MUSÉE CARNAVALET, PARIS
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temps toutes ces mentions restent très vagues. Elles ne vaudraient même pas que nous nous y arrêtions si l’importance des sommes payées pour ces travaux n’attestaient pas le mérite de l’artiste.
Mieux que les documents, d’ailleurs, les œuvres vont nous parler de Jacques Caffieri.
Le XVIII® siècle a-t-il rien produit de comparable à la grande caisse d’horloge en bronze doré conservée au palais de Versailles? L’ingénieur Passemant en avait inventé la pendule astronomique, dont le mouvement avait été construit par l’horloger Dauthiau. Il l’avait soumise à l’Académie des Sciences le 23 août 1749. Le 7 septembre suivant, le roi en reçut l’hommage, à Choisy, et en fut si satisfait qu’il commanda à CafReri une caisse digne de conserver cette merveille chronométrique. L’artiste mit trois ans à l’exécuter. En janvier 1754 ce chef-d’œuvre de ciselure fut placé dans la salle voisine de la chambre à coucher du roi, qui en prit le nom de “ salon de la pendule.” C’est là qu’elle fut replacée, et s’offre encore à notre admiration, après avoir été rachetée par l’Etat sous le règne de Louis-Philippe.
Paul Mantz se montre sévère pour cette boîte monumentale, qu’il compare “ à une figure humaine qui aurait pour tête une sphère de cristal et porterait un cadran sur la poitrine, mais à qui l’ingrate nature aurait refusé des bras.” Certes on peut lui préférer certains cartels, tels que celui de l’ancienne collection Rodolphe Kahn, et celui de la collection du comte de Castellane dont Emile Molinier a donné la reproduction. Mais cette horloge n’est pas seulement le plus extraordinaire morceau de ciselure qui soit sorti de l’atelier de CafReri, c’est aussi le plus parfait modèle de style rocaille, le plus original, le plus imprévu, le mieux conçu pour le choix et la disposition des motifs décoratifs. Sur les côtés on lit la signature : “ Les bronzes exécutés par CafReri ” “ les bronzes sont composés et exécutez et composé (sic) par CafReri.”
C’est cette même signature : “CafReri à Paris 1751 ” qu’on retrouve sur le plus important des bronzes de la collection Wallace, cet admirable lustre provenant de Modène, d’où l’avait rapporté le baron Davilliers. Il avait sans doute été offert par Louis xv, avec tout un ensemble d’autres lustres et bras de lumière, à l’infant
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d’Espagne don Philippe, lors de son mariage avec Louise Elisabeth de France. L’élégance de cette fonte, d’un caractère
DÉCORATION INTERIEURE ROCAILLE, d’aPRÈS J.-A. MEISSONNIER.
et d’une grandeur exceptionnels, dont les quatre bras à trois lumières se détachent horizontalement d’une tige ajourée, n’a d’égale que celle des charmants petits lustres, non signés, mais indiscutablement de Caffieri, possédés par la bibliothèque
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Mazarine. Dans ces derniers ouvrages, parmi les attributs portés par des amours, assis sur les tiges, figurent trois tours. Faut-il y reconnaître les armes de la marquise de Pompadour ? Emile Molinier se posait la question : nous aimerions pour notre part à reporter au château de Bellevue l’origine de ces petits chefsd’œuvre de modelage et de ciselure.
Nous pourrions citer, après A. de Champeaux et E. Molinier, bien d’autres ouvrages de bronze portant la marque Cafiieri, sans aucun prénom. Encore, aux yeux des profanes, resterions-nous incomplet, car les catalogues de ventes, dans le but d’en rehausser la valeur, attribuent aux célèbres ébénistes-ciseleurs d’innombrables pièces marquées d’un C surmonté d’une fleur de lys. Mais il faut en rabattre. Ce poinçon, qui figure sur des bronzes très ordinaires et même imparfaits, n’a jamais appartenu à Caffieri ni à aucun autre maître. C’était très probablement la marque de contrôle des jurés de la communauté des fondeurs, qui estampillaient ainsi les bronzes destinés à l’ameublement pour arrêter la fabrication clandestine des ébénistes. On peut encore y voir un poinçon de garantie pour la dorure, cette belle dorure au mercure, brillante et loyale, du xviiF siècle. ^
Avec la commode de la collection Wallace, nous rentrons dans le domaine de l’ébénisterie. Mais c’est encore ici le bronze qui règne en maître. Comme dans les œuvres de Cressent, mais avec plus de surabondance encore, les ornements envahissent les surfaces. L’élégant profil conçu par les frères Slodtz — le dessin du meuble, comme pour le médaillier du roi, est conservé à la Bibliothèque Nationale — disparait sous les moulures, les rinceaux, les reliefs énergiques magistralement ciselés. Ce monument de richesse et de splendeur, comme l’appelle Paul Mantz, cette fois mieux inspiré, nous apparait enlacé d’un véritable réseau d’or moulu.
