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L’AMEUBLEMENT LOUIS XV
Vers 1750, la pendule elle-même descend des lambris pour prendre la place d’honneur au milieu de ces futilités coûteuses.
La décoration murale ne pouvait manquer de se mettre à l’unisson. Les tapisseries de haute-lisse, qui ne se fabriquent plus que dans les manufactures royales, sont insuffisantes pour meubler tous les hôtels, grands et petits, qui surgissent de terre comme par miracle. Les tentures de cuir de Cordoue sont encore de mode, mais le déclin a sonné pour elles. D’ailleurs toutes ces couleurs sont trop sombres pour la symphonie de lumière et de gai té que va jouer l’ameublement Louis XV. Le décor sévère a fait son temps. Ce qu’il faut ce sont des tons unis, encadrés de moulures et de baguettes sculptées et rehaussés d’or, décoration d’une distinction suprême dont le dessin de l’architecte fait tout le prix :
“ On colore presque tous les lambris en blanc, en couleur d’eau, en jonquille, en lilas . . . dont on dore les moulures et les ornements, ou bien l’on peint seulement les fonds d’une de ces couleurs, et la sculpture et les cadres d’une teinte plus pâle que le reste.”
La peinture à sujets mythologiques, elle-même, subit une éclipse momentanée. Entre les fenêtres, où les trumeaux de peinture à contre-jour étaient un peu déplacés, des glaces renvoient leurs reflets et jouent avec celles de la cheminée. Les dessus de portes comportent des moulures et des ornements encadrant les bergeries de Boucher, ou les chinoiseries de Huet et de Pillement.
De ces murs, cependant, la décoration en tissus n’est pas
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absente, mais elle est réservée de préférence aux petites pièces, aux chambres à coucher, aux salons d’assemblée, aux boudoirs. Pour ces réduits aimables où la femme à la mode passe ses jours futiles, aucune étoffe n’est assez luxueuse ni assez fraîche. Damas, satin, moire brodée ou brochée, velours, “ quinze-seize ” se drapent autour des fenêtres, s’étalent sur les lambris. Dans les intérieurs plus modestes, à partir de 1750, la toile peinte imitée des Indes remplace les étoffes coûteuses, et les ingénieuses créations d’Oberkampf, variées à l’infini, depuis les dessins à fleurs ou à personnages, jusqu’aux copies les plus parfaites des perses du Levant, décorent les demeures des bourgeoises ou des femmes de robe. La toile de Jouy pénètre même dans les grands hôtels. On la trouve plus fraîche pour les salons d’été : la marquise de Pompadour en tapisse son château de Bellevue. Mais la folie du jour ce sont les rideaux de toile de coton peinte ou blanche, encadrés de perse, quand ils ne sont pas faits de la plus fine mousseline rapportée par la Compagnie des Indes.
On va plus loin dans la simplicité coûteuse. Le papier peint, jusqu’alors fabriqué par de modestes graveurs sur bois, à l’usage des boutiques d’artisans et des intérieurs paysans, fait son entrée dans les meilleures maisons. On l’importe d’Angleterre où “ les tontissiers ” fabriquent, avec de la laine hachée, des papiers bleus imitant à merveille les étoffes. Les modèles anglais sont à la mode. Ils rivalisent avec les papiers à rinceaux, à arabesques, à fleurs, imprimés en noir et coloriés à la détrempe, que les papetiers-tapissiers parisiens commencent à fabriquer avec un goût parfait.
SECKKTAJRK KN MARQUKTFJ^IK ET BRONZE DORE PAR J. DUHOIb
Collci-tion C hayU^-Stuiirt Wortley
Le style Louis xv~Les ornemanistes Oppenoed, Slobtz, Meissonniee~Lâ rocaille— Décor asymétkiqub—Retouk au classique— Style â la grecque
Toutes ces nouveautés— est-n besoin de îe dire ?— -n’ont d’autre raison d’être que la fantaisie de la belle société. Au Grand Siècle on s’était montré classique, héroïque et romain. La majesté, la symétrie, les ensembles géométriques avaient régné à la cour comme à la ville. Le rythme capricieux qui règle la mode et la fait osciller d’un pôle à l’autre, à des intervalles impossibles à prévoir d’avance, exigeait que le goût se dirigeât vers l’élégant, le contourné, l’asymétrique, et n’obéit plus qu’à la fantaisie la plus folle.
