‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 46 sur 188 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

bles, qui, moins heureux que les petits des oiseaux, ne reçoivent de la Providence qu'une nourriture insuffisante et souvent malsaine.

La pauvre mère s'avança d'un pas timide jusqu'à la portière d'un élégant coupé d'où venait de descendre un monsieur irréprochablement vêtu d'habits chauds et élégamment coupés.

Cet élégant personnage avait dans toute sa personne cette grâce et celte assurance de bon Ion ordinaire aux gens riches ; lesquels à leur tour, plus heureux que les petits des oiseaux nourris par la Providence, chassent, pour se distraire, ces mêmes oiseaux devenus grands, et les croquent à leur table.

— Pardon, monsieur, dit à voix basse la pauvre femme malade en s'adressant au beau monsieur; pourriez-vous me venir en aide?

Un peu surpris de la demande, le monsieur s'arrêta comme pour écouter la fin de cette supplique.

— Je demeure, continua la malheureuse mère, dans une petite chambre, et mon propriétaire, qui est bien le meilleur homme du monde, le modèle des propriétaires, car je lui dois trois termes, m'a déclaré avec toute la douceur possible qu'il se verrait, à son grand regret, contraint de me donner congé, si je ne remplissais pas auprès de lui mes engagements de locataire. cCe qui distingue, m'a-t-il dit avec bienveillance, un locataire d'un propriétaire, c'est que ce dernier ne paye pas son loyer et qu'il reçoit le loyer des autres. » Ceci était trop* juste, et je ne savais que répondre. «Au moins, a-t-il ajouté, montrez-moi de la bonne volonté; payez-moi un des termes arriérés, c'est-à-dire quarante-huit francs soixante-quinze centimes, et je verrai à attendre quelque temps encore pour le reste. Je vous donne huit jours pour vous mettre en règle avec moi. »

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Ah! je suis bien digne de compassion, monsieur. C'est aujourd'hui même le dernier jour fixé par mon propriétaire; si je ne paye pas cet à-compte, si je ne fais pas preuve de bonne volonté, comme il dit, il me faudra sortir de mon logement avec l'aîné de mes enfants, qui n'a pas encore quatre ans, et avec celui que vous voyez dans mes bras. Ce n'est pas tout, car, comme on dit, un malheur n'arrive jamais seul : mon mari, qui est maçon et qui s'est démis un bras dans l'exercice de son ingrat mélier, est incapable de travailler^ et moi je suis malade. Où irions-nous, si l'on nous donnait congé? Dieu seul peut le savoir, et celte idée m'épouvante. Or, de ces quarante-huit francs soixantequinze centimes qui nous sauveraient tous pour le moment, je n'ai pu mettre de côté, malgré la plus stricte économie, que quarante-cinq sous, et nous voici presqu'à la nuit.

— Pauvre femme ! Et que fit l'élégant dont elle implorait du secours? demandai-je à sir James.

— Je vais vous le dire, me dit-il. Mais, avant et pour la démonstration de ma thèse, il me faut ouvrir une autre parenthèse. *

Je suppose qu'une poule malade, ornée de son petit poussin, chélif et malade aussi, ait pu tenir le même langage dans une basse-cour de volailles bien portantes et bien nourries. A peine si les explications auraient été données par la poule malade pour attendrir le cœur des hôtes emplumés, que la gent volatile, obéissant à l'esprit du mal qui domine les animaux, sans aucune distinction d'espèce, se fut précipitée sur l'infortunée malade et sur son petit. C'eût été l'affaire de quelques bons coups de bec, accompagnés de quelques coups d'ergot pour mettre par la mort un terme aux souffrances des victimes.

— Que fil l'élégant?

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