LE GRAND JARDIN
. ^^-(r\^ ONSIEUR Sage n'avait reçu de ses pères qu'une
^y>, fortune bornée, mais à laquelle il avait su tou-
'^ ^^"v^^ ' "jours conformer ses goûts et ses désirs; et
quoiqu'il fût obligé de se priver de bien des choses dont il
, voyait les autres jouir en abondance, jamais un sentiment
'jaloux n'avait troublé l'égalité de son humeur et la paix
'de son came.
Le seul regret qu'il eût éprouvé dans le cours de sa vie, était celui d'une épouse vertueuse que la mort avait frappée dans ses bras. Un fils, tout jeune encore, restait seul pour le consoler; et le bonheur de cet enfant devint l'objet de tous ses soins.
Philippe tenait de la nature une imagination très sensible , par laquelle son père avait trouvé le secret de former de bonne heure sa raison. C'était en lui montrant tous les objets sous leur vrai point de vue, qu'il lui en avait donné les premières idées. Par une suite d'images fortes, présentées avec ordre, et dans un moment choisi pour leur effet, il avait déjà fait prendre à ses réflexions un caractère de justesse et de profondeur.
Satisfait de son sort, ce père tendre voulait surtout inspirer à son fils les principes auxquels il devait le calme de sa vie et la sérénité de son co2ur. Oui, se disait-il à lui-même, si je puis l'accoutumer à être content de cf qu'il possède, et à ne [)as attacher iiii grand [U'ix à ce qu'il m' peut idilr-