Le mouvement, cependant, ne se fit pas sans impulsion. Il eut à sa tête des architectes, des dessinateurs, des peintres, qui semèrent sans compter, dans des livres d’ornements, les trésors de leur imagination, et composèrent pour les arts mineurs cette chose charmante que la postérité devait baptiser du nom de style Louis XV.
Fait bizarre ! Ce sont en partie des étrangers qui engendrent le style le plus français que nous ayons possédé. Gilles-Marie Oppenoordt ou Oppenord (i 673-1742), bien que né à Paris, est le fils d’un hollandais, ébéniste renommé ; Antoine-Sébastien Slodtz (-|'i754) est fils d’un anversois ; Juste-Aurèle Meissonnier (1695—1750) est italien. Le premier est architecte. Il a le titre de directeur général des bâtiments et jardins du duc d’Orléans, régent du royaume. Les deux autres sont dessinateurs de la Chambre et du Cabinet du roi. Tous les trois donnent dans leurs
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ouvrages des modèles pour toutes les branches de l’art industriel. Frises, panneaux, gaines, pendules, cartouches, consoles, chandeliers, dessus de portes, arabesques, vaisselle, cadres, meubles, décoration générale, ils passent tout en revue ; le moindre objet, sous leur crayon fécond et ingénieux, prend immédiatement une originalité et une élégance inattendues.
Certes ils ont eu des précurseurs. Des peintres, des dessinateurs leur ont montré la voie. Le charmant Claude Gillot (1673-1722), qui dessine encore dans l’esprit d’Audran et de Bérain, mais avec plus d’esprit et d’enjouement, a publié ses arabesques enguirlandées de feuillages légers comme des lianes, où la coquille Louis xiv commence à se contourner en rocaille, où les dessins des frontons, au lieu d’être droits et régulièrement cintrés, décrivent déjà des courbes sortantes et rentrantes. Son élève Antoine Watteau (1684—1721) a imaginé, pour encadrer ses groupes et ses singeries, un jeu varié à l’infini de guirlandes, de lianes, de rosaces, de fleurons, de palmettes, de rinceaux, de lambrequins, de pavillons, de chantournements en ailes nervées et onglées de chauves-souris, en ailes de papillons, en auréoles flamboyantes, en réseaux hérissés de mille pointes.
Mais ce n’est encore qu’une transition. C’est bien à Oppenord, à Slodtz, à Meissonnier qu’on doit ce style contourné, vrillonné, bombé, ennemi de la ligne droite, des surfaces planes et de la symétrie, où la rocaille — c’est Paul Rouaix qui le dit très bien — se retrousse en larges courbes ascendantes qui ressemblent à des vagues. Peut-être en avaient-ils puisé les éléments chacun dans leur pays d’origine : Oppenord dans la porcelaine de Saxe, Meissonnier dans le baroque italien. Plus vraisemblablement s’étaient-ils inspiré des chinoiseries à la mode depuis un demi-siècle ; mais d’un art d’Extrême-Orient, exotique et bizarre, ils avaient su tirer un genre délicieusement français.
Le style rocaille — le mot est ancien, mais le terme, remarquons-le, n’est que de 1780, alors que la chose n’était déjà plus qu’un souvenir — commence avec la Régence, sans être, pour cela, entièrement une nouveauté. Leclerc, Lepautre, Marot, Bérain ont déjà connu la coquille, bien qu’ils l’aient dessinée régulière et
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divisible en deux parties symétriques par son axe. Mais les ornemanistes du Régent la contournent en mille replis, la mélangent avec des fragments de roches, des pétrifications, des