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DESSINS DE FRISE, PAR LEPAUTRE

reste, c'étaient Bérain, Marot, Audran, Claude Gillot qui en dessinaient les modèles, et c'est tout dire.

Non seulement le Roi, mais les bourgeois en étaient pourvus, et l'on en voyait jusque dans des intérieurs assez modestes. L'Inventaire de Molière, en 1673, mentionne trois portières de taffetas d'Angleterre bleu et blanc. A leur tour, les grands seigneurs renchérissaient. Voici, chez le maréchal d'Humières, des "portières avec leurs pentes en falbalas" (1694), et chez Mme de Frontenac, des portières de damas cramoisi à franges d'or (1699). . . .

Sur le mur, se détachent des tableaux et, ornement non moins apprécié, des miroirs.

Richelieu et Mazarin avaient été des amateurs passionnés de peinture. Le premier s'était fait une galerie de plus de 300 toiles, et l'amour qu'il sentait pour les tableaux était assez grand pour que le maréchal de Montmorency pût espérer de se racheter

de sa condamnation à mort en lui en offrant un très beau. Mazarin consultait avec soin les meilleurs connaisseurs de son temps au sujet de ses achats ; et il avait près de 550 toiles de grands maîtres dans sa galerie. Elle passa en grande partie, après sa mort, dans le Cabinet du Roi. Mais le maréchal de La Meilleraie hérita du reste, malheureusement, car ce pudique seigneur fit détruire ces toiles qui lui étaient venues du cardinal,^ son oncle, par chasteté et parce qu'il en estimait les nudités choquantes pour les yeux d'un honnête seigneur comme lui.

On sait assez que la peinture fut plus en vogue que jamais du temps de Louis xiv, et il faudrait citer l'hôtel de Bouillon et ses panneaux composés par Le Brun ; Saint-Cloud, avec sa galerie de Mignard ; Chantilly, Vaux, et toutes les belles maisons du temps.

Quant aux miroirs, pendant tout le moyen-âge, on n'en connaissait encore que d'acier, d'or ou d'argent, voire, mais bien rarement, de cristal de roche. Au xvi'' siècle même, que le cristallin fabriqué à Venise apparaîtra chez nous, les miroirs demeurent fort rares et très petits : ce ne sont guère que des glaces à main destinées à aider à la toilette ; au xvii^ siècle seulement, ils commenceront d'être assez nombreux pour qu'on puisse les utiliser à la décoration des pièces.

Les plus belles glaces de miroirs que l'on connaisse à l'époque que nous étudions sont en cristal de roche. Aussi bien est-ce là une matière qui restera durant tout le règne de Louis xiv infiniment rare et précieuse puisqu'elle payera un droit de 400 livres le cent pesant, à son entrée en France. Voilà pourquoi on se plaît à en faire mille bibelots que l'on estime fort et que l'on conserve avec grand soin, tels que vases, bouteilles, coffrets, flambeaux, coupes, verres, " dragons," " soleils " et autres babioles, dont le château de Versailles, au compte de M. Havard, ne renferme pas moins de 394 spécimens, montés précieusement en or, émail et pierreries. Mais les miroirs en cristal de roche principalement enchantent, et c'est avec une grande fierté que Louis XIV en offrira cinq aux ambassadeurs de Siam dans des cadres de même matière très richement travaillés.

Bien que d'un prix moins élevé, les glaces de Venise, et même, après Colbert, les glaces de France, resteront fort coûteuses durant tout le xv!!*" siècle. Elles seront, aussi, la passion des dames. " Tout au commencement de ces magnifiques glaces, alors fort rares et fort chères, rapporte Saint-Simon, la comtesse de Fiesque acheta un parfaitement beau miroir : Hé, comtesse.

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lui dirent ses amis, où avez-vous pris cela ? — ^J'avois, dit-elle, une méchante terre qui ne me rapportoit que du blé : je l'ai vendue et j'en ai eu ce beau miroir." Mazarin et Fouquet se montrèrent fort amateurs de ces glaces p r é c ieuses. Le cardinal

en possedai t de m a g n ifiques et il les mettait glorieusement en loterie. De même, l'inventaire des meubles du surintendant nous en signale de luxueuses, comme ces " trois beaux miroirs, dont un plus grand et deux moyens, les deux plus petits garnis d'argent massif, et l'autre avec des feuillages d'or." Et même après que Colbert eut introduit la fabrication des glaces en France, les miroirs demeurèrent très coûteux, comme le prouve la richesse même des " bordures " dont on les entoura.

Dans la première moitié du xvii'^ siècle, ces cadres sont le plus souvent en ébène orné de cuivres dorés. Vers le début du règne de Louis xiv, commencent d'apparaître les cadres en écaille dont un des Etats du Mobilier de la Couronne nous décrit un beau spécimen : " Un miroir à bordure d'écaillé de tortue, entre deux moulures de cuivre doré d'or moulu, orné de vingt camaïeux d'agate, ceux des coins et milieu sont des cartouches de cuivre doré ; le chapiteau est un camaïeu d'agate représentant l'Abondance dans un cartouche chantourné, soutenu de deux amours de cuivre doré." Et le Grand Siècle connaît aussi les cadres en cristal de roche ornés de pierreries.

cadre en bois sculpte et dore (angle et profil), musée du louvre, paris.

