NOBLE ET GÉNÉREUSE DEMOISELLE
« Je ne serais pas digne de vos sentiments envers moi, si j'avais la bassesse de vous induire à la plus légère tromperie, et d'accepter l'argent que vous m'offrez, pour le rendre à votre papa. Non, ma chère demoiselle, je suis son débiteur et j'aurai le malheur de l'être encore, jusqu'à ce que je puisse acquitter ma dette par mes propres moyens. Je suis au désespoir de ne pouvoir, en cette occasion, répondre aux désirs de monsieur votre père, avec la joie que j'aurais de remplir tous ses autres souhaits. Si M. de Clermont, sans m'en parler, avait employé la voie que son pouvoir lui permet, je ne lui en aurais jamais demandé aucun compte ; et il peut être sûr que je n'aurais pas même formé dans mon cœur une seule plainte contre lui. Du moins je n'aurais pas à me reprocher d'avoir violé la parole sacrée que j'ai donnée. Faites-lui bien entendre cela, ma digne et jeune amie. Son amitié et la vôtre me sont plus précieuses que tous les biens de l'univers. Conservez-moi toujours vos généreuses dispositions, ainsi (pi'à mes enfants.
« J'ai l'iKinneur d'être, etc. )>
..M. du CicinioiU, sans t'uinior la lettre, regarde AdtMaide.,
ADÉLAÏDE, coiLrant à lui. Maintenant, mon papa, apprenez comment cet argent se trouve dans mes mains, et daignez me pardonner si je ne vous ai pas plus tôt avoué....
M. DE CLERMONT, l' embrossaut . Je sais tout, ma chère Adélaïde. J'ai entendu ton entretien. Je suis transporté de la noblesse et de la générosité de tes sentiments. Je ne l'ougis point d'avouer (]ue, sans toi peul-étir, j'allais commettre une action ipii auiait lail W déses[>oii du reste de ma
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vie. Voici ton argent, l'ais-eii le digne usage que ton excellente mère t'a prescrit. Ne crains pas que je le laisse jamais épuiser entre tes mains. Votre petit bosquet i-estera sur pieds, mes chers enfants, et ramitié vous unira toujours.
ADÉLAÏDE, prenant une de ses munis et la baisant. 0 mon papa! vous me donnez une seconde fois la vie.
GENEVIEVE, hd baisant l'autre main. U monsieur ! quelle honté 1 Ah ! comme mon père....
M. DE CLERMONT. Dis-lui, ma chère Geneviève, que je le prie de vouloir bien reprendre son billet; que j'ai un petit changement à y faire, dont je lui parlerai.
CONSTANTIN. Comment, mon papa, vous....
M. UE CLERMONT. Tais-toi, mèchaut : tu m'as donné aujourd'hui des preuves d'un bien mauvais cœur.
CONSTANTIN. Je n'ai fait que vous obéir. Ne faut-il pas que les enfants obéissent à leurs parents?
M. DE cLERjioNT. Saus doute, il le faut. Mais lorsque les ordres de leurs parents sont injustes, c'est à leur devoir, c'est à Dieu qu'ils doivent d'abord obéir. Si ton cœur ne t'a pas dit que le mien se laissait emporter par sa passion, je n'ai plus rien à espérer de toi. Vois ce qu'a fait Adélaïde.
CONSTANTIN. Mais maman ne m'a pas laissé, à moi, d'argent pour en disposer.
M. DE CLERMONT. C'est qu'cllc prévoyait l'indigne usage que tu en aurais pu faire. Et n'avais-tu pas des paroles consolantes pour tes petits amis, et pour un homme qui a donné des soins à ton éducation ? Mais qu'est devenu l'écureuil? As-tu dit qu'on se mît à le chercher?
CONSTANTIN. Je n'ai trouvé personne dans le jardin.