‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 68 sur 188 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ment où nous les voyons aujourd'hui. Ce serait à Lcwlston, près du lac Ontario, que le phénomène des cataractes se serait d'abord produit.

C'est au-dessus de celte épouvantable tempête d'eau, dont tout ce que nous avons pu dire ne saurait donner qu'une idée très-affaiblie, que l'acrobate français Blondin, connu de tout le monde aujourd'hui par ses audacieux exploits, s'est livré sur la corde roide aux cabrioles les plus extravagantes. Nous n'avons pas eu l'occasion de voir les tours de force de Blondin, mais des témoins oculaires nous ont assuré qu'une fois ou deux il avait emporté sur la corde un petit poêle avec le combustible nécessaire pour cuire une omelette. Le poêle mis en équilibre sur la corde, ce cuisinier d'une force rare a tranquillement allumé son feu, a cassé les œufs et cuit l'omelette, qu'il a fort habilement retournée dans la poêle. Puis, se débarrassant de ses ustensiles de cuisine et ne conservant qu'une assiette, du pain, une fourchette et un couteau, il est allé consommer son omelette au centre même de la corde, qui pliait sous ses pieds comme une ficelle mal tendue. Vingt mille personnes ont assisté, armées de lorgnettes et de longues-vues, et haletantes d'ém.otion, à cet acte de la plus grande témérité, alliée à l'adresse la plus étonnante.

Cependant les exploits de Blondin empêchaient un Yankee de dormir. Pour ne pas être en reste avec le frenchman, il a traversé sur de gigantesques échasses, à la suite d'un pari, la chute du Niagara à peu de distance de l'endroit où coulent les rapides. La somme engagée était de vingt-cinq mille francs.

Les chutes, du reste, sont depuis longtemps le théâtre de maints exploits de ce genre, et les accidents qui y sont arrivés sont innombrables. On ferait un volume fort intéressant et très-émouvant en rapportant les dif-

férenles anecdotes qui se rattachent aux célèbres cataractes.

Le premier homme qui mit le pied sur l'île delà Chèvre est le général américain Pulnam. C'était pendant la dernièreguerre canadienne. Un pari avait été engagé, que personne dans l'armée n'oserait traverser les rapides. Avec cette témérité qui l'a rendu célèbre, le général, voyant que personne ne se présentait, résolut d'accomplir le tour de force. Choisissant les quatre hommes les plus forts et les plus résolus parmi ses soldats, il s'embarqua avec eux dans un canot k une certaine distance de l'île, en remontant le fleuve. De l'autre côté de la rive, de robustes gaillards tenaient une corde atlachée au canot par un anneau de fer. L'embarcation l'ut lancée, et le général put accoster l'île, grâce aux bonnes dispositions prises et surtout aux quatre sol- (!ats choisis parle général pour l'accompagner, et qui ramèrent furieusement pour lutter contre le courant. Depuis la construction du léger pont qui mène à la tour, une excursion dans le Goat Jsland est devenue pour tout le monde une promenade aussi agréable que sûre.

Le courant des rapides est tel, qu'aucirti être, homme ou animal, ne saurait s'y soustraire en luttant contre lui. Il y a une soixantaine d'années environ, un chef indien, après une violente querelle avec sa femme, prit philosophiquement le parti de noyer son chagrin dans l'eau-de-vie. Pour s'enivrer plus à l'aise, il alla se coucher dans un bateau attaché hors de la portée du courant du Niagara. 11 s'endormit après avoir mis sur sa poitrine une bouteille à demi vidée, ne pensant plus à sa femme et n'ayant que des idées riantes. Mais celleci n'était pas commode : en voyant avec quelle facilité son époux se consolait de ses chagrins domestiques, elle conçut l'abominable projet de se venger par la

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