M CLEMENT1XI-: ET .MAI)EI,( )X
m""' i> .vlen'(.;av. Mais si tu donms tout ùMadelon, si tu la nourris (Je biscuits et de conlitiires, en laissant les autres mourir de faim, y aura-t-il bien de la justice et de rinnnaoité dans cet arrangement?
(XKMENTiNK. De tcuips cu tcnips je pourrai leur donner (luelque chose; mais j'aime Madelon par-dessus tout.
m"'" rt'ALRNÇAY. Si tu venais ti mourir , et (pie Madelon se fi'it accoutumée à avoir toutes ses aises...
CLÉMENTINE. Je suis bien sûre qu'elle pleurerait ma mort.
m""" d'alençay. J'en suis persuadée. Mais la voilà qui retomberait dans l'indigence ; et il faudrait peut-être qu'elle fît des choses honteuses pour continuer de se bien nourrir et de se bien parer. Qui serait alors coupable de sa perte?
CLÉMENTINE, tvistemrnt . Moi, maman. Ainsi donc, il faut que je ne lui donne plus rien?
m"'" d'alençav. Ce n'est pas ma pensée. Je crois cependant que tu ferais bien de lui donner plus rarement de bons morceaux, et de lui faire plutôt le cadeau d'un bon vêtement.
CLÉMENTINE. J'y avais pensé. Je lui donnerai, si vous voulez, quelqu'une de mes robes.
m""' d'alençay. J'imagine que ton fourreau de satin rose lui siérait à merveille, surtout sans chaussure.
CLÉMENTINE. Boii ! tout le moudc la montrerait au doigt. Comment donc faire?
M™*" d'alençay. Si j'étais à ta place , j'économiserais pendant (pielque temps sur mes plaisirs; et loi'sque j'aurais ramassé un peu d'argent, je l'emploierais A lui acheter ce qu'elle aurait de plus nécessaire. L'étoile dont les enfants des pauvres s'habillent n'est pas bien coûteuse.
Clémentine suivit le conseil de sa m'ère. Madelon vint la trouver plus rarement à l'heure de son déjeuner; mais Clémentine lui faisait d'autres cadeaux plus utiles. Tantôt elle lui donnait un tablier, tantôt un cotillon, et elle payait ses mois d'école chez le magister du village, pour qu'elle achevât de se perfectionner dans la lecture. Madelon fut si touchée de tous ces bienfaits, qu'elle s'attacha de jour en jour plus tendrement ;l Clémentine. Elle venait souvent la trouver , et lui disait : Auriez-vous (piehiue commission à me donner? Pourrais-je faire quelque ouvrage pour vous? Et lorsi'ue Clémentine lui donnait l'occasion de lui rendre ([ueUiue légeiservice, il aurait fallu voir la joie avec laquelle Madelon s'empn^ssait de l'obliger.
Elle s'était rendue un jour à la }Hirt(> Aw jardin de Clémentine, pour attendre (pi'elle y descendit ; mais Clémenline n'y descendit jioint. Madelon y revint une seconde fois: mais elle ne vit point Clémentiue. Elle y ictoui'ua diMix jiuirs de suite; Clémenline ne ])araissail point.
CLEMEXTIXE ET MADELOX. X\
La pauvre Madelon était désolée de ne plus voir sa bienfaitrice. AIi ! disait-elle, est-ce qu'elle ne m'aime plus? Je l'aurai peut-être fâchée sans le vouloir. Au moins, si je savais en quoi, je lui en demanderais pardon. Je ne pourrais pas vivre sans l'aimer. La femme-de-chambre île madame d'Alençay sortit en ce moment. Madelon l'arrêta. Où donc est mamselle Clémentine? lui demanda-t-elle.
Mademoiselle Clémentine? répondit la femme-de-chambre. Elle n'a peut-être pas longtemps à vivre. Je la crois à toute extrémité. Elle a la petite- vérole.
