LA FIN DE L'ART DÉCORATIF DE LA RENAISSANCE
LES troubles produits par les guerres de religion portèrent un premier coup à la prospérité de la fabrication du meuble en France ; mais l'on n'y trouverait cependant pas la cause de sa décadence à partir de la fin du xvie siècle. C'est comme une loi, dont il serait difficile assurément de trouver la raison d'être, mais qui se répète avec régularité. Il semble que chaque forme d'art porte en soi des éléments qui s'épuisent à la durée : ou bien c'est l'affaiblissement, l'effacement progressif qui consume les forces créatrices ; ou bien l'art se perd par l'exagération même des formules auxquelles il avait dû son succès. L'inspiration créatrice fait place à la "manière," et la "manière," privée de l'inspiration qui féconde et vivifie, tombe dans l'excès, dans les formes outrées, sous couleur de se perfectionner ou de produire du nouveau.
Parmi les écoles provinciales, l'école de Bourgogne, qui paraissait remplie d'une sève si abondante, fut la première à donner des signes de décadence. Les artisans semblaient perdre foi en leur œuvre. Les parties sculptées des meubles vont comme se détachant les unes après les autres, pour faire place à des ornements étrangers à l'art du " fustier." Cette belle, franche et saine décoration, qui donnait toute leur beauté aux lambris, aux tables ou aux bahuts par la manière dont le bois était " taillé," est remplacée par des incrustations, de plus en plus fréquentes, de pâte, de nacre, d'ivoire. Le huchier-menuisier disparait pour faire place à l'ébéniste. Au début du xvne siècle, on constate encore chez nos artisans quelques efforts, pour lutter contre l'invasion de plus en plus absorbante des procédés étrangers ; mais, de jour en