‹ L'ameublement français au grand siècleChapitre 20 sur 44 · FIN LOUIS XIV · texte numérisé non relu

FIN LOUIS XIV

lits somptueux. Un simple gentilhomme du Midi, le sieur de Plezian (1676), s'honore d'un lit de satin violet dont les pentes et le soubassement sont " en broderies de morceaux de toile d'or, de carreaux d'ouvrage à petit point, et recordonné de fil d'argent," — tandis que l'Inventaire du château de Montpipeau mentionne un lit de velours jaune à ramages, tout doublé de taffetas et rehaussé de frange et mollets de soie. Et l'on pourrait multiplier, d'après M. Havard, les exemples.

Enfin, non seulement chez les magistrats comme Charles de L'Hôpital, qui possède un lit de broderie d'or et d'argent doublé de toile d'argent, entre autres, — mais encore jusque chez des gens de petite condition, on trouve des meubles d'une richesse relativement considérable. Voici un médecin de campagne qui possède un lit de taffetas jaune garni de frange et de frangeon ; la femme du tapissier Poquelin qui dort dans un lit orné de bandes de tapisserie au petit point ; et enfin le lit de Molière que son Inventaire nous décrit ainsi :

" Une couche à pieds d'aiglon feints de bronze vert, avec un dossier peint et doré, sculpture et dorure ; un dôme à fond d'azur, sculpture et dorure, avec quatre aigles de relief de bois doré ; quatre pommes façon de vases, aussi de bois doré ; ledit dôme garni par dedans de taffetas aurore et vert en huit pentes, avec le plafond ; l'entour dudit lit d'une seule pièce, de deux aunes et un quart de haut, de pareil taffetas ; le tout garni de franges aurore et vert ; un dôme plus petit et de pavillon pour le dedans, de bois doré, sculpture façon de campagne ; le pavillon en trois pièces de taffetas gris de lin, brodé d'un petit cordonnet d'or, avec frange et mollet d'or et de soie, et doublé d'un petit taffetas d'Avignon ; ledit dôme garni dedans de pareil taffetas et frange. Une courtepointe de pareil taffetas, frange et mollet, et brodé avec chiffres, doublée de toile boucassine

rouge. Quatre rideaux de deux bekcelonnette. musée Carnavalet, paris.

aunes un tiers de haut, de brocart à fleurs et fond violet, garnis d'agréments d'or faux et soie verte, frange et mollet d'or fin et soie verte ; trois soubassements et trois pentes à campane, garnies de glands or faux et soie verte, avec les cordons et houppes gris de lin et or faux, et vert et or faux, et les houppes fines ; et encore un paquet de soie rouge cramoisi et trois pentes de satin vert, brodées de lames d'or pour rehausser lesdites campanes. Le tout prisé ensemble 2000 livres."

Ce chapitre serait incomplet si nous ne disions, après avoir énuméré tant de couches somptueuses, un mot de l'ustensile indispensable qui les accompagnait, et qui ne devait pas même manquer à ce théâtral lit de bois doré qui était celui du comédien Molière : c'est le pot de chambre.

Les grands savaient donner à cet objet familier tout le luxe qu'il pouvait comporter. Héroard nous a raconté avec quelle ferveur le petit Louis xiii souhaitait de posséder celui de sa sœur Mlle de Vendôme. Le sybarite Mazarin en avait deux : l'un d'argent, l'autre de simple verre, mais que l'on habillait richement d'une " couverte de velours garni d'un mollet d'or." Louis XIV satisfaisait aux nécessités de la nature dans deux vases d'argent à ses armes, dans deux autres pots de rechange et dans un cinquième pot en vermeil. Il en était de cuivre, comme celui du brave curé que nous montre Scarron dans son Roman comique, voyageant en litière avec " son pot de chambre de cuivre jaune, reluisant comme de l'or parce qu'il avoit été écuré dans l'hôtellerie, attaché au côté droit du brancard, ce qui le rendoit bien plus recommandable que le gauche, qui n'estoit paré que d'un chapeau dans un étui de carte."

Et certes tous ces vases étaient beaux ; toutefois ils ne devaient pas laisser de conserver quelque parfum, et ce fut certainement un progrès appréciable que fit le xviii'' siècle dans la voie de la civilisation et du progrès, lorsqu'il substitua aux pots de chambre en métal les pots de chambre en faïence ou en porcelaine.

I. Foyer : poêles— Pincettes— Petxes— Chenets— Ecrans. II. Luminaire— Lampes— Flambeaux et chandeliers— Lustres— Appiiques et girandoles

—Lanternes.

III. Pendules— Bibelots— Filigrane— Pierres rares— Cassolettes— Jouets.

NOS ancêtres se défendaient avec peine contre le froid. Les chroniques et les mémoires du temps nous ont conservé le souvenir de quelques hivers atrocement rigoureux, dont le plus fameux est sans doute cet hiver de 1709 où, à Versailles, le pain gelait sur les tables et le vin faisait éclater les bouteilles. A cette époque pourtant, les cheminées étaient devenues beaucoup plus nombreuses, quoique de dimensions plus réduites, qu'elles ne l'avaient été jusque-là, et on multipliait alors les foyers jusqu'à en placer quatre dans une seule pièce, comme à Marly, nous l'avons dit. Mais ces feux avaient l'inconvénient d'entretenir dans les pièces un perpétuel courant d'air, et la frileuse Mme de Maintenon ne se protégeait un peu contre ces températures glaciales — que le Roi, imperturbable et solaire, supportait si bien, — qu'en se confinant dans ces niches et dans ces chaises à porteurs que ses contemporains nous ont décrites.