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comme ceux qui rehaussent les cinq miroirs dont nous venons de parler, offerts par Louis xiv aux ambassadeurs du roi de Siam ; les cadres en imitation de lapis-lazuli, ou en ambre ciselé ; et surtout les cadres en argent massif sculptés de feuillages, de fleurs, de médaillons, de personnages, si nombreux à Versailles avant que les grands désastres contraignent le Roi de les faire fondre à la Monnaie comme tant d'autres objets de métal précieux, et avant que des raisons d'économie, non moins que les dimensions plus grandes qu'on sait maintenant donner aux glaces qu'ils doivent entourer, ne les fassent remplacer par de simples cadres en bois taillé par Caffieri ou par Lespagnandel, et dorés par La Baronnière.

Certains de ces cadres d'argent qui décoraient les appartements de Versailles étaient des œuvres d'une richesse sans borne, comme cette bordure " ciselée de roses et rinceaux, aux quatre coins de deux termes d'anges qui soutiennent un vase avec sa penture ciselée des armes de France au milieu de deux cornes d'abondance et de deux grands rinceaux," — ou comme ce cadre de Débonnaire pour lequel on versait en 1669 à l'artiste une somme de 20,000 livres à-compte. Aussi ne trouve-t-on rien, ou que peu de chose, chez les princes eux-mêmes, qu'on leur puisse opposer ; et chez les particuliers on ne rencontre guère que des cadres d'ébène ou de bois doré. D'ailleurs, encore un coup, à la fin du siècle, lorsque les perfectionnements apportés à la fabrication des glaces auront permis d'en augmenter singulièrement les dimensions, ce ne seront plus des bordures d'argent ciselé que l'on pourra ajuster sans se ruiner à des miroirs d'une si grande taille.

Si l'on distingue, dans la pièce qu'ils décorent, jusqu'au moindre détail de ces cadres, de ces peintures, de toutes ces belles choses, c'est à la limpidité des vitres de la fenêtre qu'on le doit.

Jusqu'au xiv"^ siècle, les fenêtres des habitations avaient été closes par de simples volets de bois percés d'ouvertures plus ou moins découpées ; quand il faisait froid ou qu'il pleuvait, et qu'on était forcé de clore les volets, alors on n'y voyait plus clair. Plus tard, on eut l'idée d'employer de la toile huilée, qu'on remplaça généralement, au milieu du xv"" siècle par du papier huilé, moins solide, mais plus transparent. Enfin vinrent les vitres ; mais au temps de Louis xiii, dans les demeures royales même, elles étaient loin d'avoir fait disparaître partout le papier huilé. Ce n'est que vers le milieu du xvu'^ siècle que l'usage du verre deviendra général chez les gens aisés.

Lorsque Marie de Médicis eut fait monter à ses fenêtres du

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Luxembourg du cristal blanc et non pas, comme on avait accoutumé alors, des vitraux de couleur, cela passa pour un luxe inouï. Et d'autre part la Gazette de France, en 1636, relate encore comme un fait remarquable que le Cardinal - Infant, gouverneur des Pays-Bas, ait fait son entrée solennelle à Mons en Hainaut, "séant dans un carosse vitré." C'est seulement après que Colbert eut vulgarisé en France la fabrication des glaces, que les vitres blanches devinrent relativement communes. Encore ne faudrait-il pas croire qu'elles ne fussent plus alors d'un prix fort élevé : en effet chacun de ces carreaux taillés en biseau qui ornaient à Versailles la Grande Galerie ne coûtait pas au Roi moins de 10 livres pièce. Il ne faut donc pas s'étonner si les pauvres gens, sous Louis XIV, employaient encore pour garnir les châssis de leurs fenêtres du simple papier huilé. En 1674, la Grande Mademoiselle, au siège de Dôle, campa dans une maison de paysan où, dit-elle, " il y avoit des châssis de papier et une seule vitre ; encore étoit-ce le milieu du verre qui est en cul-de-lampe." Bien longtemps encore, les vitres des fenêtres resteront rares chez les paysans.

Dans l'appartement élégant que nous décrivons, la fenêtre est drapée d'un rideau. On ne s'efforce nullement alors de les assortir à la tenture ; mais il n'en sont pas moins, voire ils n'en

sont que plus magnifiques. Mazarin en a de taffetas vert, ou de taffetas blanc, garnis d'une dentelle d'or et attachés par des cordons de soie blanche terminés par des houppes d'or et de soie. Jusqu'en 1673 environ, tous ces rideaux de fenêtres demeurent faits d'un seul morceau d'étoffe et se tirent d'un seul coté : tels sans doute les rideaux de taffetas blanc, à pentes et à cordons de soie, que l'Inventaire de Molière prise 45 livres. Mais, après 1673,

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