PALAIS DE JUSTICE DE RENNES
pliait les foyers afin d'augmenter la chaleur, et c'est ainsi que Dangeau nous parle de quatre cheminées que le Roi avait fait faire dans un des salons de Marly. Mais comment se garait-on des courants d'air lorsque le feu n'était pas allumé ? Non point par des trappes semblables aux nôtres (dont l'invention semble remonter au milieu du xviii'' siècle), mais par des doubles vantaux de fer ou de bois, plus ou moins bien ornés. Là aussi, d'ailleurs, la mode imposait ses exigences: \ç. Mercure Galant d'avril 1673 nous apprend que, " chez les gens de qualité, on ne ferme plus les cheminées pendant l'été avec des volets de bois, mais on les laisse ouvertes " ; tant pis pour le confortable du moment que le bon ton le veut ainsi.
Il reste à parler du plancher et du plafond. Jusqu'au xvi'' siècle, plus tard même, les gens de condition moyenne avaient coutume de couvrir le sol de leurs pièces, soit avec du sable fin, soit avec de la paille, du foin, des herbes. Quant au mot de " tapis," il désigna longtemps aussi bien, et même plutôt les étoiîes de tenture que ce qu'il désigne aujourd'hui. C'est à habiller les murailles que l'on réserva souvent, jusque sous Louis xiv, les tapis d'Orient, et les inventaires nous montrent une des pièces de Versailles, par exemple, tendue d'un tapis de Perse.
Mais les parquets remplacèrent au xvii^ siècle tous les autres pavements : dallages, carrelages, etc., à ce point qu'il fallut s'en aller au fond de la province, sous Louis xiv, pour trouver des hôtels et des châteaux dont le sol n'en fût pas revêtu ; et des parquets d'une grande magnificence, comme celui du Cabinet des Médailles, à Versailles, incrusté de cuivre et d'étain, qu'avait fait Pierre Poitou, ou bien comme celui du fameux cabinet composé par Boulle pour le Dauphin.
Toutefois on employait beaucoup les tapis, et en 1 626 la femme d'un simple conseiller au Parlement, Mme Tubeuf, en avait un fort beau, " de Turquie," dans sa chambre, qui était peut-être celle où le rat de ville invita le rat des champs. Peut-être ce tapis de Turquie avait-il été fabriqué simplement en France, car c'est ainsi que l'on nommait alors tous les tapis à haute laine, qu'ils vinssent d'Orient ou non. Quant aux tapis de' la Savonnerie, ils furent toujours d'un prix si élevé que l'on n'en vit jamais que dans les maisons des grands personnages. Et l'étoffe qui, en définitive, resta la plus usitée pour les tapis durant tout le Grand Siècle, ce fut comme de nos jours la moquette. Dès 161 5, il s'en trouve au château de Turenne, et Mazarin en possède en 1653.
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Dans un grand nombre de circonstances, un petit tapis, une carpette était placée sous les pieds du Roi, et c'aurait été un crime contre l'étiquette pour toute autre personne que le Souverain que de marcher dessus. Hébrard nous rapporte comment le petit Louis XIII, recevant un jour un ambassadeur de Turquie, " regarda assurément comme il s'arrêtait au bout du tapis." Saint-Simon reproche amèrement aux princes du sang d'avoir usurpé le droit, jadis réservé au Roi seul, de faire marquer leur place à l'Eglise par un tapis à leurs armes. Ils n'étaient point d'ailleurs les seuls à prétendre à cet honneur, et Tallemant des Réaux nous montre Mme de Brissac, à Angers, si soucieuse de marquer la prééminence sur les autres dames que lui assure son rang, que non seulement, dans une assemblée, elle n'hésite pas à s'asseoir sur le dossier de son fauteuil pour se trouver au-dessus d'elles, mais encore qu'à une autre, elle " fait apporter un tapis et un carreau comme auroit fait une reine."
