‹ L'Amérique telle qu'elle estChapitre 91 sur 188 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De toutes les villes grandes ou petites que j'ai visitées, non-seulement en Amérique mais aussi en Europe, il n'en est pas de mieux alignées et de plus propres que la ville principale de l'état de Pensyivanie. Toutes les rues sont tirées au cordeau, les maisons régulièrement bâties, et pimpantes à rendre jalouses les plus coquettes cités de la Flandre. Vue d'une hauteur, Philadelphie apparaît comme un large damier dont chaque bloc de maisons forme une case. Après New-York, Philadelphie est la ville la plus importante des États- Unis, autant par son étendue que par son commerce et sa population.

Philadelphie, qu'on appelle aussi quelquefois Quaker City, ou ville des Quakers, fut en effet pendant longtemps le séjour des austères et honnêtes adeptes de cette secte chrétienne. Le nom môme de l'état, Pensyivanie, dérive de celui d'un Quaker, William Penn, fondateur de Philadelphia, nom qui signifie cité de Tamour fraternel. Cet homme estimable à qui l'Angleterre avait concédé le territoire qui plus tard prit son nom, vint s'établira Philadelphie vers 1684, avec un grand nombre de ses coreligionnaires auxquels il donna l'exemple des plus belles vertus. Ses maximes principales étaient : paix à tous les hommes (les Quakers se laissent tuer sur les champs de bataille, sans jamais attaquer ni se défendre); tolérance absolue, en matière de religion ; liberté complète de pensée et d'action dans les limites tracées par la conscience, la morale et les lois du pays.

Avec de semblables maximes toujours observées, l'Etat de Pensyivanie ne tarda pas à prospérer et à devenir un des plus peuplés de la colonie. Les peauxrouges poursuivis sans pitié, môme par les puritains qui avaient fui la persécution en Angleterre pour venir la pratiquer en Amérique, les peaux-rouges trouvèrent

grâce devant les Quakers qui ne leur firent jamais le moindre mal, et se contentèrent de les déposséder de leurs terres, avec tous les égards qu'on doit à des frères : Philadelphie î Tant il est vrai que tout est relatif en ce monde, tout jusqu'à la morale ; ce qui permet de féliciter les Quakers de n'avoir pas été des assassins et de ne s'être montrés que de simples spoliateurs des Indiens.

C'est à la maison d'État de Philadelphie que se rattache le plus glorieux souvenir de l'histoire des États- Unis d'Amérique. Dans le Stale-House, en effet, se tinrent les premières réunions du congrès, et c'est là que le 4 juillet 1776, fut signée la déclaration de l'indépendance au milieu d'un enthousiasme indicible. L'anniversaire de ce mémorable événerçent est fêté dans tous les États-Unis par des revues militaires, des feux d'artifices et des millions de pétards chinois brûlés par tous les citoyens de toutes les classes de la société. La maison d'État de Philadelphie est un monument vaste quoique de modeste apparence, bâti partie de briques, de pierre et de bois. 11 est aujourd'hui consacré à la tenue d'une partie des cours de justice. Les Américains, dont l'histoire est encore si jeune, le considèrent comme une vénérable relique des temps passés, et ils ont conservé intacte la salle des délibérations du congrès libérateur. Nous allâmes visiter cette salle qui ne renferme de remarquable qu'une statue de Washington en bois sculpté et quelques tableaux lesquels, sans être des chefs-d'œuvre, hélas I les chefïi-d'œuvre sont rares ! ne manquent pourtant pas d'un certain mérite. Arthur fit trêve aux réflexions qui l'absorbaient pour nous faire les honneurs de Philadelphie qu'il avait connue au beau temps où il fondait sur la quincaillerie si douces et de si passagères espératices. Il nous montra successivement la douane, l'hôtel

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