SCÈNE vni. —M. DE CLERMONT, ADÉLAÏDE
M. DE CLERMONT. OÙ alUiis-tu douc ? Pourquoi cherchais-tu à m'éviter?
ADÉLAÏDE, embarrassée. C'est que je craignais de vous troubler, mon papa.
M. DE CLERMONT. Tu allais peut-être chercher l'écureuil dont Thomas t'a fait cadeau?
ADÉLAÏDE. Oui, uiou papa. Il est vrai qu'il m'en a donné un. C'est apparemment Constantin qui vous l'a dit?
M. DE CLERMONT. J'imagiuc que tu ne l'as pas reçu?
ADÉLAÏDE. Moi? Nou... Mais, oui. Comment aurais-je pu m'en empêcher? Le pauvre Thomas! il s'était fait une si grande joie de me l'ollVir !
M. DE CLERMONT. Il faut Ic lui rcudrc.
ADELAÏDE. Oui, UIOU papa, si je l'avais; mais il s'est échappé.
M. DE CLERMONT. Cela cst-il bicu vrai, Adélaïde?
ADÉLAÏDE. Oui, jc VOUS assurc. Je puis vous montrer sa cabane. Elle est déserte.
M.' DE CLERMONT. QuI peut douc l'avdir fait échapper? C'est une malice de Constantin.
ADELAÏDE. Nou, uioii iiai)a. N'en accusez itoiiit ludii frère. C'est que la
l'AR LEURS EXFAXTS. 2,37
porte aura été mal fermée, et le prisonnier s'est sanvé. Mais Thomas est à sa poursuite; et s'il le rattrape, il me le rapportera.
M. DE cLEinioNï. Tu veux donc avoir un second entretien avec lui? Qu'as-tu à lui dire? Ne lui as-tu pas déclaré mes volontés? Et ne lui as-tu pas fait tes adieux?
ADÉLAÏDE. Oui, mou papa; mais.... Oh! comme j'ai souffert! J'aurai bien de la peine à m'en consoler.
M. DE CLERMONT. Tu scns douc bien de la répugnance à m'obéir?
ADÉLAÏDE. Oh! ce n'cst pas cela, ne le croyez jamais. Mais pourriez-vous m'aimer encore, pourriez-vous me reconnaître pour votre enfant, si je vous disais que cette brouillerie ne m'a pas affligée? Que penseriez-vous de moi, qu'en penseraient mes amis, si je pouvais leur retirer tout de suite mon cœur, sans qu'il m'en coûtât des regrets ?
M. DE CLERMONT. Mais l'oirense que me fait leur père, est-elle si indifl'érente pour toi, que tu n'y prennes aucune part?
ADÉLAÏDE. Oh! j'y prends part aussi; et je donnerais tout au monde pour que vous en eussiez une entière satisfaction.
M. DE CLERMONT. Tu sais donc ce que je lui demande, et ce qu'il me refuse?
ADÉLAÏDE. Je sais.... je sais.... Ah! mon papa, pourquoi me le demandez-vous?
M. DE CLERMONT. Parcc quc je voudrais savoir si les enfants de M. Genest en sont instruits, et s'ils t'en ont fait confidence.
ADÉLAÏDE. Oui; ils m'out.... ils m'ont tout dit. Mon papa, n'en soyez point fâché.
M. DE CLERMONT. Eh bicu ! quc penses-tu de ma demande? Te paraîtelle déraisonnable? Ne suis-je pas en droit d'exiger de M. Genest, pour tous mes bienfaits, une légère déférence, dont je le payerais au centuple?
ADÉLAÏDE. Mon chcr papa, je ne suis qu'un enfant, comment pourrais-je décider entre de grandes personnes?
M. DE CLERMONT. Cousultc tou CŒur. Je vcux savoir ce qu'il te dira.
ADÉLAÏDE. Dispensez-m'en, de grâce. Mon cœur dirait peut-être quelque chose qui pourrait vous fâcher,
M. DE CLERMONT. Je comprcuds. Il jugerait sans doute que j'ai tort.
ADÉLAÏDE. Ah! vous allcz vous mettre en colère.
M. DE CLERMONT. Parle seulement. Tu le verras.
ADÉLAÏDE. Je ne voudrais pour rien au monde vous faire de la peine.
M. DE CLERMONT. Tu ne m'cu feras point. Dis-moi librement ce que lu penses.
ADÉLAÏDE. Eh bien! je pense que vous avez raison, et M, Genest aussi.
M. DE CLERMONT. Nous avous raisou tous deux! Ah! la petite flatteuse! (>ela ne se peut pas. Il faut que l'un de nous ait raison, el que l'autre ait tort.