Au moyen-âge, on avait coutume de revêtir d'étoffe les plafonds. Ce fut d'Italie que nous vint l'usage de les laisser nus. Dès la Renaissance, on commença de les orner magnifiquement de peintures et de les séparer en compartiments ; beaucoup restaient pourtant encore tendus d'étoffe.
Dans le cours du xvii*" siècle, la transformation des anciens plafonds à solives et à poutres saillantes en plafonds à compartiments achève de s'opérer peu à peu. Sous Louis xiii, la lourdeur que nous avons signalée dans la décoration s'y manifeste par la saillie des compartiments. Mais l'époque de Louis xiv est celle des plus beaux plafonds qui soient, et la simple énumération des plus célèbres nous entraînerait trop loin. Tout le monde connaît ceux du Louvre et de Versailles, et l'on sait que Mignard n'a pas de plus beau titre que le Triomphe d'Apollon qu'il a peint sur le plafond de la galerie de Saint-Cloud.
Matière du mobilier— L'ébêne et les bois de placage— La marqueterie ; procédé de BouLLE— Le bronze DoiiÉ— La mosaïque— La laque et les chinoiseries.
AVANT d'aborder ici l'étude des meubles proprement dits, il nous faut dire quelques mots de leur matière. Jusqu'au xvii' siècle, on s'était contenté chez nous de meubles en bois commun : chêne, poirier, noyer surtout — ce beau bois fauve, serré, doux à l'outil et qui prend une si belle patine ; — on accordait alors infiniment plus d'importance à la forme qu'à la matière, et les artistes s'attachaient plus à la qualité des sculptures et à l'harmonie des lignes générales qu'à la rareté et à la valeur du bois. Au XVII' siècle, il n'en va plus de la sorte. On se prend d'un goût extrême pour les bois exotiques et précieux, et, parce qu'il serait trop coûteux, parce qu'il serait même absolument impossible de s'en procurer en quantité suffisante pour en faire des meubles entiers, on les débite en minces lames qu'on applique sur un fond en bois commun : c'est le placage. L'inconvénient de ce procédé, c'est qu'il manque de solidité. Son avantage, c'est qu'il permet à l'artiste d'obtenir des effets très heureux en combinant plusieurs bois de couleurs et de veines différentes.
Le bois qui fut d'abord exclusivement employé pour les placages et celui qui le resta davantage durant tout le xvii- siècle, c'est-à-dire tant qu'on ne connut à peu près pas le bois de rose, l'acajou et le citronnier, ce fut l'ébène : de là le nom d'ébéniste donné à l'ouvrier qui s'adonne au placage, nom qu'il a gardé, et qui ne se rencontre pas dans la langue avant le xvii*" siècle.
L'ébène le plus beau est fourni par le plaqueminier-ébène, arbre qui pousse dans les Indes, la Cochinchine, l'Afrique Occidentale, Madagascar. Mais il y en a d'autres, comme celui
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qu'on tire du branma, arbre du Brésil, et qui fut primitivement importé en Europe par les Portugais, d'où son nom " d'ébène du Portugal."
L'ébène était connu depuis le moyen-âge, mais on ne s'en servit, du xiv^ à la fin du xvi" siècle, que pour faire de menus objets de grand luxe, tels que des jeux d'échecs, des boîtes, des manches de couteaux, etc. C'est seulement sous Henri m qu'il devint assez répandu pour qu'on eût l'idée de le débiter en minces lamelles et de l'utiliser en placage : les premiers meubles en ébène plaqué se trouvent, à ce qu'il semble, dans l'inventaire de Catherine de Médicis.
Au début du xvii^ siècle, on commence de l'employer plus fréquemment : par exemple, Louis xiii, encore Dauphin, possède un "cabinet d'Allemagne fait d'ébène." De même, jusque-là, on n'avait guère su le rehausser que par une marqueterie d'ivoire et parfois de nacre ou de quelques pierres de rapport : au xvii^ siècle, on le décore, en outre, de mosaïques, de peintures, de bronzes dorés, de pierres rares (notamment de lapis lazuli et de jaspes), enfin de toutes sortes d'incrustations et de marqueteries en bois exotiques (cèdre, bois de calembour, palissandre qu'on nomme bois de violette, etc.), en argent, en cuivre, en étain et enfin en écaille. Le " meuble de Boulle," c'est essentiellement un meuble plaqué d'ébène, avec une marqueterie d'écaillé, de cuivre et d'étain. Ce n'est pas Boulle qui l'a inventé, comme nous le verrons : mais c'est lui, à ce qu'il semble, qui en a exécuté les spécimens les plus estimés de son temps.
