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LAMBRIS DU PALAIS DES TUILERIES, PAR LEMOINE

Certes, on n'eut pas pour eux cette passion qu'on éprouva au xviii^ siècle, quand on s'en servit généralement pour remplacer les anciennes tentures.

Pourtant les revêtements de marbre, ou plutôt de bois peint et doré que l'on nomme ainsi, furent très goûtés sous Louis XIII. Le cabinet de Sully, qu'on voit encore à l'Arsenal, nous en offre un des premiers et des plus beaux exemples que l'on sache. Ceux de l'hôtel Lambert, peints par Le Sueur, nous ont été conservés par les gravures de B. Picart. On venait visiter là, ce cabinet de l'Amour, surtout, que d'Argenville nous décrit ainsi : " Le lambris doré qui l'entoure est partagé en deux parties par une corniche. Huit panneaux sont remplis de paysages de Herman et de Pater. Les autres, ainsi que les pilastres montants sont enrichis d'ornements et de figures d'amours tenant les armes des dieux peints par Le Sueur. Cinq grands tableaux occupent la partie supérieure des lambris, lesquels sont peints par Perrier, Romanelli et autres maîtres. Le Sacrifice d'Iphigénie et la déification d'Enée sont aux côtés de la cheminée. Les deux plus grands, en face des fenêtres, sont la défaite des Harpies et le médecin Japès qui guérit Enée de sa blessure. Le cinquième est Vénus qui donne des armes à ce héros," etc.

Dans la seconde moitié du xyii*^ siècle, les lambris ne perdirent rien de leur vogue. En 1667, les menuisiers furent admis aux Gobelins avec les autres " bons ouvriers de toutes sortes d'arts et mestiers," comme les peintres, les sculpteurs, les orfèvres et les tapissiers. Les lambris de cette époque sont souvent peints d'un seul ton et rehaussés d'or comme cette chambre verte, provenant de l'ancien hôtel de Soubise qu'on peut voir aux Archives, ou comme cette autre curieuse "chambre de Mazarin " provenant de l'hôtel Colbert de Villacerf, que M. Georges Gain vient de faire aménager à Carnavalet. Et sans doute était-il ainsi, ce " grand cabinet qui est tout de menuiserie avec des figures sculptées et dorées d'or bruni," orné de tableaux encastrés dans les lambris, que Louis xiv visita lors de la promenade qu'il fit au Palais- Royal en 1692, au moment du mariage du duc de Chartres.

Après avoir regardé la tenture des pièces, examinons maintenant les accessoires qui achèvent d'en former la décoration fixe.

Presque toutes les portes disparaissent sous des portières. Pourtant, dès le temps de Louis xiii, les portes n'ont plus l'étroitesse et la modestie de celles du moyen-âge, mais elles sont encore bien basses, pour la plupart, et bien peu larges, en comparaison de celles que l'on établira partout dans la seconde moitié du siècle. Et, en souvenir peut-être des temps troublés et peu sûrs d'autrefois, elles continuent généralement à ne s'ouvrir, par le loquet, que du dedans : il faut en avoir la clef pour y pénétrer du dehors. Le Roi, les grands, qui donnent audience, ont un huissier spécial, chargé d'ouvrir à qui gratte au chambranle, car heurter du doigt, si légèrement que ce fût, serait une grossièreté et passerait pour impoli, tout au moins chez le Roi, et cela jusque vers 1730 au moins. Mais leurs battants s'ornent déjà d'harmonieuses peintures et de moulures charmantes, dont la beauté deviendra parfaite lorsque, sous Louis xiv. Le Brun, Marot, Mansard, et d'autres grands artistes en composeront les dessins.

Quoi qu'il en soit, et si bien décorées qu'elles paraissent, les portes ne s'en dérobent pas moins pour la plupart sous des portières dont l'étoffe est aussi riche, sinon plus, que celle de la tenture. Mazarin, dès 1653, en possède de superbes, comme cette " portière de damas vert de Naples à grands fleurons, large de

L'AMEUBLEMENT LOUIS XIV

quatre lés, ayant une frise à l'entour de demi-lé de velours vert, garnie tout autour d'un mollet d'or à la damasquine, haute de deux aunes deux tiers ; ladite portière doublée de toile avec ses anneaux." Mais celles de Versailles, sous Louis xiv, sont bien plus magnifiques encore. M. Havard n'en a pas relevé moins de 500 sur les divers Inventaires, en brocart d'or, d'argent, de soie ; en damas ; en velours amarante, bleu, rouge, cramoisi, violet, vert ; en brocatelle ; en tapisserie de La Savonnerie. Celles du cabinet du Conseil étaient de velours rouge à franges d'or, doublé de taffetas. Celles du cabinet de la Dauphine se composaient de trois lés de brocart à fond d'or à grands rinceaux or et argent, avec fleurons et oiseaux au naturel, et de deux lés de brocart à fond d'or, ciselé de fleurs d'or et d'argent. Et ainsi de suite. Au

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