Il n’est cependant pas bien sûr que ces cuivres admirables ne soient encore surpassés par ceux du fameux bureau de Choiseul possédé par le prince de Metternich. Le ministre des Affaires étrangères de Louis xv a-t-il rédigé sur cette table célébré les articles du Pacte de famille ? Le meuble lui-même lui a-t-il jamais appartenu ? Que nous importe ! Il est assez beau pour se
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passer d’attribution historique. Sur la face principale, entre deux pieds chantournés disposés en console, une figure de femme à micorps s’érige d’un médaillon rocaille, et semble soutenir la tablette. Dans les angles, des figures d’enfants. Tout le long de la ceinture, un somptueux et large bandeau. A l’extrémité opposée, le serrepapiers, véritable monument d’architecture, couronné d’un rocher chargé de personnages mythologiques. Ce beau meuble n’est pas signé, mais nul n’a jamais songé à le refuser à Cafiieri. On y reconnaît les pieds de la boîte d’horloge de Versailles : plus encore, on y retrouve les qualités et les défauts du maître : une fonte et une ciselure admirables, une exubérance de rocaille presque folle, une originalité qui confine à la bizarrerie à côté de détails charmants et parfaitement élégants, un enrichissement si extraordinaire que le métal prend la place du bois. Ce n’est plus une œuvre d’ébénisterie, c’est un véritable bureau de bronze.
Auquel des deux Caffieri faut-il donner ce chef-d’œuvre ? au père, au fils, à tous les deux ?
L’incertitude qui s’attache à leur carrière nous empêche de nous prononcer. N’oublions pas cependant qu’avant les travaux de M.
Guifirey, la renommée ne connaissait que Philippe, et que si les jugements de la postérité sont souvent sujets à révision dans les détails, il est rare qu’ils ne restent pas justes dans l’ensemble. Philippe, qui succéda à son père dans les châteaux royaux de Versailles, de Choisy, de Saint- Hubert, de Compiègne, de Fontainebleau, où les Comptes des bâtiments nous le montrent occupé jusqu’en 1769, partagea ses travaux — nous le savons par l’abbé de Fontenay — dans les dernières années de sa vie. Pourquoi les pièces signées médailuer, par chaules cuessent.
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Caffieri, sans prénom, ne seraient-elles pas le produit de cette collaboration artistique? Le vieux ciseleur, né en 1678, devait être trop attaché à la manière de Boulle, dont sa jeunesse et son âge mûr avaient vu le triomphe, pour se plier, à soixante-dix ans passés, aux folles imaginations de Meissonnier et de la nouvelle école. C’était plutôt l’affaire d’un jeune homme comme son fils.
La question serait tranchée si nous possédions des meubles signés Philippe Caffieri, mais aucun n’est parvenu jusqu’à nous. Disparu le coquillier, plaqué en bois de violette par Oëben et monté en bronze doré, pour le cabinet du peintre François Boucher ; disparu le grand coquillier en forme d’armoire, accompagné de sa table de bureau, d’un secrétaire et d’une écritoire, de la vente La Live de Jully, en 1770. Tout ce que nous connaissons d’authentique, ce sont des bronzes d’église : la garniture d’autel de la cathédrale de Bayeux, portant la légende “ Inventé et exécuté par Philippe Caffiery l’année 1771. Doré par moi Pierre François Carpentier, à Paris, en 1771,” et le candélabre pascal de Clermont, estampillé de la marque : “ Inventé, exécuté par Philippe Caffieri Laisné à Paris en l’année 1771.” Le garde-meuble conserve également un pied de vase “fait par P. Caffiery en 1761.”