0 Dieu ! s'écria Madelon , je ne veux pas qu'elle meure ! Elle court aussitôt vers l'escalier , monte à la chambre de madame d'Alençay : Madame, lui dit-elle, par pitié dites-moi où est mamselle Clémentine, je veux la voir. Madame d'Alençay voulut retenir Madelon ; mais elle avait aperçu, par la porte entr'ouverte , le lit de Clémentine, et elle était déjà à son côté.
Clémentine était dans les agitations d'une fièvre violente. Elle était seule et bien triste; car toutes ses petites amies l'avaient abandonnée. Madelon saisit sa main en pleurant, la serra dans les siennes, la liaisa, ef lui dit : Ah! bon Dieu, comme vous voilà ! Ne mourez point, je vous en prie; que deviendrais-je, si je vous perdais? Je resterai le jour et la nuit auprès de vous; je vous veillerai, je vous servirai; me le permettezvous? Clémentine lui serra la main, et lui fit comprendre qu'elle lui ferait plaisir de demeurer auprès d'elle.
Voilà donc Madelon devenue, par le consentement de madame d'Alençay, la garde de Clémentine. Elle s'acquittait à merveille de son emploi. On lui avait dressé une couchette à côté du lit de la petite malade ; elle était sans cesse auprès d'elle. A la moindre plainte que laissait échappei' Clémentine, Madelon se levait pour lui demander ce qu'elle avait. Elle lui présentait elle-même les remèdes prescrits par les médecins. Tantôt elle allait cueillir du jonc pour faire , sous ses yeux, de petits paniers et de fort jolies corbeilles ; tantôt elle bouleversait toute la bibliothèque de madame d'Alençay , pour lui trouver quelques estampes dans ses livres. Elle cherchait dans son imagination tout ce qui était capable d'amuser Clémentine, et de la distraire de ses soulfrances. Clémentine eut les yeux fermés de boutons pendant près de huit jours. Ce temps lui paraissait bien long : mais Madelon lui faisait des histoires de tout le village; et comme elle avait bien su profiter de ses leçons, elle lui lisait tout ce qui pouvait la réjouir. Elle lui adressait aussi de temps en temps des consolations touchantes. Un peu de patience, lui disait-elle, le bon Dieu aura pitié de vous, comme vous avez eu pitié de moi. Elle pleurait à ces mots; puis séchant aussitôt ses larmes : Voulez-vous, pour vous réjouir, que je vous rluuitc une jûlii' chausou? ClémiMitinr n'avait qu'à faire un signe, t't
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Madeloii lui chantait toutes les chansons qu'elle avait appiises des petits bergers d'alentour. Le temps se passait de la sorte, sans que Clémentine éprouvât trop d'ennui.
Enfin, sa santé se rétablit peu à peu ; ses yeux se rouvrirent, son accablement se dissipa, ses boutons séchèrent, et l'appétit lui revint. Elle avait le visage encore tout couvert de rougeurs. Madelon semblait ne la regarder qu'avec plus de plaisir, en songeant au danger qu'elle avait couru de la perdre. Clémentine, de son côté, s'attendrissait aussi en la regardant. Comment pourrai-je, lui disait-elle, te payer, selon mon cœur, de tout ce que tu as fait pour moi? Elle demandait à sa maman de quelle manière elle pourrait récompenser sa tendre et fidèle gardienne. Madame d'Alençay, qui ne se possédait pas de joie de voir sa chère enfant rendue à la vie, après une maladie si dangereuse, lui répondit: Laisse-moi faire, je me charge de nous acquitter l'une et l'autre envers elle.
Elle fit faire secrètement pour Madelon un habillement complet. Clémentine se chargea de le lui essayer le premier jour où il lui serait permis de descendre dans le jardin. Ce fut un jour de fête dans toute la maison. Madame d'xVlençay et tous ses gens étaient enivrés d'allégresse du rétablissement de Clémentine. Clémentine était transportée du plaisir de pouvoir récompenser Madelon : et Madelon ne se possédait pas de joie de revoir Clémentine dans les lieux où avait commencé leur connaissance, et encore de se trouver tout habillée de neuf de la tète aux pieds.