LE NID DE MUIXEAIX
tendant ces deriiii'^res paroles, accablées du reproche, elles allèrent s'asseoir, et des larmes roulèrent dans leurs yeux.
Le précepteur remarqua leurs regrets; il en fut touché, et ne leur dit plus rien. Robert ne pleurait pas ; et il chercha à se justifier de cette manière : Je ne croyais pas leur faire du mal ; ils ne cessaient pas de chanter, et ils battaient des ailes comme s'ils avaient du plaisir.
LE PR'.cKPTEUR. Vous appclcz Icurs cris des chansons? Mais pourquoi chantaient-ils?
uoiJERT. Apparemment pour appeler leur père et leur mère. LE PRÉCEPTEUR. Sans doute. Et lorsque leurs cris les auraient attirés, que voulaient-ils leur témoigner en battant des ailes?
RORERT. Je ne le sais pas trop. C'était peut-être pour leur demander du secours.
LE PRÉCEPTEUR. Vous l'avcz dit. Aiusi, si ces oiseaux avaient pu s'exprimer en langue humaine, vous les auriez entendus s'écrier : « Ah ! mon « père et ma mère, sauvez-nous. Nous sommes malheureusement tombés M entre les mains d'enfants barbares, qui nous ont arraché toutes nos plu- « mes. Nous avons froid, nous souffrons. Venez nous réchauffer et nous « panser, ou nous allons mourir. »
Les petites filles ne purent y tenir plus longtemps. Elles cachèrent, en sanglotant, leur visage dans leur mouchoir. C'est toi, Roliert, direntelles , qui nous as poussées à cette méchanceté. Nous en avions horreur. Robert lui-même sentit, en ce moment, toute sa faute. Il en avait déjà été puni par les cheveux que son précepteur lui avait arrachés : il le fut bien plus encore par les reproches de son cœur. Le précepteur crut n'avoir pas besoin d'ajouter à ce double châtiment. Ce n'était pas en eflèt par un instinct de cruauté, mais seulement par un défaut de rétlexion, que Robert avait conmiis ces meurtres. La pitié qu'il prit, dès le moment, pour toutes les créatures plus faibles que lui, ouvrit son cœur aux sentiments de bienfaisance et d'humanité, qui l'ont animé tout le reste de sa vie.