Les poêles en terre vernissée, si usités dans les pays du Nord, n'étaient pas inconnus ; mais il semble qu'on ne les appréciait guère, car on ne les employait que rarement. C'est à peine si l'on en trouve deux dans l'Orangerie de St. Germain en 1665, et un à Trianon en 1672, et l'on n'en posera un certain nombre à Versailles qu'au xviii^ siècle. Mais les particuliers montrèrent en ceci l'exemple au Roi. Il y a des poêles dans les demeures privées depuis les dernières années du xvii" siècle, et l'un des premiers cités est celui du maréchal d'Humières en 1694.

Du moins s'eftbrçait-on d'embellir du mieux possible tous les ustensiles des cheminées alors si nombreuses. Jusque-là, on les avait fait assez grossiers. A partir de 1650 environ, les progrès du luxe les rendent infiniment plus riches. Mais ce ne sera guère qu'au xviii^ siècle quand ils ne seront plus destinés à être maniés par les serviteurs exclusivement, qu'ils deviendront légers et commodes comme ils sont aujourd'hui.

Au moyen-âge, ce n'est pas de pincettes qu'on se servait pour remuer les immenses et pesantes bûches qu'on brûlait alors dans les vastes cheminées : on employait de grosses tenailles. Les pincettes n'apparaissent que dans le temps où les cheminées commencent de prendre des proportions plus réduites ; mais à partir de 1630 environ on en trouve partout, même chez les simples bourgeois. Ce n'en serait pas moins une erreur que d'imaginer les pincettes de ce temps fines et légères comme les nôtres : elles demeurent assez semblables encore aux anciennes tenailles, et, lorsque Louis xiv en colère se jettera sur celles de Mme de Maintenon pour courir sus à l'odieux Louvois qui vient de lui apprendre l'incendie de la ville de Trêves, ce ne sera que prudence au ministre de " faire le plongeon " et à la Marquise de se jeter devant le Roi "qui disoit rage à Louvois," et de lui "vouloir ôter les pincettes."

Quant à la pelle à feu, on ne la rencontre guère, à ce qu'il semble, que dans la seconde moitié du siècle. L'Inventaire du Mobilier de la Couronne en 1673 signale "une garniture de feu, composée de pelle, pincettes et tenailles, garnies de vases d'argent d'où sortent des flammes," et "une garniture de feu, composée de pelle, pincettes et tenailles marquées aux armes du Roi."

Pour activer la flamme, on a toujours employé les soufflets. Ceux du moyen-âge n'étaient que des tubes plus ou moins longs, par lesquels on poussait son haleine. Mais les soufflets à ailes, à la mode de ceux d'aujourd'hui, apparaissent dès la fin du xvi" siècle. Pierre de l'Estoile nous parle d'un doreur qui fut pendu en 1608, et dont l'enseigne "Au soufflet vert," rue de la Huchette, était un "soufflet" de ce genre. 'L'Histoire Amoureuse des Gaules rapporte comment Mme d'Olone fit dérober par un de ses amants un magnifique soufflet en peau d'Espagne et bois d'ébène garni d'argent, qui appartenait à Anne d'Autriche. En voici un autre, en ébène également, rehaussé de feuilles et de roses d'argent, que mentionne l'inventaire des Meubles de la Couronne en 1673.

L'AMEUBLEMENT LOUIS XIV

Et l'usage des soufflets était sans doute bien répandu puisque non seulement nous en trouvons un, garni de cuir rouge, chez le maréchal d'Humières en 1694, mais encore que nous en rencontrons jusque chez le comédien Molière en 1673.

Les chenets, sous Louis xiii, sont encore en fer, généralement avec de simples boules en cuivre à leur sommet, mais parfois plus ornés, tels ceux de Malherbe qui représentaient " de gros satyres barbus." En somme, on les appelle encore des landiers bien que le mot de chenet passe déjà pour plus distingué. Vers la fin du règne de Louis XIII, on voit apparaître les cjienêts d'argent. Mazarin en possédera et, en 1684, La Meilleraie également.

Mais c'est surtout chez le Grand Roi que les chenets deviennent d'une extrême richesse. Il en est qui représentent des dauphins, des faunes, des harpies ; d'autres, ciselés par Ballin, figurent des satyres portant des vases dont les anses sont formées par des têtes de griffons ; tout cela haut de trois pieds à quatre pieds et demi, et en argent naturellement. Les particuliers ne sauraient posséder des ustensiles aussi somptueux, et les plus aisés se contentent de landiers argentés ou en fer à pommes argentées, comme le maréchal d'Humières en 1694.

Pour les écrans, ils ne datent guère que de la fin du siècle. Nous avons signalé l'écran à coulisse en broderie qui orne la chambre de Louis xiv en 1708.

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