MUSÉE DU LOUVRE
faunes en gaines, des dieux termes et des chimères, des formules académiques. On pourra consulter, pour s'en rendre compte, les gravures placées à la fin de ce livre, notamment le bahut Louis xin, conservé au palais de Fontainebleau que l'on trouve reproduit à la page
Peut-être, pour produire les meubles de cette façon nouvelle, les artisans devaient-ils être plus habiles que leurs devanciers ; — ne devaient -ils pas y faire preuve des qualités d'un véritable sculpteur ? — mais l'effet décoratif n'en est pas plus heureux ; il semble au contraire moins en harmonie avec l'objet même qu'il devrait faire valoir.
Ajoutez que, tout en faisant preuve d'une technique et d'une habileté manuelle très grande, comme en témoigne la sculpture même de ces figures académiques, l'artisan est moins artiste que son prédécesseur. Il copie plus étroitement les modèles qui lui sont mis sous les yeux ; sa dextérité est devenue plus grande :
son génie d'invention a incontestablement faibli.
En écrivant les pages qui précèdent nous avons eu plus particulièrement en vue le mobilier "civil," si l'on veut bien nous passer cette expression, les meubles destinés aux résidences seigneuriales et aux maisons bourgeoises.
ARMUIKT. incrustec, BTYLB lyonnais. PIN 1)1
X\ll MU II.. Ml -M. DU LOUVRE.
LE STYLE DE LA RENAISSANCE
Les mêmes observations s'appliqueraient aux meubles d'ordre religieux, aux stalles et aux portes des églises notamment : avec cette remarque que la persistance du style médiéval, sa juxtaposition au style Renaissance y ont subsisté, et d'une manière plus caractérisée encore, beaucoup plus longtemps.
Telle fut, envisagée en un coup d'œil d'ensemble, l'évolution du style à l'époque de la Renaissance. Nous avons encore à l'examiner de plus près, en cherchant à caractériser si possible les diverses écoles locales qui ont pu se former dans le mouvement général.
Nous savons, il est vrai, que l'existence de ces écoles locales a été contestée par des écrivains de valeur, notamment par Emile Molinier. Ce dernier a fait valoir que les artisans de l'époque se déplaçaient fréquemment; qu'ils faisaient leur tour de France; accueillis avec faveur dans une ville, il leur arrivait de s'y fixer et d'y produire ensuite des meubles dont le style n'était pas celui de la région où ils se mettaient à travailler, mais celui de leur pays d'origine. Cette remarque est juste. On peut dire aussi que l'invention de l'imprimerie, la diffusion des livres à gravures, répandirent dans les diverses provinces des modèles, des dessins, que les ateliers reproduisaient à l'envi. Les dessins de tel ornemaniste Parisien étaient copiés par des artisans de Toulouse ou de Dijon. De ces faits résulte une difficulté plus grande de caractériser les styles provinciaux, de dessiner ce qu'Edmond Bonnaffé a appelé " la géographie du meuble " ; il n'en demeure pas moins vrai que, quand on jette sur les diverses productions provinciales, l'une après l'autre, un coup d'œil d'ensemble, en faisant abstraction des exceptions dont les causes viennent d'être indiquées, on découvre à chacune d'elles quelques traits particuliers qu'il importe de dégager.
Le style de l'Ile de France se distingue par sa simplicité, comparativement à celui des autres provinces, et par