Et c’est tout ce qui nous reste de celui que ses contemporains qualifiaient “ d’artiste si célèbre,” à une époque où les maîtres abondaient dans toutes les branches de l’art industriel, de ce producteur infatigable, dont une lettre, publiée par M. Guiffrey, nous décrit l’atelier, étalant pour la seule année 1771 plus d’une dizaine de modèles nouveaux : “ tels qu’un feu pour un salon de guerre, représentant le dieu Mars accompagné de trophées et donnant des ordres à Bellone ; . . . une petite pendule de cheminée représentant un globe céleste, sur lequel d’un côté, pendant que les heures tournent, est un Amour de l’étude qui compassé le tour du Soleil ; d’un autre côté un autre Amour, qui d’une main indique l’heure et de l’autre main tient une tourterelle, pour avertir qu’il faut mêler l’étude avec le plaisir et l’amusement ; . . . un feu d’une autre idée toute neuve, qui n’a jamais été exécuté, pour un salon de chasse, représentant en pendant deux cerfs que la fureur provoque au combat et qui s’y précipitent. . . .
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L’invention nouvelle en a été exécutée pour la première fois pour le roi à Saint-Hubert. S.M. en fut si contente qu’elle eut la bonté d’en faire compliment à M. Caffieri.”
Le cas, malheureusement, n’est pas unique dans l’histoire de l’ébénisterie. Bien d’autres maîtres se sont jusqu’à ce jour dérobés aux investigations des curieux. Les uns, que l’on sait avoir travaillé pour le roi, comme Jean-François Guesnon, menuisier ordinaire du Cabinet ; Pleney, menuisier de la Chambre ; Renaud, rue des Vieilles-Tuileries, menuisier du duc de Penthièvre ; Voisin, qui fit des meubles pour Versailles de 1735 à 1751 ; Benoit Chéri, Roussel, P. Bunart, cités avec éloges dans les catalogues Blondel de Gagny, Boucher et Bonnemet ; Pierre Meusnier, qui avait fourni les meubles de Mme Geoffrin, ne nous ont transmis que leurs noms. D’autres, plus favorisés, ont laissé leur estampille sur des meubles de choix conservés dans les collections publiques ou privées : Bondin, rue Traversière-Saint-Antoine ; Olivier, auteur d’un coffre à secret en marqueterie conservé au musée de Cluny ; Pierre Garnier, représenté au musée de Kensington par une petite table coquette; Jean -Pierre Lathuile, qui demeurait rue Levêque, et Jacques Dautriche, au faubourg Saint - Antoine, dont le Garde-meuble possède deux belles commodes ; Delorme, auteur d’une charmante table en marqueterie, à dessus de marbre bleu turquin, qui, après avoir appartenu à Mme de Campan, est passée dans les collections Double et de Camundo.
Mais nous nous en voudrions de passer sous silence l’ébéniste du roi Migeon, qui demeurait au faubourg Saint-Antoine et qui a signé
E?JCOIONURE EN MARQUETERIE, AVEC APPLIQUES DE BRONZE. COLLECTION LYNE STEPHENS.
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la superbe table à écrire du Ministère des Affaires étrangères aujourd’hui au Louvre, et une commode en bois de rose au chiffre du Dauphin, autrefois dans la collection Lefrançois de Rouen.
C’était un singulier spécialiste, à qui la marquise de Pompadour, à en croire d’Argenson, fit mille écus de pension “pour lui avoir fait une belle chaise percée.” Pour une seule chaise ? c’est peut-être bien cher. La vérité, c’est qu’il fournissait la cour et la famille royale de meubles intimes de grand luxe dont Louis xiv et les dames de son siècle s’étaient parfaitement passé. Les Comptes des bâtiments^ de 1747 à 1754, énumèrent complaisamment les chaises d’affaires, les tables de nuit, les fauteuils de commodité, les petits meubles de toilette plus intimes encore qu’il exécutait en acajou, en bois de violette, en merisier, en noyer, et qu’il recouvrait de maroquin, de velours bleu, jaune, cramoisi, décoré de galons d’or et de clous dorés. Pas plus que Mme de Pompadour, Mmes Adélaïde et Victoire de France, Mmes Louise et Sophie de France ou l’infante de Parme, ne pouvaient se passer de cet homme indispensable. Nous n’insistons pas sur un sujet un peu scabreux. Il était bon cependant de faire remarquer, qu’ avec la société polie et aimable de Louis xv, les soins de propreté avaient pris une importance dont les Mémoires de Saint-Simon nous attestent l’absence presque complète à la cour du roi Soleil.
Le style Pompadour— Meubles à l’antique— J. F. Oëben— Le bureau du roi— Détails DE SA construction— Répliqués faites par Riesener— Les ébénistes de la fin du RÈGNE DE Louis XV.
