SCÈNE XVIII. M. DUFRESNE, ÉDOUAKD, (liAlil.KS , ALKXI*, COMTOIS
M. DLTRF.SNE, <'/^/^ esi eiiirp depuis tin momnii sans être aperçu, et s'est arrêté pour jouir de ce spectacle, levé ses mains et ses reyards vers le ciel : ensuite il s'avance comme s'il n'avait rien entendu, et dit : Eh bien ! vous trouverai-je toujours en querelle?
KnouARi), courant à lui. Ah! mon papa! venez nous accorder. Alexis nous traite bien durement. Il m'a rendu Adèle à ma parole....
CHAULES. 11 me rend à Thonneur....
KDOiiARi). Et il méprise notre reconnaissance.
ALEXIS, se jetant dans les Ijras de 31. l)ufresiie. 0 mon digne protecteur, mon second père! sauvez-moi, sauvez-moi de leur générosité. Je viens de me justifier auprès de vous de la méfiance qu'on voulait vous inspirer sur mon compte, et j'irais maintenant me démentir! Non, non, je me rendrais suspect à moi-même de n'avoir agi que par intérêt. Ne me laissez pas corrompre, je vous en conjure.
M. DUFRESiSE. Mcs chcrs enfants, que vous me ravissez! Non, mon brave Alexis, ces présents ne sont rien pour tant de délicatesse et de désintéressement. Je vais mettre fin à ce noble démêlé. {A Edouard et à Charles.) Que chacun de vous garde ce qui lui appartient. Je prends sur moi votre reconnaissance.
EDOUARD. Ah ! mon papa, de quel plaisir voulez-vous me priver!
CHARLES. Vous me punissez , monsieur, comme je le méritais peut-être tout à l'heure ; mais vous êtes témoin de mon changement. Ah ! pai' pitié, daignez vous joindre à moi pour obtenir d'Alexis...
ALEXIS, à AI. Dufresne. Non, non, de grâce ne m'y contraignez point.
M. DUFRESNE. Jc l'cxige de toi, mon ami. Il n'y aurait que de l'orgueil et de la dureté à lui dérober le plaisir de faire du bien, dont tu viens de lui faire goiVt^r, peut-être pour la première fois, la douce jouissance. Prends cet argent, et donne-le à ta mère , qui t'a inspiré une si noble façon de penser.
ALEXIS. Vous m'y forcez, monsieur, je vous obéis. Oh! quelle joie pour elle! Mais au moins, qu'Edouard garde ses présents!
M. DUFRESNE, tirant sa tjoiirse. lié bien ! qu'il les reprenne pour les partager avec son ami. Je les rachète en son nom pour ces trois louis d'or.
ALEXIS. Ah! mon cher monsieur nufresne! arrêtez, arrêtez. Je ne sais, tant je suis pénétré de joie et de reconnaissance.... Ma pauvre mère! il y a bien longtemps qu'elle ne se sera vue si riche ! 0 mes bons amis! ( // embrasse Edouard et Charles sans pouvoir leur parler.)
M. DUFRESNE, à Edouard. Mon fils, je te dois aussi une récompense pour ta docilité à suivre les nobles conseils d'Alexis.
EDOUARD. Eh! mon papa, comment pouvez-vous me récompenser mieux fjue par re que vous laites envers lui?
LE VIKUX CHAMPAGNE.
M. DUFRESNE. Ce ii'est rien encore. Il nu été jusqirici que le eoinpagnoii de tes plaisirs; je veux qu'il le soit de tes exercices et de tes études. Je ne mettrai point de différence dans votre éducation.
p:doijaiu). Oh ! comme je vais profiter prés de lui !
ALEXIS, se jetant aux genoux de M. Dufresne. Vonlez-vous me faire mourir de Texcès de vos bontés?
M. DUFRESNE, le relevant. Non, je veux que tu vives pour aimer mon fils, comme j'aimais ton père.
CHARLES. Laissez-moi aussi prendre part à votre amitié. Je commence à ne pas m'en croire tout à fait indigne, et je le dois à vos exemples.
M. DUFRESNE. Oui, uics amis, tel est l'empire de la vertu, d'élever jusqu'à elle tout ce qui l'approche. Vivez toujours unis, pour vous fortifier dans la droiture et dans l'honneur ; et soyez hommes ce que vous êtes enfants.
r^ \'vr#^ HAMPAGNE dcvicut vicux, mon papa, ;1yvï^^ et lorsque vous le renverrez je sais A(;.^>-r où vous trouver un très bon domes- );- tique.
M. DORVAL. Qui t'a chargé de ce »^vi soin? Est-ce que je pense à le ren- )yer, ce brave Champagne?
PAULIN. Vous voulez donc toujours garder ce vieux garçon? Un jeune domestique serait, je crois, bien mieux notre affaire.
M. DORVAL. Comment, Paulin? Voilà une bien mauvaise raison pour se dégoûter d'un ancien serviteur. Tu l'appelles vieux garçon? Tu devrais en rougir, mon fils. C'est à mon service qu'il a vieilli. Ce sont peut-être les soins qu'il a pris de ton enfance, et les inquiétudes que lui ont causées tes maladies qui ont avancé son âge. Tu vois donc combien il serait ingrat et déraisonnable de prendre de l'aversion pour lui à cause de sa vieillesse. Et crois-tu avoir plus de raison de me dire qu'un jeune domestique serait bien mieux notre affaire? Ce discernement est au-dessus de ton âge ; il demande plus d'expérience que tu ne peux en avoir acquis. Je te ferai sentir, dans un autre moment, l'avantage qu'un vieux domestique a sur un jeune, pour l'exactitude et la sûreté du service.
