‹ L'ameublement français au grand siècleChapitre 21 sur 44 · ATELIERS DES GOBELINS. DESSIN DE CH. LE BRUN · texte numérisé non relu

ATELIERS DES GOBELINS. DESSIN DE CH. LE BRUN

Les moyens d'éclairage, à l'époque qui nous occupe, sont bien incommodes en comparaison de ceux dont nous disposons aujourd'hui. Mais de toutes ces bougies la lumière tombe jaune, vivante, chaude pour l'œil, et la beauté n'y perd rien.

io8 BIBLIOTHEQUE DE L'ART DECORATIF

On n'ignorait pas les lampes, mais elles étaient encore primitives : ce n'étaient que des récipients pleins d'huile où trempait une mèche. Ces appareils éclairaient mal, sentaient fort et faisaient une prodigieuse fumée ; de plus il y fallait veiller sans cesse, couper la mèche, voir à ce qu'il se trouvât suffisamment d'huile dans le récipient. . . . Aussi ne regardait-on les lampes que comme un moyen d'éclairage à bon marché, peu estimé des riches, et généralement réservées à des usages religieux : à Versailles on n'en trouve guère que dans la chapelle, et fort richement ciselées. Toutefois, vers la fin du siècle, apparaît la lampe inventée, sous la Renaissance, à ce qu'on croit, par le savant Jérôme Cardan. C'était, dit Furetière, " une petite colonne de cuivre bien bouchée partout, à la réserve d'un petit trou par en bas au milieu d'un petit goulot où se met la mèche, car l'huile ne peut sortir qu'à mesure qu'elle se consume et fait découvrir cette petite ouverture." L'explication n'est pas bien claire ; quoi qu'il en soit, ce n'est sans doute pas trop s'avancer que de supposer que cet appareil n'était pas d'une commodité extrême.

En somme, on ne s'éclairait guère que par des chandelles, des bougies, des flambeaux. Car ce qu'on nommait alors " flambeaux," c'étaient plusieurs mèches placées dans de la cire ensuite refroidie ; et il y avait, outre les flambeaux ordinaires, de forme ronde, des flambeaux carrés, fort grands, destinés à être portés en main par les laquais, et aussi des flambeaux en forme de pyramide pour éclairer la table à manger.

Ronds ou pyramidaux, les flambeaux se plantaient dans les "chandeliers." Le mot paraissant bas, on prit coutume de le remplacer par celui de "flambeaux," qui désigna ainsi, vers le milieu du xvii^ siècle, non plus seulement le contenu, mais encore le contenant, comme de nos jours. Le terme de "chandelier" ne tomba pas en désuétude toutefois, mais il semble qu'il ait signifié de préférence des récipients plus petits. — Les flambeaux et les chandeliers sont en nombre immense à Versailles ; et il en est de toutes matières : le plus souvent en argent ou en métal ciselé, mais aussi en cristal, en filigrane, etc. ; toutefois le cuivre ou le bronze doré restent rares. Quant à la forme des flambeaux, elle est infiniment variée : il y en a de ronds et de carrés, tels ces " quatre petits chandeliers à la financière, portés sur des pieds à ballustres, hauts de cinq pouces, gravés des armes du Roi " ; d'autres en vermeil, parfois si menus qu'ils ne pèsent qu'un marc six onces ou bien pyramidaux avec un grand nombre de branches ; et tout

L'AMEUBLEMENT LOUIS XIV

cela est travaillé et sculpté avec art : voici un chandelier de Merlin dont les branches sont soutenues par deux termes d'hommes et deux termes de femmes, " sur le corps duquel il y a un vase rempli de fruits et de fleurs et quatre cupidons assis autour " ; en voici encore de démontables, et dont les branches s'attachent sur des têtes de vieillards ou bien sur des têtes de satyres. Les formes varient à l'infini, comme la fantaisie des artistes.

Le mot de " lustre " désignait aussi bien ce que nous nommons aujourd'hui ainsi, que les flambeaux et les chandeliers, et par contre on appelait souvent "chandelier " ce que nous nommons " lustre." L'Inventaire de Guillaume Catala signale en effet, en 1635, " au milieu de la salle, pendu au chevron, un chandelier de bois pour tenir quatre chandelles." Et ceci nous montre que l'usage des lustres de bois persista jusqu'au milieu du xvii^ siècle. Toutefois, depuis longtemps, leur malpropreté forcée, autant que le danger d'incendie qu'ils présentaient, leur avait fait préférer les lustres en métal.

Il y eut de ceux-ci durant tout le xvii^ siècle, souvent magnifiques : Boulle en fit.

On les accompagnait généralement d'une glace, tout de même que les appliques en bronze doré, dont on trouve des spécimens notamment dans la chambre de Mme Fouquet et dans celle du maréchal d'Humières. Ces lustres et ces bras de lumière en métal dépendent de l'art flamand plus que de l'art italien ; ce que nous avons emprunté à l'Italie, ce sont plutôt les lustres et les girandoles en cristal de roche.

Ces instruments d'éclairage en cristal doivent dater du milieu

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