LE ROSIER A CENT FEUILLES ET LE GENÊT D'ESPAGNE
.'%^f''^^ ^ ui veut me donner un petit arbre pour mon jar-' S^^*"' £f t"> din? disait un jour Erédéric à ses frères et à sa '^^i'-< ■^^^ sœur. (Leur papa leur avait cédé à chacun un Il petit coin de terre pour y travailler.) Ce n'est pas moi, ^^, répondit Auguste; ni moi, répondit Julien. C'est moi, "p-f^ c'est moi, répondit Joséphine. Quel est celui que tu veux? Un rosier, s'écria Frédéric; vois-tu le mien, le seul qui me reste? il est tout jauni.
Viens-en choisir un toi-même, dit Joséphine. Elle conduisit son frère au petit carré (ju'elle cultivait, et lui mouti'aut un beau rosier : Tiens, Frédéi'ic, tu n'as (ju'à le prendre.
riiKDKiMC. Conunent ! tu n'en as (pie deux , et c'est le plus bea*u ipie tu me donnes. Non, n(tn, ma sœur : voici le plus petit: c'est préiiséuient celin {\\\'\\ nie l'aul.
LE ROSIER ET LE GENET. ;i7
josÉPuiNK. Quel plaisir aurais-je à te le donner? 11 ne te produirait peutêtre pas de fleurs cette année. L'autre en aura, j'en suis sûre : et je puis le voir aussi bien fleurir dans ton jardin que dans le mien. Frédéric, transporté de joie, emporta le rosier, et Joséphine le suivit, plus joyeuse encore ([ue lui.
Le jardinier avait vu le trait d'amitié de la petite fille. Il courut tout de suite chercher un beau pied de genêt d'Espagne , et il le planta dans le jardin de Joséphine, à la place que venait de quitter son rosier.
Ceux qui ont un mauvais cœur n'ont pas ordinairement un esprit bien soigneux. Lorsque le mois de mai arriva, les rosiers d'Auguste et de Julien, négligés dans leur cuhure, poussèrent à peine quelques fleurs, dont la plupart moururent dans le bouton. Celui de Frédéric au contraire, cultivé par ses mains et par celles de Joséphine, porta les plus belles roses à cent feuilles de tout le pays. Aussi longtemps qu'il fleurit, Frédéric eut chaque jour une rose à donner à sa sœur pour mettre dans son sein, et une autre pour placer dans ses cheveux.
Le genêt d'Espagne fleurit aussi très heureusement. On en respirait l'agréable parfum des deux extrémités du jardin. 11 devint cette même année assez haut et assez épais pour que Joséphine y trouvât de l'ombrage dans la grande chaleur du jour. Son papa venait quelquefois l'y trouver, et lui racontait des histoires, qui tantôt la faisaient rire aux éclats, et tantôt faisaient couler de ses yeux des larmes si douces, qu'elle se souriait à elle-même un moment après.