NOUS voici arrivés à la période historique à laquelle on a attaché, probablement bien à tort, le nom de Mme de Pompadour, au retour vers les formes modérées, vers la sagesse relative. La découverte de Pompéï en 1755, la publication des fouilles d’Herculanum, commencée en 1757, ont mis l’antique à la mode. Les dessinateurs rapportent d’Italie des modèles de meubles et de décoration. Vien, dans son école, prêche avant David le retour au classique. “ A l’antique,” “ dans le goût antique,” voilà les termes qui reviennent le plus souvent dans les descriptions de mobiliers de la fin du règne. Mais la vitalité du goût national est telle que cette infusion d’antiquité, loin de nuire à son originalité, lui donne une saveur nouvelle. Il se produit pour le meuble ce qui s’est passé pour l’architecture, à l’époque de la Renaissance, et ce qui devrait faire réfléchir tous ceux qui, chauvinistes à outrance, proscrivent les influences étrangères dans l’art industriel. Ebénistes et dessinateurs de Mme de Pompadour voient l’antique à travers les pastorales de Boucher et de Huet. Comme autrefois Philibert Delorme et ses émules, ils croient parler latin et s’expriment en excellent français.
Ne pensons donc pas que les maîtres de cette époque aient rien à envier à leurs prédécesseurs. Ils en ont gardé l’élégance, le luxe, la technique irréprochable, mais ils ont ramené les fantaisies de la rocaille à un décor plus sagement distribué et plus pur de
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goût ; ils ont rendu au bois la première place en ramenant le bronze à son rôle purement ornemental, en corrigeant les écarts d’une charmante, mais un peu folle imagination. Nous allons trouver toutes ces qualités dans les œuvres d’Oëben, un des meilleurs ébénistes du règne.
D’où venait-il ? Était-il étranger ou simplement fils d’étranger ? E. Molinier, après A. de Champeaux, s’est posé la question. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il était élève de Charles Boulle le fils, qui lui avait sous-loué une partie de son logement aux galeries du Louvre. En 1754, sans doute à la mort de son maître, il obtient le titre d’ébéniste du roi, et, comme le logement du Louvre venait d’être concédé à un autre ébéniste, Louis Galloche, le roi lui accorde un atelier dans les dépendances de l’Arsenal. C’est dans son magasin que Lazare Duvaux se fournissait de 1758 à 1759. Il avait épousé Marguerite Van der Cruse (fille d’un ébéniste du faubourg Saint-Antoine), qui continua à gérer l’établissement après sa mort vers 1765. Elle épousa bientôt son premier garçon Henri Riesener (mai 1767).
Voici tout ce que nous savons de Jean-François Oëben. C’est peu, ce n’est pas assez. Pour comble de malchance, le mystère est encore obscurci du fait qu’il a dû exister à la fois deux ébénistes du roi portant le meme nom. Les Tablettes de la Renommée de 1772 citent Hobenne aux Gobelins et la veuve Hobenne à l’Arsenal. Quand Jean-François Oëben est admis à la maîtrise en 1764, il demeure aux Gobelins : en 1787 c’est la veuve Simon Oëben qui y exerce sa profession. Seule une étroite parenté, probablement celle de frère à frère, peut expliquer ces échanges ou ces confusions de domicile.
Nous ne serions pas mieux renseignés sur le mérite d’Oëben, — en dehors de son brevet de logement à l’Arsenal et de quelques meubles qui portent son estampille : un secrétaire et un chiffonnier en marqueterie au Garde-meuble, deux encoignures au musée de Kensington, et deux grands chiffonniers cités par A. de Champeaux — si nous n’avions pour en témoigner un meuble admirable, et si ce seul chef-d’œuvre ne suffisait à rendre son
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nom immortel. Nous voulons parler du bureau du roi au Musée du Louvre.
Le bureau du roi ! Qui ne connait ce meuble unique, ses tableaux de marqueterie représentant des attributs royaux, des bouquets de fleurs, la poésie dramatique et la poésie lyrique, le feu et l’air, la marine et la guerre ; ses figures de bronze doré, Apollon et Calliope, placées de chaque coté du cylindre à la Kaunitz, et tenant des girandoles à deux branches : son bas-relief en cuivre doré sur la caisse, où sept amours caractérisent les arts de Minerve ; ses plaques de biscuit enserrées dans des médaillons de bronze sur les faces ; sa pendule, ses vases, ses cassolettes et
sa galerie de bronze doré en couronnement. L’accord est unanime. Aucun meuble d’une telle pureté de formes, d’une simplicité de lignes aussi élégante, d’un dessin aussi logique, d’un goût aussi achevé dans le décor, et d’une technique aussi impeccable dans l’exécution n’est sorti des mains d’un ébéniste français. C’est cette pièce incomparable qu’on cite en première ligne quand on cherche un bel exemple de mobilier Louis xv.
