CHAPITRE VIII
reçu avec honneur et sympathie par le peuple américain, et le gouvernement, pour récompenser ses services, lui accorda une pension. Voulant pleurer de plus près sa patrie, Kosciusko revint en Europe l’année suivante, et m’ ‘rut en Suisse, jeté avec son cheval dans un précipice. Après avoir émancipé les serfs qui se trouvaient sur ses propriétés en Pologne, il fit un legs pour le rachat d'esclaves en Virginie et pourvoir à leur instruction. C’est pour honorer tant de vertus, tant de courage et aussi tant de malheur, que les citoyens américains érigèrent un monument à Ko:riusko. On montre encore le petit jardin qu’il cultivait à Westpoint.
Le fort Putnam, qui dominait le fleuve en cet endroit, était d’une grande importance du temps où Washington combattait les Anglais. Il est en ruine aujourd’hui. C’est ce fort qu’Arnold, vendu au gouvernement britannique, voulut livrer aux Anglais. Se voyant découvert, il fit appeler sa femme, créature d’une rare beauté et dont tout l’état-major élait épris au dire de Washington lui-même: « J'ai trahi la cause des Américains, dit Arnold à sa femme, et mon salut dépend de la vitesse de mon cheval. » Frappée d’horreur à celle révélation, madame Arnold s’évanouit. Sans perdre une seconde, il monta à cheval et put joindre les Anglais. En apprenant cet acte de perfidie, Washington, qui avait eu jusque-là la plus grande confiance dans la loyauté d’Arnold, ne put se défendre d’un sentiment douloureux. « À qui donc se fier?» dit-il, s'adressant à Lafayette. Lafayette eût pu lui répondre : A moi ! En quittant Westpoint, le bateau navigue entre deux rangées de hautes montagnes et passe devant plusieurs villages qu’on croirait bâtis uniquement pour récréer l’œil du voyageur, tant ils sont propres, pilloresques el bien encadrés par la nature. Beaucoup de ces villages sont qualifiés de
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villes par les Américains, et de fait ils diffèrent essentiellement de nos villages européens, nés villages et condamnés à rester villages jusqu’à la consommation des siècles. Tout village américain est construit en vue d’un développement rapide; de là leur physionomie particulière. Souvent un village n'est composé que de quelques maisons; mais elles sont alignées sur de larges rues tracées pour l’avenir, et, partout avec un hôtel, souvent avec une banque, on voit un temple de bois, calviniste, preshytérien, catholique ou méthodiste, selon les vœux de la majorité des habitants. Voici à droite Sadlewild, la résidence de N. P. Willis, l'écrivain de talent qui rédige le Musical World et plusieurs autres journaux de New-York. Plus loin nous voyons Fishkill qui anime un paysage montagneux et grandiose. Successivement nous voyons apparaître et disparaître Newburg, point assez considérable bâti sur une côte rapide; Ponghkupsie, et encore d'autres localités de moindre importance. Enfin nous atteignons Albany, après une promenade qui a élé pour nos yeux une série de surprises et de plaisirs sans cesse renouvelés. Le bateau s'arrête à un quai d’où part une rue, ou, pour parler plus exactement, une avenue de soixante mètres de largeur, bordée d’élégantes constructions, et au bout de laquelle, d’une assez grande hauteur, domine le Capitole, presque en tous points semblable à celui de Washington. Albany est la résidence de beaucoup des plus anciennes et des plus riches familles de l'État. Presque toute l'activité de la ville est due à énorme transit de marchandises et de voyageurs qui s’y opère toute l’année. Albany voit passer l’incalculable courant du commerce du Nord et de l’Ouest, et c'est ici que les plus importants canaux de l’Erié et de Champlain se réunissent majestueusement à l'Hudson. La planche est mise, qui doit servir à la descente
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