‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 112 sur 276 · LA CICATRICE · texte numérisé non relu

LA CICATRICE

EHDiNAMi avait rerii de la nature une àme pleine de noblesse et de générosité. Son esprit était vif et pénétrant , son imagination forte et sensible , son humeur franche et joyeuse, et ses manières avaient une grâce animée qui lui conciliait tous les cœurs. Avec tant de qualités aimables, il avait un défaut bien incommode pour ses amis, celui de s'alïecter trop vivement des moindres impressions, et de s'abandnnner en aveugle à tous les mouvements qu'elles excitaient dans son àme.

Lorsqu'il jouait avec ses camarades, la plus légère contradiction irritait ses esprits fougueux ; on voyait le feu de la colère enflammer tout à coup son visage ; il trépignait des pieds, poussait des cris, et se livrait à toutes les violences de Temportement.

Un jour qu'il se promenait à grands pas dans sa chambre, en rêvant aux préparatifs d'une fête que son papa lui avait permis do donner à sa sœur, Marcelin, son ami et son conlident, vint pour lui communiquer les idées qui lui étaient venues à ce sujet. Ferdinand, plongé dans la rêverie, ne l'avait pas aperru. Marcelin, après l'avoir inutilement appelé asse» haut, se mit à le tirailler deux ou trois fois par le pan de son habit, pour s'en faire remai'(pu'r. Ferdinand, inqialieiité de ct's secousses, se icluiiniii

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liiusqiieiiR'.iit, et repoussa lu pauvre Marcelin avec laiil de rudesse, qu'il le reuv(iyat(»iulier à la renverse à Tautre i)Out de la clianibi'e.

Marcelin restait là étendu sans aucune apparence de vie et de sentiment ; et, comme sa tète avait porté conti'e la corniche saillante d'une armoire, le sang coulait à grands Ilots de ses tempes. Dieu ! (piel spec-tacle pour le malheureux Ferdinand, qui n'avait certainement jamais eu dans son cœur l'intention de faire du mal à son tendre ami, pour lequel il aurait donné la moitié de sa vie ! Il se précipite à son côté, en disant avec de grands cris : 11 est mort, il est mort! J'ai tué mon cher Marcelin, mon meilleur ami î Au lieu de songer aux moyens de lui donner des secours , il demeurait couché auju-ès de lui, en poussant les plus tristes sanglots.

Heui'eusement sou père avait entendu ses génussrnients. 11 accourut, prit Marcelin dans ses bras, l'eiuporta dans son lit, lui lit respirer des sels, et lui jeta au visage quelques gouttes d'eau fraîche, qui le firent bientôt revenir à lui-même.

Le retour de Marcelin à la vie, fit naître une vive joie dans le coeur de Ferdinand ; mais elle ne fut pas assez puissante pour calmer entièrement sa douleur. On visita la blessure. Il s'en fallait de bien peu qu'elle ne filt dangereuse, et peut-être mortelle.

Marcelin, transporté dans la maison de son père, eut un accès de fièvre très violent. Sa tête était prise; et il commença bientôt à délirer. Ferdinand ne s'éloigna pas un moment de son chevet. 11 gardait un morne silence; car personne ne lui adressait la parole. On ne cherchait ni ;l le consoler, ni à l'affliger.

Marcelin l'appelait sans cesse dans ses rêveries. Mon cher Ferdinand, s'écriait-il , que t'ai-je donc fciit pour que tu m'aies traité si méchamment? Ahl tu dois être encore plus malheureux que moi, de ni'avoir blessé sans sujet. Ne t'afflige pas, je te pardonne. Pard(Uine-moi aussi de t'avoir fait mettre en colère, je ne voulais pas te fâcher.

Ces discours que Marcelin lui adressait sans le voir, quoiqu'il fût devant ses yeux et qu'il lui tînt la main, redoublaient encore la tristesse de Ferdinand. Chaque trait de tendresse était un coup de poignard pour son cœur. Enfin, Dieu voulut que la lièvre se calmât peu à peu, et (pie la plaie commençât à guérir. Au bout de six jours, Marcelin fut en état de se lever.

Qui pourrait se représenter la joie de Ferdinand? Ah! certainement jtersonne , à moins (pi'il n'ait senti nue fois dans sa vie la douleur (pi'il éprouva aussi longtenq^s (pi'il fut témoin des souffrances de son ami.

Lors([u"il fut entièrement l'établi, Ferdinand reprit un visage serein, et. sans (ju'on eût besoin de lui faire d'autres leçons, il travailla de toute la force de son caractère à vaincre cette humeur emportée ipii le dominait.

Marcelin ne garda de sa chute qu'une cicatrice légère à la tempe. Ferdi-

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