Ce qu’on connait moins bien, et cependant ce qu’il est utile de rappeler, ce sont les maquettes, les dessins, les projets, les essais, les recommencements, les minutieux travaux d’ébénisterie, de menuiserie, de fonte, de ciselure et même de mécanique qu’entraîna une pièce de cette importance et qui ne durèrent pas moins de neuf ans, de 1760 à 1769, exigeant du trésor royal une dépense
totale de 62,98 5 livres, à peu près 250,000 francs de notre monnaie. Il mériterait une reproduction intégrale, ce curieux Mémoire des ouvrages faits pour la perfection du bureau de Sa Majesté^ dont la découverte revient à M. Germain Bapst, et que E. Molinier a publié in-extenso. Contentons nous ici de quelques extraits qui suffiront à donner une idée du soin qu’on apporta à la “ perfection ” de ce plus parfait des meubles :
“ Premièrement, avoir fait un modèle en petit, fait en cire tous les différents objets des bronzes, fleurs, figures et autres sujets, avoir fait peindre en couleurs naturelles tous les projets de marqueterie, comme trophées, attributs et autres, de différentes façons, pour donner l’idée de toutes les parties qui doivent le composer. . . .
“Fait un bâti en grand, de bois de Vosges (?), chantourné et cintré suivant le dit modèle et dessin, l’avoir assemblé de façon qu’il se puisse démonter à cause des bronzes et figures, avoir modelé sur le dit bâti tous les ornements, figures, guirlandes, fleurs, vases, cassolettes, pendule, moulures, quart-de-rond et palme, telle que la chose devait être en bronze. . . .
“ Avoir fait les coupes des dites cires, les avoir moulées en plâtre, avoir fait les creux et fondu en cire pour les tirer d’épaisseur, avoir fondu en étain toutes les fleurs, avoir fait les figures et enfants en plâtre, ainsi que plusieurs bas-reliefs, avoir fait des modèles en bois de tout ce qui se peut appeler architecture, avoir fait fondre sur toutes les dites cires et modèles les cuivres pesant plus de cinq cents livres, tous lesquels ont été ajustés, sortant de la fonte, sur le bureau pour la première fois pour donner à toutes les parties un bon ensemble. . . .
“ Avoir fait ciseler toutes les fontes, ornements, fleurs, guirlandes, bas-reliefs et palmes ’et autres avec une très grande précision, avoir fait monter tous les bronzes ciselés et moulures sur le dit bâti, en observant que le tout soit arrêté avec des vis et écrous en dedans non apparents et bien solidement. . . .
“ Avoir fait refondre la grande corniche, la première n’ayant pas servi à cause de l’inégalité d’épaisseur reconnue après qu’elle à été soudée et ajustée. . . .
“Avoir fait tracer sur le dit bâti le contour des panneaux et fait les placages du fond en bois d’amarante au pourtour du bureau, même dessous les bronzes, l’avoir découpé et mis des filets blancs et noirs au pourtour de chaque panneau.
“Avoir fait peindre tous les dessins de la marqueterie au nombre de vingt deux en deux fois, les avoir découpés et collés sur les différents bois de couleur, pour les nuances et ombres, dont plusieurs ont été faits différentes fois pour trouver le vrai du dessin.
“ Avoir exécuté le dit dessin en marqueterie, composé d’une quantité de trophées, attributs de la royauté, les poèmes dramatiques, la guerre terrestre et la marine, le globe terrestre et les attributs de la géométrie, le globe céleste avec les attributs de l’astronomie, plusieurs pièces représentant des fruits, cornets d’abondance, la richesse de la terre, comme raisin, pêche, fraise, grenade, et autres, les richesses de la mer, comme corail, perles, coquilles et autres, l’attribut d’écriture, quantité de fleurs et bouquets attachés à des rubans, les chiffres du roi, plusieurs panneaux de mosaïque très ouvragés, des feuilles d’ornements dans le goût de Boulle, tous les trophées et attributs posés sur des pierres de marbre en pièces de rapport de différentes couleurs de bois et une quantité d’ouvrage impossible de pouvoir détailler. . . .