La marqueterie consiste à juxtaposer sur une planche servant de fond des lames de bois, d'écaillé, de métal, etc. selon un patron dessiné, tandis que, pour incruster, on insère des lames dans des creux ménagés à l'avance.
Comment procèdent Boulle et ses émules ? Très simplement. D'abord ils collent ensemble des feuilles de cuivre, d'étain, d'écaillé, d'ébène ou d'autres matières qu'ils découpent ensuite à la scie selon le modèle. En décollant ces feuilles ils obtiennent deux séries différentes : i° La première partie qui est le motif de décoration découpé ; 2° La seconde partie ou contre-partie qui est la plaque de fond demeurante, une fois enlevé le bois découpé. En collant, à nouveau, les divers morceaux sur un fond de bois, si l'on a soin de juxtaposer la première partie d'une des matières utilisées à la contre-partie de l'autre, on obtient des vantaux semblables par le dessin, mais différents d'aspect. Le grand
inconvénient de ce procédé, c'est qu'il produit des meubles extrêmement fragiles. L'écaillé, les métaux, l'ébène ne collent pas très solidement au bois, en effet ; d'autre part, ils sont sujets à "jouer," à se resserrer et à se dilater selon la température. Voilà pourquoi il subsiste très peu de ces délicates merveilles du Grand Siècle : la plupart se sont détruites d'elles-mêmes, et à peu près tous les *' Boulle " que nous connaissons ont dû être très restaurés.
On fit, sous Louis xiv, un usage prodigieux de la marqueterie, jusqu'à composer des parquets d'écaillé, de cuivre et d'ébène. Mais on goûta également beaucoup la mosaïque (assemblage de cubes en pierres rares ou en pâte, formant des dessins de couleurs diverses), travail toscan qu'avaient mis à la mode Marie de Médicis et surtout Mazarin, à ce qu'il semble, et pour lequel Colbert installa des artistes italiens aux Gobelins, tels que les Migliorini, Giacetti et Branchi. On fit en mosaïque une quantité de dallages et de tables, dont on peut encore voir au Garde-Meuble et à Versailles de magnifiques spécimens. Mais la mode en disparut dès le début du XVIII'' siècle.
La plupart des beaux meubles étaient également rehaussés de bronzes dorés, pour lesquels s'unissaient à des sculpteurs comme Domenico Cucci des doreurs comme les Clocquemain. On dorait alors le bronze au mercure, procédé excellent, mais malheureusement funeste à la santé des ouvriers, qui consiste à couvrir le métal d'un amalgame d'or et de mercure, qu'on chauffe ensuite pour volatiliser le mercure. La dorure d'or moulu n'est qu'une dorure au mercure plus compliquée.
A côté de ce mobilier d'ébène à mosaïques de pierres, qui est d'origine italienne, et du mobilier français en marqueterie d'écaillé et de métal, il y avait toute une série de meubles en bois doré, guéridons pour les girandoles, consoles, supports de tables, balustrades, sièges de toute sorte, qui était d'origine italienne également. On y voit ordinairement des figures de ronde-bosse : hommes, femmes, termes, génies ailés, chimères, groupes, enguirlandés, enlacés de festons, sous des frontons de profils compliqués. A la fin du règne, surtout quand les désastres financiers eurent contraint à l'économie, le goût pour le bois doré augmenta au détriment de celui qu'on avait eu jusque-là pour l'ébène à incrustations et les matières précieuses, et les admirables sculptures sur bois des Cafîîeri ou des Lespagnandel, dorées par des artistes comme La Baronnière ou Paul Gougeon, remplacèrent souvent les ■orfèvreries des Ballin, des Villers, des Delaunay, que les malheurs
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de la guerre avaient contraint d'envoyer au creuset de la Monnaie.