PAULIN. Je le crois, puis(iii(' vous If dites, mon papa. Mais il poite jter-
is.
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l'Lique, et cela fait une drôle de ligure de voir un homme en perruque planté debout derrière votre chaise pour vous servir. 4e ne puis tourner les yeux sur lui sans me sentir Tenvie d'éclater de rire.
M. DORVAL. C'est d'un bien mauvais caractère, mon fils; je ne te l'aurais jamais soupçonné. Tu sais qu'il a perdu ses cheveux dans une maladie longue et dangereuse. Te moquer de lui, n'est-ce pas insultera Dieu, qui lui a envoyé cette maladie?
PAULIN. Mais il est grognon, et il n'est pas si éveillé que les autres.
M. DORVAL. Champagne peut être sérieux ; il n'est pas grognon. Il est vrai qu'il n'est pas aussi ingambe qu'un jeune drôle de dix-huit à vingt ans. Mais a-t-il mérité pour cela ton aversion? 0 mon fils! cette pensée me fait frémir ! Tu auras donc aussi de l'aversion pour moi si Dieu me fait la grâce de m'accorder une longue vieillesse?
PAULIN. Oh ! non, mon papa ; je ne suis pas si méchant.
M. DORVAL. Et crois-tu ne pas l'être de haïr Champagne parce que ses années l'empêchent d'être aussi alerte qu'autrefois?
PAULIN. J'ai tort, mon papa, j'en conviens; et je vous assure quej'ai bien du regret d'avoir...
M. DORVAL. Pourquoi t'interrompre? Quel est ton regret, dis-tu?
PAULIN. Si je vais vous révéler mes fautes, vous vous fâcherez contre moi, et je n'y gagnerai qu'une punition.
M. DORVAL. Tu sais, mon fils, que je n'aime pas à punir, et que je n'emploie ce moyen que bien rarement. C'est par la raison et par la tendresse que je cherche à vous corriger, ta sœur et toi. Je ne connais point la faute que tu as commise ; ainsi je ne puis te promettre une exemption absolue de châtiment. Est-ce une condition que tu aurais prétendu mettre à ton aveu? Tu sais quelle est ma tendresse pour toi : c'est la seule caution que je veux te donner. Tu peux t'y reposer avec autant de confiance que sur mes promesses.
PAULIN. Hé bien! mon papa, je vous avouerai que... j'ai appelé Champagne... vieux coquin.
M. DORVAL. Comment! Cela est-il possible? As-tu pu oublier ainsi ce que tu dois à un brave homme? Et Champagne t'a-t-il entendu?
PAULIN. Oui, mon papa : c'est ce qui me fdche.
M. DORVAL. C'est très bien d'en être fâché; mais il ne suflît pas de sentir du regret d'avoir outragé personnellement un de nos semblables, on doit sentir le même remords de l'avoir outragé hors de sa présence.
PAULIN. Oui, je me repens d'avoir injurié Champagne; mais, ce qui m'afflige le plus, c'est de l'avoir traité ainsi en face ; car...
M. DORVAL. Tu as commeucô de m'ouvrir ton cœur, achève.
PAULIN. Oui, mon papa car Champagne, lorsque je l'ai eu ainsi
maltraité, s'est misa pleurer, et il a dit : Ce n'est pas assez des incom-
iiiodités de mon âge, il faut encore que je sois la risée de Tenfance! M. DORVAL. Le pauvre Champagne! Je le connais, cette injure lui aura déchiré le cœur. Il est dur, à son âge, d'être le jouet d'un enfant; mais combien Ton doit souffrir lorsque Ton reçoit cette injure d'un enfant (|u'nn H vu naître, et à qui l'on a rendu des services dont rien ne peut l'acquitter !
PAULIN. Ah ! mon papa, combien je suis coupable ! Je veux lui en demander pardon ; et soyez sur que de ma vie il n'aura à se plaindre de moi.
M. DORVAL. Très bien, mon fils. C'est à cette condition seulement que Dieu et moi nous pouvons te pardonner. Nous sommes tous faibles, et nous pouvons nous laisser emporter un moment à nos passions. Mais, revenus à nous-mêmes, il faut nous bien pénétrer du repentir de nos fautes, forcer notre orgueil à les réparer, et travailler de toutes nos forces à nous en garantir dans la suite. Mais je voudrais bien savoir ce qui a pu te porter à cette indignité contre Champagne. T'avait-il offensé?
PAULIN. Oui, mon papa... du moins je me le figurais. Je jouais de ma sarbacane, et je visais à lui tirer mes pois au visage. Finissez donc, monsieur Paulin, m'a-t-il dit, ou je vais me plaindre à votre papa. Je me suis fâché de sa menace, et c'est alors que je l'ai injurié.
M. DOuvAL. C'est donc de propos délibéré que tu as cherché à le mortifier?
PAiLiN. Je ne puis en disconvenir.
M. noRVAL. C'est ce qui aggrave ta faute, et ce qui lui a arraché des larmes.
p.\ULiN. Ah! mon papa, si vous me le permettez, je cours le chercher de ce pas, et lui faire mes excuses. Je ne serai pas tranquille qu'il ne m'ait pardonné.
M. DORVAL. Oui, mon fils, il ne faut jamais différer un instant de remplir son devoir. Je t'attends ici. {Paulin sort, et revient quelques moments après d'un air satisfait.)
PAULIN. Mon papa, je suis content de moi : Champagne m'a pardonné de bon cœur. Oh! je ne crois pas qu'il m'arrive jamais de commettre pareilhi fiinto