FAUTEUIL FIN LOUIS XIV. TAPISSERIE GENRE BÉRAIN
serge, d'autres d'étoffes plus luxueuses : brocatelle, brocart, velours, damas, cuir doré, toile peinte, tapisserie, voire de " papier peint de la Chine " comme le paravent du maréchal d'Humières. Mazarin en possède un de huit feuilles, " en deux pièces de serge à deux envers, rouge cramoisi, montées sur leurs châssis de bois de hêtre " ; un autre comprenant une " porte à double face de serge cramoisie," garni de petits passements d'argent doré : et la mention de cette porte donne à penser que le paravent auquel elle s'ajustait devait être assez considérable pour former une sorte de petite pièce dans la grande, — Le château de Versailles, sous Louis XIV, contient une quantité de ces meubles utiles. Après la visite des ambassadeurs du Siam, les paravents de la Chine en soie brodée deviendront même si fort à la mode et ils se répandront tellement que l'on en viendra à dire, pour désigner une figure grotesque : C'est un Chinois de paravent. Si bien qu'à la longue on finira par croire que ce sont les Chinois qui ont inventé les paravents. Voici, pour ne citer qu'un exemple, d'après l'inventaire de Fontanieu conservé aux Archives Nationales : " deux paravents de chacun huit feuilles de gaze de la Chine sur six pieds de haut, représentant des personnages, animaux et paysages, la gaze dans des bordures de laque rouge et or, représentant des animaux et paysages ; il y a par bas un petit soubassement de bois peint vert et or."
Quant aux alcôves, non seulement elles s'étaient multipliées mais encore elles étaient devenues des sortes de cabinets, " où l'on plaçoit d'ordinaire," dit Furetière, "le lit et des sièges pour la compagnie." Même on était venu à en ménager, non seulement dans les chambres, mais encore dans d'autres pièces. Et on les parait avec une somptuosité extrême. On en voyait une chez Fouquet, toute garnie de satin cramoisi. La présidente Tubeuf en avait une autre dont la tenture était composée de bandes de tapisserie au petit point alternant avec des bandes de velours noir. Molière dormait dans une alcôve tendue d'un taffetas rouge que retroussaient des franges et du mollet de soie aurore. Une balustrade d'alcôve, à Versailles, en 1684, n'était en rien de moins qu'en argent ciselé, pesait plus de 4000 marcs, et valait peut-être 500,000 frs. de notre monnaie.
Enfin les cabinets demeurèrent à la mode sous Louis xiv et devinrent plus luxueux qu'ils ne l'avaient encore été. Tout leur ameublement, — tentures, portières, paravents, lits de repos, tables, fauteuils, chaises, tabourets, etc. — fut garni de brocart, de damas.
L'AMEUBLEMENT LOUIS XIV
de satin, de velours, de broderies d'or et d'argent. Au début du règne, le grand Roi offre à La Vallière le mobilier de deux cabinets : l'un est tout en broderies à fond d'or et en velours rouge cramoisi, et il se compose de six fauteuils, six chaises, six pliants et d'une grande tapisserie ; l'autre comprend une grande tapisserie également, deux fauteuils, deux chaises, six pliants, le tout monté sur bois doré, couvert en velours rouge et en brocart lamé d'or, garni de franges d'or et d'argent. Le cabinet où se tient habituellement Mme de Maintenon est meublé d'un canapé, d'un fauteuil et de huit tabourets de velours rouge, de deux fauteuils et dix-huit pliants de taffetas ou damas cramoisi, d'un meuble en marqueterie de bois sur fond d'ébène, de deux bureaux, deux guéridons et cinq ou six tables à jeu ; les murs en sont tendus de brocart d'or à fleurs d'or frisé, les fenêtres garnies de rideaux en taffetas rouge, orné de galons et de broderies d'or comme les meubles : bref c'est ce que nous appellerions un salon. Salons aussi, pour nous, les cabinets des Médailles, des Livres, de la Chine, des Agates, des Perruques, et le Cabinet du Conseil. Et les princes et les particuliers se ménagent des cabinets presque aussi grands que ceux-là, sinon aussi riches. Seul le cabinet de toilette manque : le premier endroit venu du logis, la chambre à coucher, une salle quelconque, semble suffisant à abriter les soins de propreté, et ce ne sera que vers la seconde moitié du xviii^ siècle qu'on verra apparaître dans les maisons le cabinet de toilette, mais non pas encore dans toutes, tant s'en faut.
La toilette existe cependant au xvii' siècle, mais ce n'est pas un meuble qu'on appelle ainsi. Le mot avait servi d'abord à désigner les morceaux de toile dans lesquels on enveloppait toutes sortes de choses, comme des vêtements, et notamment les objets nécessaires à se nettoyer et à se parer, tels que peignes, brosses, pinces, etc. Quand on voulait user de ces ustensiles, on dépliait sur