SCÈNE II. — M. DE VALENc:E , VALEXTIX
VALEXiiN, à Mattliiev qu'il repoufiS(\ Non, laissez-moi. Mon papa, c'est ce petit sot de paysan qui vient toujours m'interrompi-e dans ma lecture.
M. DE VALENCE. Pourquoi traiter de petit sot cet lionnête gar(.'on?
VALENTIN. C'est qu'il ne sait rien.
M. DE VALENCE. Dc cc quc tu as appris, à la bonne heure; mais il sait aussi bien des choses que tu ignores, et vous pourriez vous instruire tous les deux, en vous communiquant vos connaissances.
vALENTiN. Il peut apprendre beaucoup de moi; mais que puis-je apprendre de lui?
M. DE VALENCE. Si tu dois possédcr quelque jour une terre, crois-tu qu'il te soit inutile de prendre de bonne heure une idée des travaux de la campagne, d'apprendre à distinguer les arbres et les plantes; de connaître le temps des semences et des récoltes ; d'étudier les merveilles de la végétation? Matthieu possède déjà toutes ces connaissances et ne demande qu'à les partager avec toi. Elles te seront un jour de la plus grande utilité. Celles, au contraire, (jue tu pourrais lui communiquer ne lui serviraient à rien. Ainsi tu vois que dans ce commerce tout l'avantage est de ton côté.
vALENTiN. Mais, moii papa, me siérait-il bien d'apprendre (juelque chose d'un petit paysan?
M. DE VALENCE. PouHiuoi uou, s'il cst cu état de t'instruire? Je ne connais de véritable distinction entre les hommes que celles des talents utiles et de l'honnêteté; et tu conviendras que, sur ces deux points, il l'emporte également sur toi.
vALEN'iiN. Comment donc? sur l'honnêteté aussi !
M. DE VALENCE. Elle cousistc, daus tous les, états, à remplir ses devoirs. Il remi>lit les siens envers toi, en te montrant de rattachement et de la ronii)laisance. Uenq)lis-tn de même les tiens envers lui, et lui témoignestu de la bi(MiV('illaii('(' o\ de la doucenv"' Il parait ci-pendant les mériter.
LA VANITÉ PUNIK. .3i:î
Il est actil' et intelligent. Je lui crois de la bonté dans le earactère, de l'élévation dans le cœur et de la lînesse dans l'esprit. Tu devrais t'estimer fort heureux d'avoir un compagnon aussi aimable, et avec qui tu peux profiter en t'amusant. Son père est mon frère de lait, et m'a toujours aimé avec tendresse. Je suis sur que Matthieu n'en a pas moins pour toi. Tiens, le voilà qui rôde sur la terrasse pour te chercher; songe à le traiter avec affabilité. Il y a plus d'honneur et de probité dans sa chaumière que dans beaucoup de palais. Sa famille cultive nos terres de père en fds; et je serais bien aise que cette liaison se perpétuât entre nos enfants. [Il sort.)