‹ L'ami des enfants (volume 2)Chapitre 175 sur 276 · SCÈNE XVI. — M. VKRTEUIL, LKONOR , qui parait triste et pensive · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI. — M. VKRTEUIL, LKONOR , qui parait triste et pensive

M. vERTELiL. Qu'as-tu douc, ma chère Léonor? Pourquoi cet air abattu?

LEoxoR. Ce n'est rien, monsieur, rien du tout.

M. VERTE! IL. Es-tu fàchéc dc ce que ton frère a une montre?

LEONou. Elle lui durera longtemps, je crois ! 11 saura bien comment la gouverner 1

M. vERTELiL. Jc vicus dc lui cu apprendre la manière, et ce n'est pas diflicile.Tu sais qu'il en avait grand besoin.

LÉONOR, d'im ton ironique. Certainement, je n'en ai pas besoin, moi.

M. VERTEUIL. Je l'ai pensé. Il y a une pendule dans la maison.

LÉONOR. Cependant mes égales ont aussi des montres dans notre société.

M. VERTEUIL. Taut micux; tu pourras leur demander l'heure qu'il est.

LEONOR. Et quand les autres me le demanderont à moi, je pourrai leuidire que je n'en sais rien.

M. vERTEuu.. Léonor! Léonor! tu es une petite envieuse. Mais pour te faire voir que je ne t'ai pas oubliée.... (Jl lui donne vn étui.)

LÉONOR, en rougissant . 0 monsieur Verteuil !

.M. VERTEUIL. Eh bicu ! tu ne sais pas l'ouvrir! ( // l'ouvre hd-rnènuet en tire des boucles d'oreilles de diamants.) Es-tu contente, à présent?

LÉONOR. Oh ! si vous étiez aussi content de moi !

M. vERTEun.. Je ne puis te cacher que je ne le suis pas tout à fait. Nous voilà seuls. 11 faut que je te parle avec franchise. Ta chère tante n'a rien épargné pour te procuier des talents agréables. Je reconnais, cà ces soins, son goût et sa tendresse. J'aurais seulement désiré qu'elle se fût occupée de t'en donner en même temps de plus solides.

LÉoNou. Mon tVère me l'a déjà fait sentir; mais (jui piuirrait lu'instruii'c de ce que j'ignore?

.M. vERTEun.. Je connais une digne personne qui prend en pension de jeunes demoiselles pour les former dans tout ce (]ui convient à ton âge et à ton sexe.

LÉONon. Ma tante m'a pourtant dit que vous me mettriez en état de n'en avoir pas besoin,

M. vKUTKLiL. J'enteuds. Eh bien ! je te laisse la liberté de suivre le genre de vie qu'elle t'a fciit prendre, puisqu'il s'accorde avec tes goûts. Reposetoi sur ma tendresse. Après ma mort tu posséderas tous mes biens.

LÉONoiî. Tous vos biens, monsieur Verteuil?

M. VKRTELIL. Oui, Léouor. Hélas ! je crains qu'ils ne puissent encore suffire pour t'empècher de vivre dans la misère.

LEONou. Que me dites-vous?

M. vKKTKun.. Es-tu en état de te rendre à toi-même le plus léger service? de travailler de tes mains, je ne dis pas à la moindre partie de ta parure, mais à tes premiers vêtements?

LF.oNoii. Je ne l'ai jamais appris.

M. vEUTKiiL. Il te faudra donc sans cesse autour de toi une Foule de personnes pour suppléer à ton ignorance et à ta paresse. Es-tu assez riche du bien de ton père pour les soudoyer?

i.KONou. Vous m'avez dit que non, monsieur Verteuil.

M. vKUTF.riL. D'ailleurs, quand viendra l'âge de t'établir, quel est l'homme raisonnable qui te prendrait pour des talents frivoles, inutiles à son bonheur? Tu ne peux être recherchée que par rapport à la fortune dont tu apporterais la possession avec ta main. Ainsi je me vois de plus en plus dans la nécessité de t'assurer la mienne.

i.KONOR. Mais, mon frère?

M. vEKTEi'iL. Il faudra bien qu'il se contente de ce que je ferai pour lui pendant ma vie, et de ce que tu voudras bien faire toi-même en sa faveur après ma mort. Qu'il s'instruise dans tous les moyens honorables de se former un état. Je lui en ai donné un exemple ; il n'a qu'à le suivre. Je te laisse réfléchir sur mes intentions. Je veux les communiquer à ton frère aussitôt qu'il sera de retour. {17 sort.)

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