‹ L'ameublement français au grand siècleChapitre 17 sur 44 · DESSIN DE COMMODE, PAR BERAIN · texte numérisé non relu

DESSIN DE COMMODE, PAR BERAIN

Enfin M. Emile M olinier pensait que le cabinet a donné naissance à notre moderne commode, ainsi qu'au bureau, et citait pour preuve deux meubles bien

connus et tous deux conservés au Musée de Cluny, le bureau de Marie de Médicis et celui du maréchal de Créqui (mort en 1638). Il est toujours fort malaisé de déterminer ce qu'on pourrait appeler la filiation des meubles, d'autant plus malaisé qu'il est rare que l'un d'eux soit issu d'une seule espèce des autres. Ce qu'on peut dire de plus certain au sujet de la commode, c'est que son nom ne se rencontre pas avant 1708. Pourtant il est bien probable que le meuble lui-même ait existé longtemps avant son propre nom. M. Molinier a montré en effet que les Inventaires royaux de 1729 appellent commodes les mêmes meubles que

les Inventaires du xvii'= siècle nomment tables en bureau ou tables en forme de bas d'armoire. Et Sobry, d'autre part, déclare dans son Architecture : " Les coffres ou arches sont vulgairement nommés commodes.

COMMODE DE BOULLE. PALAIS DE ^ LeS UnS SOUt Z

FONTAINEBLEAU. \3 couverclcs, les

autres à tiroirs." En somme, il semble que la commode soit née à la fois du coffre, du bureau et du " bas d'armoire " à deux battants, tel qu'on le rencontre par exemple dans la chambre de Mlle d'Aumale. Il nous est resté un bon nombre de belles commodes de Boulle, du dessin de Bérain, qui ressemblent assez souvent à des sarcophages montés sur pieds. On trouve des descriptions de ces commodes en tombeau dans les Inventaires du Mobilier de la Couronne. Mais les deux plus célèbres, véritables parangons du style Boulle, ce sont les deux commodes de la Bibliothèque de l'Arsenal, déjà mentionnées en 1729 par Fontanieu. Formées de deux tiroirs dont les panneaux sont couverts d'une marqueterie d'écaillé noire à arabesques de cuivre, munies de tablettes d'un superbe marbre griotte, elles ont pour supports des sphinx ailés en bronze doré d'une admirable sculpture.

Enfin, il faut dire un mot des armoires, si nombreuses et de toutes tailles qui abondent dans nos collections publiques. Il n'est pas toujours aisé de les dater, même approximativement, pas plus que les autres meubles de Boulle.

Quoiqu'il en soit, on en pourra voir au Louvre de beaux spécimens, par exemple la grande armoire en contre-partie dont le pendant, qui devait pourtant exister, a disparu, ou bien l'armoire à deux battants, divisés en six panneaux rectangulaires, supportant chacun un bouquet de fleurs en marqueterie de bois. Et il faudra admirer également les deux célèbres médaillers de la Bibliothèque Nationale.

Page 1