“ Plaqué tout le dedans des tiroirs de bois de rose, ainsi qu’au côté des tiroirs avec tout le soin possible, et observé que le tout soit aussi bien rendu et coloré que la peinture, ce quia coûté un temps considérable pour trouver les assortiments du bois convenable, ce qui a occasionné à recommencer plusieurs fois à cause de la quantité des différentes
teintes. . .
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“ Avoir fait différentes mécaniques pour trouver le moyen de faire monter et descendre le cylindre sans toucher avec la main ni monter de ressort, ayant fait pour y parvenir plusieurs machines composées de plusieurs rouages et ressorts, qui pour les premiers n’ont pu servir à cause qu’il fallait monter tous les jours les ressorts comme le mouvement d’une pendule. . . .
“ Avoir démonté tous les bronzes du bureau, les avoir fait dérocher, et limer très proprement tout ce qui devait être bruni, et avoir fait pointiller tout ce qui devait être maté. . . ,
“ Avoir fait polir tout le corps du dit bureau en marqueterie, tant en dehors qu’en dedans, avoir fait garnir tous les dedans de tiroirs en moire blanche, avec un galon d’argent au pourtour, fait garnir le dessus du pupitre en velours vert et un galon d’or au pourtour, avoir fait monter tous les bronzes dorés avec beaucoup de sujétion pour éviter le poli de la dorure et marqueterie. . . .
“ Avoir fait les deux écritoires de bois de cèdre, les avoir fait garnir de six cornets en argent massif. . . .
“ Avoir fait une clef d’acier poli, garnie d’une fleur de lys dans la tige et le panneton, avoir fait ciseler l’anneau des chiffres du roi couronnés de laurier et de palmes, un médaillon dans le milieu représentant d’un côté le portrait du roi et les trois fleurs de lys de l’autre, damasquiné en or, en avoir fait plusieurs pour pouvoir parvenir à en avoir une parfaite. . . .
“ Avoir démonté et remonté le bureau pour pouvoir être transporté, porté par une quantité d’hommes à Versailles sur des brancards. . . .”
Ce mémoire, on le voit ne laisse rien dans l’ombre. Mais ce qu’il ne dit pas et ce que d’autres documents nous apprennent (entre autre le contrat de mariage de la veuve Oëben) c’est que les bronzes longtemps attribués à Gouthière, ont eu pour auteurs Duplessis, Winant et Hervieux, à qui l’on était loin de supposer un tel talent. A la mort d’Oëben, h gros œuvre était terminé, les bronzes fondus, les dessins de marqueterie arrêtés. Il ne restait à faire qu’un travail d’exécution, et l’on ne comprendrait guère qu’Henri Riesener ait osé signer le meuble de son seul nom “ Riesener fa (ciebat) 1769 à L’arsenal de paris,” si, en sa qualité
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de premier garçon ou contre-maître il n’eut pris dès l’origine une part étroite à sa construction. Il n’en est pas moins vrai que le “ bureau du roi ” reste l’œuvre d’Oëben et le joyau du mobilier Louis xv.
Laissons de côté la carrière de Riesener. Il appartient à la période Louis xvi, bien qu’il ait directement succédé à son maître. Il nous faut cependant dire ici quelques mots des répliques du bureau du roi qui existent dans plusieurs collections françaises et étrangères. Bien entendu, nous ne parlons pas des copies modernes dont celle de Beurdeley est la meilleure. Mais le chef-d’œuvre d’Oëben eut un tel succès que son successeur fit sortir de l’atelier plusieurs bureaux, non pas identiques, mais très proches parents de CAISSE d’horloge EN BRONZE celui du roi. A. de Champeaux en cite
cinq. Nous ne nous arrêterons qu’au plus curieux, celui de la collection Wallace, de dimensions à peu près égales, et d’une ressemblance qu’une reproduction exacte du bureau du Louvre, exécutée par Dasson et placée tout à côté dans la galerie d’Hertford House, rend particulièrement frappante. Même tablette entourée d’une galerie et de vases, mêmes bouquets de fleurs en marqueterie, mêmes trophées d’instruments de musique. Derrière le cylindre est la figure du Secret, le doigt sur la bouche, allégorie d’une naïveté un peu puérile pour un bureau à écrire.
Sur des volumes figurés en marqueterie on lit ^ une inscription énigmatique qu’ A. de Champeaux horloge en a déchiffrée ainsi : “ Lan mil sept cent soixante neuf, le vingtième février, furent pre perpetre (sic) à Paris ce . . . Riesener fecit.” De l’autre côté, une lettre en allemand semble concerner le roi de Pologne Stanislas Leezinski, tandis que les initiales L. R.