‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 66 sur 188 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Et il arrondit sa main qu'il porta à sa bouche.

Nous l'imilâmes, mais, malgré cette précaution, je souflVis pour mon compte de la raréfaction de l'air, et il me parut que le colonel et Arthur ne se trouvaient pas très à leur aise. Quant au nègre, véritable animal amphibie, il était là comme chez lui et ne semblait nullement incommodé.

— Èles-vous, messieurs, disposés à me suivre jusqu'au bout? nous demanda-t-il.

Chacun de nous fit un signe affirmalif.

Domptant notre malaise, augmenté du froid causé, malgré nos vêtements de laine, par la poussière d'eau qui, se condensant, ruisselait sur nous de la tôle aux pieds, nous cheminâmes, dans une nuit profonde et au bruit épouvantable des cascades résonnant comme cent pièces de canon, à travers des couloirs de pierre et d'eau, jusqu'à la grotte des Vents.

Une femme qui a visité, il y a bien des années déjà, le Table Rock, s'exprime ainsi : « Combien doit être futile toute tentative pour décrire cet endroit! combien doivent être vains tous les efforts pour donner une idée des sensations qu'il procure ! Pourquoi goûle-t-on un plaisir si délicieux à rester des heures entières mouillé par l'eau qui rejaillit de la cataracte, et étourdi par son tumulte continuel; tremblant du choc qui ébranle le roc sur lequel on a les pieds appuyés, et respirant péniblement dans l'atmosphère humide, qui semble contenir moins d'air que d'eau ! C'est pourtant un plaisir, et, je crois, presque le plus grand dont j'aie jamais joui. Nous approchâmes plusieurs fois de l'entrée de cette caverne effrayante (la grotte des Vents), mais je n'y entrai jamais tout à fait, quoique deux ou trois de mes compagnons en aient eu le courage. Je perdais entièrement haleine, et j'éprouvais .à la poitrine une douleur si cruelle, que toute ma curiosité ne pouvait

me donner la force de la supporter. Qu'était cette caverne des Vents dont parlent les anciens, comparée à celle-ci ? L'esprit qui y règne est plus puissant qu'elle. » Si mistress Trollope avait eu le courage ou la force de pénétrer jusque dans la grotte, elle n'eût point souffert de la raréfaction de l'air, et eût pu, comme nous le fîmes, donner la plus ample pâture à ses poumons. Le vent, en effet, souffle en tempête éternelle dans ce mystérieux séjour, et cette tempête provient des tourbillons de la cataracte qui renferme l'air dans la grotte et le chasse violemment en tous sens. Quel spectacle! emprisonnés dans l'eau et le vent, nous contemplons , pendant quelques minutes le fleuve qui se précipite audessus de nos têtes comme un ciel aquatique.

— Messieurs, nous dit le guide, l'endroit où nous nous trouvons n'est pas le point extrême où l'on puisse parvenir. Un chemin étroit nous conduira, si vous le voulez bien, en marchant sur des cailloux mouvants, et dans l'eau jusqu'à la ceinture, jusqu'au bord d'un précipice dans lequel jamais être vivant ne pénétra. Le chemin est difficile,, périlleux môme, froid, privé d'air et dépourvu de tout agrément. Voulez-vous , messieurs, le parcourir avec moi? ^

— Infiniment obligé, fit le colonel, je suis bien ici et j'y reste.

— Moi aussi, répondit Arthur, qui cette ibis n'eut pas besoin de réfléchir longtemps.

— Eh bien! moi, dis-je au nègre, je vous suivrai jusqu'au bout.

— A vos ordres. Avancez, et je marcherai à votre suite pour vous avertir où vous devrez vous arrêter, sous peine de disparaître dans l'insondable précipice;

— Encore un endroit délicieux pour ceux qui veulent se tuer agréablement, et que je recommanderai au besoinà mes compatriotes, dit ensemoquantle colonel.

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