Enfin, il est toute une série de meubles qui, pour relativement assez rares, ne doivent pas être passés sous silence : ce sont les laques " de la Chine."
C'est tout à fait au début du xvii* siècle que des marchands durent offrir quelques meubles en laque dans les galeries du Palais ou bien à la foire de Saint-Germain. Héroard nous montre le petit Louis xiii, en acquérant au Palais dès 1614. En 1648, Mazarin possède une " galerie aussi remplie que les boutiques de la foire " de bijoux, étoffes, meubles, chandeliers de cristal, miroirs, vaisselle, gants, rubans, éventails, et "de toutes les jolies choses qui viennent de la Chine." En 1678 l'inventaire de Philippe Charpentier, doyen du Grand Conseil, mentionne également un, fort petit qui, posé sur son pied de même bois, muni d'un tiroir et fermant à un volet meuble en laque, est prisé 12 livres seulement. De même, la Dauphine recevra en présent de la reine de Siam " une petite table de vernis rouge du Japon," et ce sera encore une " cassette de la Chine," cette boîte à ouvrage munie de tout ce qu'il faut pour la tapisserie au petit point que le duc de Bourgogne offrira à sa femme. Enfin on voit des laques aussi bien chez l'archevêque de Bordeaux (1680) que chez le maréchal d'Humières (1694) et chez André Le Nôtre (1700).
En voilà assez pour établir que les chinoiseries, bien que moins en vogue qu'elles ne le seront au siècle suivant, ne s'en trouvent pas moins fort goûtées sous Louis xiv. Et ce n'est pas seulement la laque, ce sont encore les étoffes qu'on apprécie : nous avons eu l'occasion de signaler déjà bien des pièces de ce " satin de la Chine" dont on tendra l'antichambre de Mademoiselle en 1679, lors du mariage de celle-ci avec le roi d'Espagne, ou de cette gaze dont on fait tant de paravents. Mais il s'en fallait que toutes ces laques et tous ces tissus vinssent effectivement d'Orient. Les Gobelins fabriquaient parfaitement des meubles et des étoffes " à la Chinoise," et c'est ce que nous montrent les extraits suivants de l'inventaire de Fontanieu : " Un paravent de six feuilles sur 4 pieds et demi de haut, façon de la Chine, fait aux Gobelins, peint de cartouches, figures, oiseaux et cabanes chinoises, sur fond bleu doublé de damas cramoisi à cartouches, et garni d'un petit galon d'or cloué." — " Deux fauteuils de pareil ouvrage encastré de bois, sculpté d'ornements et figures dorées ; les pieds finis en pied de biche et les dossiers terminés d'une coquille ; le derrière du dossier
^o BIBLIOTHEQUE DE L'ART DECORATIF
est garni de damas cramoisi." — " Un écran aussi de même ouvrage, représentant d'un côté des figures chinoises dans un cartouche fond noir, l'autre côté est de damas cramoisi en plein, garni de petit galon d'or ; le bois à coulisse doré, sculpté de têtes de dragons, terminé d'un masque ayant 4 pieds 5 pouces de haut sur 3 pieds de large."
Enfin il ne manque pas d'inventaires où l'on trouve des étoffes et des meubles " façon de Chine " qu'avaient construits des tapissiers privés, comme ceux-ci qui décoraient la maison de M. Jacques Quiquebeuf, conseiller secrétaire du Roi en 1677 : "Un grand fauteuil . . . couvert de tapisserie de point de la Chine " — " Deux petits fauteuils de bois noirci, façon de la Chine . . ." Certes, ce ne sera qu'au siècle suivant que les chinoiseries auront toute leur vogue, mais l'époque de Louis xiv ne les en a pas moins très vivement goûtés.
I. Le cabinet— Origines— Cabinets de Louis xm et de Mazaein— Cabinets sous Louis